Quels que soient les motifs (personnels ou d’ordre public) qui ont poussé les agents de la Sûreté générale à mener une perquisition musclée dans une boîte de nuit huppée d’Achrafieh, et même en considérant le scénario le « moins pire », selon lequel les agents de la SG auraient cherché à appréhender des immigrés clandestins employés par la boîte, l’action manu militari conduite par les fonctionnaires n’en devient pas plus admissible ou justifiable.
De prime abord, l’on ne peut que s’interroger sur le fait que la SG ait décidé d’arrêter des immigrés clandestins, employés par une boîte, précisément un samedi soir lorsque cette dernière affichait salle comble.
Et même si aucune considération ne devrait interrompre l’application de la loi, la répression des infractions doit se faire dans le respect des libertés et de la dignité. Dans le cas de la perquisition en question, la clientèle a été tenue agenouillée, de longues minutes durant, sous la menace des armes et par « la force des invectives », selon l’administration de la boîte et d’après un témoin oculaire. Et même le ministère de l’Intérieur s’est hâté de déplorer, fait inédit, « les mauvais traitements infligés à certains citoyens par des éléments de la SG », lors de la perquisition en question.
Il va sans dire que les méthodes musclées employées dans cette affaire, et de surcroît en public, par les agents de la SG ne sont pas pour encourager l’industrie du tourisme, gravement déprimée par la « guerre divine », le sit-in fantôme et le blocage politique. Il ne manquait plus que les quelques touristes, qui ont malgré tout décidé de passer leurs vacances dans le pays de l’impossible République, soient accueillis par l’agression et l’humiliation. D’ailleurs, le témoin oculaire précité affirme que « des ressortissants d’un pays du Golfe ont assisté à l’incident et ont déguerpi directement après le départ des forces de l’ordre ».
Mais avant la prospérité économique, c’est surtout le sempiternel délabrement des libertés publiques que mettent de nouveau en relief les méthodes employées par la SG dans cette affaire. En vertu de quelle loi, de quelle règle, de quel texte législatif, des agents de la sécurité peuvent-ils enjoindre à des citoyens de se mettre dans des positions dégradantes ? Quel recours possède la population libanaise pour mettre un terme aux abus du pouvoir des institutions étatiques ? Le rôle de la Sûreté générale n’est-il pas de protéger la sécurité des individus et non pas de brimer les libertés et de porter atteinte à la dignité des individus ?
Mais tant que les communautés s’accapareront les directions des forces de l’ordre, tant que les généraux nostalgiques d’époques révolues (espérons-le !) pourront tenir tête à leurs ministres de tutelle, grâce à l’appui de tel ou de tel parti politique, même milicien, il est évident que nous continuerons à assister à de pareils dérapages.
En tout état de cause, si l’État libanais n’arrive pas à asseoir son monopole de la violence légitime, que les instruments de coercition dont il dispose soient au moins utilisés à bon escient. Il ne s’agit certainement pas d’accuser la SG de laxisme. Bien au contraire, la Sûreté générale est en train d’accomplir son travail comme il le faut, et même là où il ne le faut surtout pas...
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De prime abord, l’on ne peut que s’interroger sur le fait que la SG ait décidé d’arrêter des immigrés clandestins, employés par une boîte, précisément un samedi soir lorsque cette dernière affichait salle comble.
Et même si aucune considération ne devrait interrompre l’application de la loi, la répression des infractions doit se faire dans le...