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Actualités - Opinion

Bas-fonds de cèdre

Voilà maintenant qu’on touche du doigt le fin du fond du tréfonds de cette « exception libanaise », qui occupe tellement nos birbes déliquescents et fait tant ricaner les diplomates étrangers. Voilà un pays où la quête de l’alternance cocufie le bulletin de vote au profit de la bombinothérapie et où l’assassinat fait partie du patrimoine politique. Un pays aux frontières caviardées comme une vieille chaussette filasse, absorbant tout ce que les marchands de quincaillerie militaire ont envie de fourguer. Un État au système politique déjanté et aux institutions bordéliques. Une bonne vieille terre produisant le meilleur cannabis au monde pour le plus grand plaisir et le portefeuille garni de quelques roitelets provinciaux. Une cour des miracles hébergeant dans des zones de non-droit toutes sortes de mutants, barbus ou imberbes, aussi dépenaillés qu’échevelés. Un mouchoir de poche où l’électricité trembloie, les prix flamboient et les égouts pissoient. Bref, un bled où rien ne marche et où tout fout le camp… Et puis, alléluia ! Par un miracle de la téléportation mentale, voilà brusquement qu’on se retrouve en Suisse – excusez du peu ! – au milieu des joutes enflammées de droit constitutionnel : études tarabiscotées d’une brouettée d’articles abscons et d’alinéas abstrus ; empoignades homériques entre parlementaires qui pinaillent sur des paragraphes débiles ; exégèses hystériques autour d’un codicille pondu au hasard par quelque député parachuté, après une laborieuse digestion de féculents… Et tout cela pour défendre quoi ? Une Constitution bâclée, probablement torchée au temps du mandat par un officier français de la coloniale après une virée dans un bobinard levantin, puis pétrie de sauce arabe à Taëf, avant d’être bricolée et triturée à trois ou quatre reprises selon le gag « une seule et unique fois ». Un parchemin vermoulu et en lambeaux, qui ne tient plus que par la ponctuation et devant lequel se prosternent encore les croûtons de cette république de poche. Jusqu’au jour où le voyageur échaudé dira : « Le Liban n’existe pas. Je le sais, j’y ai vécu »… Gaby NASR
Voilà maintenant qu’on touche du doigt le fin du fond du tréfonds de cette « exception libanaise », qui occupe tellement nos birbes déliquescents et fait tant ricaner les diplomates étrangers.
Voilà un pays où la quête de l’alternance cocufie le bulletin de vote au profit de la bombinothérapie et où l’assassinat fait partie du patrimoine politique. Un pays aux frontières caviardées comme une vieille chaussette filasse, absorbant tout ce que les marchands de quincaillerie militaire ont envie de fourguer. Un État au système politique déjanté et aux institutions bordéliques. Une bonne vieille terre produisant le meilleur cannabis au monde pour le plus grand plaisir et le portefeuille garni de quelques roitelets provinciaux. Une cour des miracles hébergeant dans des zones de non-droit toutes sortes de mutants,...