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Le régime syrien exhibe un inépuisable capital de nuisance Émile KHOURY

Manifestement, Damas a plus d’un atout dans sa manche. Il dispose encore, grâce à ses alliés libanais, d’un vaste choix de pressions diversifiées, politiques, sécuritaires ou socio-économiques pour tisser inlassablement le même vieux chantage en prenant, pour l’heure, la présidentielle pour cible. Le plan vise notoirement à plonger le Liban dans le vide institutionnel et dans l’inconnu, jusqu’au rétablissement de la tutelle. Le régime syrien est si sûr de sa force qu’il n’hésite pas à défier le monde entier. Et l’on entend son ministre des AE proclamer avec aplomb qu’il ne faut pas prendre la pression exercée par l’opposition libanaise pour du vent. Pour les Syriens, pas de présidentielle sans un cabinet dit d’union avec un solide 45 % de blocage pour ses alliés. À long terme, redisons-le, l’objectif est de reprendre en main toutes les commandes politiques, via des législatives anticipées donnant le pouvoir entier à l’actuelle minorité. Mais à moyen terme, ce gouvernement permettrait de neutraliser le tribunal international, bête noire des dirigeants baassistes. Dans ce cadre, le vide institutionnel prolongé, paralysant l’État libanais, serait d’ailleurs aussi commode qu’un gouvernement d’entrave. Signalons à ce propos que, selon des informations livrées par des sources fiables, certains juges libanais ont été écartés de la composition du tribunal sur intervention pressante de pays amis de la Syrie… Barrage Selon un ministre, Damas redoute beaucoup l’avènement du général Michel Sleimane. Parce qu’il en découlerait un changement profond des donnes et des alliances locales. Le nouveau régime verrait se rassembler à ses côtés une troisième force consistante. Et même si cela ne devait pas être le cas, il semble évident qu’il ne serait jamais enclin à se laisser marcher sur les pieds, comme on dit familièrement. C’est-à-dire que les pressions n’auraient aucun effet sur sa ligne propre. Le général, il l’a d’ailleurs assez bien fait comprendre à tous, n’accepte pas de se plier au jeu des conditions et des contre-conditions. Aucun chantage ne peut avoir prise sur lui. Il n’admet pas de diktat. Même pas, selon ce ministre, un ordre des choses qu’on tenterait de lui imposer à travers une entente de copartage ministériel entre opposition et majorité. Partant de ces considérations, Damas choisit le statu quo de crise plutôt qu’un gouvernement avec tiers de blocage. D’autant plus volontiers, relève le ministre cité, que la persistance du vide paralysant peut à tout moment dégénérer en heurts de rue. Sans compter, en matière de déstabilisation sécuritaire, la poursuite du cycle infernal des assassinats et des attentats. Le rythme pourrait s’accélérer à mesure que l’on se rapproche des conclusions de la commission d’enquête et de l’entrée en fonctions effective du tribunal international. Ce qui est prévu, successivement, pour mars et avril. En d’autres termes, si le régime syrien n’est pas rassuré de ce côté-là, il pourra décider de continuer à bloquer la présidentielle libanaise, qui n’aurait donc pas lieu durant la session parlementaire ordinaire du printemps. Probabilité assez forte, au vu du dernier rapport Brammertz. Le magistrat belge y pointe en effet du doigt un réseau terroriste criminel bien protégé qui opère au Liban depuis l’automne de l’an 2004. C’est-à-dire depuis la tentative d’attentat contre Marwan Hamadé. Brammertz ajoute que les assassins bénéficient de capacités opératoires sophistiquées, leur permettant de préparer à l’avance toute une flotte de véhicules piégés. Une façon d’indiquer que l’on n’a pas affaire à un quelconque groupuscule terroriste, mais bien à un puissant service qualifié, relevant d’un État. La commission internationale est visiblement parvenue à de solides conclusions, fondées sur des indices, des témoignages et des preuves tangibles. Il est presque certain, désormais, que les investigations ont permis d’identifier la quasi-totalité des commanditaires, des planificateurs et des exécutants. Dès lors, il faut songer à assurer une bonne protection au tribunal, ainsi qu’un bouclier contre le cycle des attentats au Liban. Des politiciens recommandent que le Conseil de sécurité prenne une résolution à cet effet et ordonne, sans tarder et sans attendre, un arrêté judiciaire et nombre d’interpellations préventives.
Manifestement, Damas a plus d’un atout dans sa manche. Il dispose encore, grâce à ses alliés libanais, d’un vaste choix de pressions diversifiées, politiques, sécuritaires ou socio-économiques pour tisser inlassablement le même vieux chantage en prenant, pour l’heure, la présidentielle pour cible. Le plan vise notoirement à plonger le Liban dans le vide institutionnel et dans l’inconnu, jusqu’au rétablissement de la tutelle. Le régime syrien est si sûr de sa force qu’il n’hésite pas à défier le monde entier. Et l’on entend son ministre des AE proclamer avec aplomb qu’il ne faut pas prendre la pression exercée par l’opposition libanaise pour du vent.
Pour les Syriens, pas de présidentielle sans un cabinet dit d’union avec un solide 45 % de blocage pour ses alliés. À long terme, redisons-le,...