Les assassinats politiques, les Libanais en sont devenus malheureusement coutumiers et ils ne peuvent rester indifférents à leur égard, même lorsqu’ils se produisent dans des pays lointains. Rien d’étonnant, par voie de conséquence, que l’assassinat de l’ex-Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto, hier à Rawalpindi, ait détourné leur attention, l’espace d’un après-midi, de la fastidieuse crise politique dans laquelle le pays ne cesse de se débattre depuis plus d’un an. Mais l’effet de diversion sera vraisemblablement de courte durée. Mais rapidement, l’amère réalité locale réoccupera sans doute le devant de la scène. Et les débats quasi stériles ainsi que les discussions byzantines sur les conditions dans lesquelles devrait s’effectuer l’élection du nouveau président de la République reprendront le dessus.
Pour l’heure, tout indique que ces débats sont appelés à traîner en longueur et qu’à l’évidence, la réunion parlementaire prévue pour demain, samedi, ne connaîtra pas un sort différent des dix séances précédentes qui étaient censées être consacrées à l’élection d’un successeur au général Émile Lahoud. Face à l’impasse persistante, la coalition du 14 Mars affiche sa détermination à multiplier les initiatives afin de débloquer la situation et parvenir à l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République. Lundi, le Conseil des ministres avait ainsi agi en tant que pouvoir assurant l’intérim de la présidence de la République et transmis au Parlement un projet de loi portant sur l’amendement de l’article 49 de la Constitution afin de paver la voie à l’accession du commandant de l’armée à la magistrature suprême. Hier, un groupe de députés du 14 Mars (au nombre de 13) a entrepris une démarche complémentaire à celle de l’Exécutif en présentant au bureau de la Chambre une proposition de loi relative au même amendement de l’article 49.
En théorie, Nabih Berry, s’il agit réellement en président de l’Assemblée, ne peut occulter la démarche des députés de la majorité. Mais l’expérience des derniers mois a apporté la preuve qu’en réalité, il se comporte plutôt en leader du mouvement Amal. Ce qui explique que l’un des députés membres de son bloc parlementaire, Ali Khreiss, n’ait pas tardé à réagir à l’initiative des parlementaires du 14 Mars en affirmant que M. Berry ne tiendra pas compte de la proposition de loi présentée hier. Prétexte invoqué : l’élection du général Sleimane n’a pas besoin d’un amendement constitutionnel, mais simplement d’une « interprétation » de la Loi fondamentale, comme l’a suggéré récemment le député Bahige Tabbarah. Sauf que M. Khreiss a omis de préciser que l’opposition avait précisément torpillé la proposition Tabbarah en insistant sur la réalisation impérative d’une condition préalable devant précéder, à son avis, toute élection présidentielle. Cette condition – rédhibitoire – porte sur la conclusion d’un accord politique global avec la majorité, incluant le choix du futur Premier ministre, la composition du prochain gouvernement, une entente sur la loi électorale et la nomination d’un successeur au général Sleimane. Le tout (faut-il encore le rappeler ?) avant la présidentielle …
Hier soir, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a pris le contre-pied d’une telle approche en proposant, lors d’une interview télévisée sur les antennes de la NTV, un mécanisme inverse se résumant comme suit : élection du général Sleimane (après amendement de l’article 49) ; ouverture d’un dialogue national, placé sous le signe de la réconciliation, au palais de Baabda sous l’égide du nouveau chef de l’État ; formation d’un gouvernement d’union à la lumière du bilan d’un tel dialogue. À défaut, et si l’impasse persiste, M. Geagea a souligné que d’ici à un mois, il relancera auprès de ses alliés du 14 Mars la solution ultime, à savoir l’élection du président à la majorité absolue, conformément à l’article 74 de la Constitution. Car pour le leader des FL, il ne saurait être question d’accepter que le siège de la présidence de la République reste longtemps vacant.
Devant cette détermination du 14 Mars à multiplier les initiatives pour obtenir une élection présidentielle dans les plus brefs délais, le Hezbollah rétorque en entretenant au quotidien son attitude obstructionniste. Le « numéro deux » du parti chiite, cheikh Naïm Kassem, a ainsi qualifié de gesticulation médiatique la proposition de loi soumise hier par les députés du 14 Mars pour faciliter l’élection du général Sleimane. Il faudra donc, à n’en point douter, que les Libanais admettent une évidence que l’on ne rappellera jamais suffisamment : pour le Hezbollah (et malheureusement ses alliés locaux), la raison d’État de ses parrains régionaux l’emporte largement sur les impératifs de la reconstruction de la « maison libanaise ».
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