Khamenei, guide de la République islamique, a annoncé la couleur, il y a plusieurs mois déjà. C’est au Liban, proclamait-il, qu’il allait forcer la défaite des États-Unis. Dans leur lutte régionale contre l’axe Téhéran-Damas.
À partir de là, une fois les alliés libanais directs mis en ordre de bataille, il fallait assurer la protection interne de leurs flancs. Et, en même temps, priver l’adversaire d’un support sinon déjà acquis, du moins logiquement possible. D’où le coup de maître d’une entente entre la composante chiite de l’opposition et Aoun. Via le pacte conclu entre le CPL et le Hezbollah.
En fait, Iraniens et Syriens prouvent, dans cette affaire, qu’ils savent voir très loin. En effet, selon des sources fiables, qui étaient un moment très proches de Aoun, les contacts avec le général ont démarré alors qu’il n’était pas encore rentré de son exil français.
Il avait été alors convenu qu’aux législatives à venir, Aoun présenterait ses listes sans conclure d’accord avec Hariri ou avec Joumblatt. L’alliance avec ces derniers se trouvant rejetée sous divers prétextes. Dont les objections suscitées par la loi électorale inique de 2000, fabriquée par les Syriens. Ou la contestation de la part prévue dans les diverses circonscriptions pour les candidats aounistes, part jugée trop minime.
Ce qui permettait à Aoun de se présenter en victime des appétits du 14 Mars, et donc de le combattre électoralement. Alors que de leur côté Amal et le Hezbollah n’hésitaient pas à conclure un arrangement, pour le scrutin général, avec Hariri comme avec Joumblatt.
Ce qui donnait globalement le faux tableau suivant : d’un côté une grande alliance dominée par des leaderships musulmans. Et de l’autre côté, Aoun, qui a pu dès lors jouer sur la fibre confessionnelle pour emporter le morceau chez lui, en pays chrétien. Il a, de fait, réussi au-delà de ses propres espérances initiales, en ayant la bonne surprise de faire élire de quasi-inconnus embrigadés dans ses listes.
Premiers pièges
Le plan de l’axe de fer a ensuite bénéficié de deux erreurs commises par le 14 Mars, au lendemain des législatives. D’abord, préférer à l’intégration de Michel Aoun au gouvernement l’octroi d’un certain quota de ministres à Émile Lahoud. Ensuite, accepter de reconduire Nabih Berry à la tête de l’Assemblée nationale.
Dans le premier cas, les loyalistes se sont justifiés en affirmant que les demandes ministérielles de Aoun étaient excessives. Ce qui était peut-être fait exprès, mais ils n’ont jamais eu l’air de s’en douter. Dans le deuxième cas, ils ont avancé qu’ils ne pouvaient aller contre la volonté de la communauté chiite, concernée au premier chef par la présidence de la Chambre.
En tombant dans ce double panneau, les indépendantistes se sont eux-mêmes ligoté les mains. C’est-à-dire qu’ils ont consacré l’installation d’un système efficace de blocage. Les empêchant, pour commencer, de réaliser les réformes nécessaires au redressement. Ou encore d’opérer, politiquement, les changements requis. Que cela soit par rapport à la modification de la durée du mandat de Berry. Ou par rapport à Lahoud et à son éviction. On sait en effet que le patriarche Sfeir s’est opposé à tout recours à la rue, et aux manifestations, visant à déloger l’ancien locataire de Baabda. Défendu par Aoun comme par le tandem Amal-Hezbollah, qui menaçaient d’une confrontation généralisée si le 14 Mars marchait sur le palais.
On sait combien Lahoud et Berry ont contribué par la suite à paralyser la machine d’État. Pour donner plus de chances à l’ancien tuteur syrien de récupérer son bien, petit à petit. Le premier refusant de signer les décrets, après la démission des ministres chiites. Et le deuxième fermant tout simplement la Chambre.
Et l’on sait également avec quelle efficacité, en usant toujours du même instrument local, l’axe de fer entrave la présidentielle. Cette voie de dégagement pour l’État souverain. L’échéance servant désormais de pivot central à la bataille qu’Iraniens et Syriens livrent aux Américains et à leurs partenaires.
Les rapports de force, inégaux sur un plan international, se neutralisent quand même, grâce à l’apport déterminant de l’opposition locale. Et comme moins par plus cela fait moins, ce sont les objectifs négatifs de Téhéran-Damas qui l’emportent pour le moment.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Khamenei, guide de la République islamique, a annoncé la couleur, il y a plusieurs mois déjà. C’est au Liban, proclamait-il, qu’il allait forcer la défaite des États-Unis. Dans leur lutte régionale contre l’axe Téhéran-Damas.
À partir de là, une fois les alliés libanais directs mis en ordre de bataille, il fallait assurer la protection interne de leurs flancs. Et, en même temps, priver l’adversaire d’un support sinon déjà acquis, du moins logiquement possible. D’où le coup de maître d’une entente entre la composante chiite de l’opposition et Aoun. Via le pacte conclu entre le CPL et le Hezbollah.
En fait, Iraniens et Syriens prouvent, dans cette affaire, qu’ils savent voir très loin. En effet, selon des sources fiables, qui étaient un moment très proches de Aoun, les contacts avec le général ont...