Depuis plus de trois mois, nos leaders politiques ne nous parlent que de vous. Ils vous décrivent sans arrêt : un président fort, de l’« intifada » de l’indépendance, le président du changement, de l’avenir, de la démocratie... Bref, cela fait déjà plus de trois mois que nos leaders louent vos qualités et vous couvrent de compliments. C’est à se demander qui serait donc ce fameux président, ce nouveau messie faiseur de miracles, ce leader de la trempe de Kennedy, Che Guevara ou Gandhi. C’était donc vous !
Monsieur le président, je suis conscient que vous serez le président proche du peuple et de ses soucis quotidiens. Je tiens donc à vous faire part d’une irrégularité dans la République libanaise que vous pourrez régler maintenant que vous êtes désormais au pouvoir. Je suis un étudiant et je vois mes parents travailler sans relâche pour m’assurer les meilleures études possibles. J’ai appris dès le bas âge que pour gagner de l’argent, il fallait travailler. Pourtant, aujourd’hui, 127 employés de la République ne travaillent plus depuis plus d’un an, mais touchent pourtant toujours leurs salaires. Ils ont fui leurs responsabilités quand il fallait prendre des décisions courageuses pour le bien du pays. Je vous suggère, dès le début de votre présidence et avec le plus grand sérieux du monde, de suspendre le paiement de ces salaires jusqu’à ce que ces messieurs et dames reprennent leur travail.
Il faut dire, Monsieur le président, qu’à force de recevoir des ordres ces dernières années, ils ont complètement perdu l’habitude d’user de leurs matières grises pour le bien du pays et ont passé les dernières semaines à chercher quelqu’un pour décider à leur place. C’est ainsi qu’ils ont passé un mois à supplier le patriarche maronite de choisir des noms, portant ainsi le coup de grâce au grain de laïcité dont bénéficiait encore notre pays. Le patriarche a alors répondu à ce tort par un autre, donnant raison aux leaders politiques : il a établi une liste. Cela marque, comme vous pouvez l’imaginer, un tournant très dangereux pour notre démocratie et pour la séparation des pouvoirs entre le religieux et le politique. Désormais, les futurs chefs religieux pourront se mêler — encore plus – des affaires politiques, et ce pour les décennies à venir. Cela ne ressemble en rien à une démocratie moderne, ne croyez-vous pas ?
Une autre irrégularité, Monsieur le président, c’est que désormais, toute minorité de plus d’un tiers du Parlement pourra bloquer l’élection présidentielle pour peu que les candidats proposés ne lui conviennent pas. Autrement dit, vous êtes parti pour gouverner longtemps et surtout fréquemment ! Or la Constitution libanaise fut établie en 1926 dans l’idée que tous les députés de la nation participent à cette élection et soient dignes de la confiance placée en eux. Elle ne parle donc pas de quorum. Je propose aujourd’hui que le (fameux) article 49 de la Constitution soit modifié (du moment que c’est si facile et que nos députés ne s’en sont pas privés ces quinze dernières années) et cite clairement le quorum nécessaire pour l’élection d’un chef de l’État. Si les deux tiers des voix sont nécessaires, alors la Loi fondamentale devra prévoir une alternative afin d’éviter le vide constitutionnel en cas de désaccord entre les forces politiques majeures, comme par exemple la dissolution du Parlement et la tenue d’un scrutin législatif anticipé. Si les deux tiers ne sont toujours pas assurés, alors l’élection devra avoir lieu à la majorité absolue, soit la moitié plus une voix. Il est quand même inimaginable que la Constitution soit à l’origine d’un vide constitutionnel et constitue un obstacle à la démocratie ! Cela, comme vous pouvez le comprendre, nous privera d’avoir des crises d’anxiété à chaque fois qu’un président doit être élu.
Cette non-élection présidentielle marque un tournant dangereux dans notre démocratie balbutiante. La décision implicite de nos dirigeants d’en ajourner la tenue au-delà des délais constitutionnels est une première dangereuse. Non seulement cette décision est anticonstitutionnelle, mais en plus elle met la République en péril. De plus, cette fois, ils ont donné raison à l’ex-puissance de tutelle en affirmant, une nouvelle fois, à la face du monde, que les Libanais sont incapables de s’autogouverner.
Monsieur le président, vous seul avez pu obtenir le consensus de toutes les forces politiques libanaises. Bravo ! Cela en dit long sur vos compétences. Je vous souhaite bonne chance dans votre mission difficile en espérant que votre mandat soit le plus court possible.
Khalil CHÉHADÉ
Étudiant en ingénierie
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Monsieur le président, je suis conscient que vous serez le président proche du peuple et de ses soucis quotidiens. Je tiens donc à vous faire part d’une irrégularité dans la République libanaise que vous pourrez régler maintenant que vous êtes désormais au pouvoir. Je suis un étudiant et je vois mes...