Beyrouth asphyxiée par les embouteillages
Comme si le blocage politique avait été transposé dans les rues de la capitale... Comme si l’état de circulation reflétait le laisser-aller d’une République léthargique... Comme si Beyrouth se voulait l’image d’un pays paralysé jusque dans ses plus petites ruelles...
Un trajet en voiture dans les rues de Beyrouth est devenu un véritable calvaire, du fait de la congestion de la circulation qui, à certains moments de la journée, peut faire durer un trajet de quelques centaines de mètres entre Achfrafieh et Hamra de plusieurs dizaines de minutes. Ce phénomène est bien entendu partiellement imputable à la fermeture des écoles des universités en cette période de fête et à l’engouement saisonnier pour le shopping.
Néanmoins, l’impact des fêtes de fin d’année sur l’état de la circulation a été considérablement amplifié par de nombreuses et inexplicables mesures qui ont été prises par les administrations concernées. Ainsi, et aux côtés des problèmes chroniques dont souffre la voirie du pays, en termes de quadrillage sécuritaire arbitraire ou de découpage chaotique des rues, les autorités ont impétueusement décidé de lancer de nouveaux chantiers d’aménagement des rues, précisément en cette période d’embouteillages coutumiers.
Battant des records de lenteur, ces travaux ont provoqué la fermeture de plusieurs axes routiers principaux, pour une durée indéterminée, et parfois sans que des panneaux signalant leur existence ne soient affichés comme il se doit. Ainsi, dans le quartier de Tabaris, de nombreux véhicules se sont retrouvés bloqués dans la rue du Liban et la rue Chehadé, intempestivement éventrées par les chantiers d’aménagement, sans que les conducteurs ne soient avertis de ces développements cruciaux par les panneaux de rigueur dans des cas pareils. Nul besoin de décrire le désordre qui a été induit par le défaut de diligence de l’institution étatique concernée.
De plus, les carrefours principaux de Sakanet el-Helou et du Musée sont fermés depuis belle lurette pour aménagement, les travaux de la rue Huvelin ont duré une éternité, sans oublier l’interdiction de circuler dans le secteur de Koraytem jusqu’aux confins de Hamra, l’occupation du centre de la capitale par les tentes désertes du Hezbollah, le sempiternel problème de l’autoroute de Dora, le chaos des axes routiers de la banlieue sud, ainsi que le droit de stationnement en double et même en triple file généreusement accordé par les agents de la circulation à la clientèle de certains restaurants et autres hôtels.
Si l’on ajoute au laxisme de l’administration la propension légendaire des conducteurs libanais à violer le code de la route (d’ailleurs, est-ce que quelqu’un a lu ledit code avant d’obtenir son permis ?) l’on peut facilement imaginer le concert de klaxons et d’échange d’invectives auquel on a le déplaisir d’assister quotidiennement dans les rues de la capitale, de nombreuses heures durant, bien entendu. L’on ne peut que plaindre nos responsables politiques qui, enfermés dans leurs interminables convois de voitures dernier cri qui ont cet incorrigible vertu de filer à une vitesse fulgurante, même dans une rue congestionnée par les embouteillages, ne peuvent pas goûter au bonheur de rester confiné dans leur véhicule pendant plusieurs heures d’affilée.
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