Pour nombre de parlementaires loyalistes, la retentissante intervention de Farouk el-Chareh devant le directoire du Front progressiste syrien se lit comme un ordre d’assaut donné au 8 Mars. Une injonction de passer de la défensive à l’offensive contre la révolution du Cèdre, l’intifada de l’indépendance. Pour rétablir, le plus vite possible, le statu quo ante de tutelle. En d’autres termes, de sortir des tranchées pour balayer enfin le gouvernement. De créer à ce niveau un vide venant compléter la vacance de la présidence de la République. Tandis que la Chambre resterait fermée. L’État libanais, privé d’institutions, ne serait plus qu’un nom sur une pierre tombale. Une de plus.
Chareh abandonne le faux langage de l’équidistance, tenu devant les conciliateurs français, pour se ranger franchement aux côtés de l’opposition. Il certifie ouvertement, en effet, non seulement que ce front est l’allié de la Syrie mais aussi qu’ensemble, ils sont les plus forts au Liban !
Il applaudit des deux mains cette initiative opposante qui exige un package deal préliminaire. Portant non seulement sur la présidentielle, mais aussi sur une présidence du Conseil devant revenir également à un consensuel. Ainsi que sur le quota des sièges ministériels, la répartition des portefeuilles, les nominations, sécuritaires en tête. Voire sur le programme politique tout entier du prochain gouvernement. Sans quoi, le vide institutionnel persisterait indéfiniment, et Chareh s’avoue tout à fait pour. En redisant, après Aoun, qu’au cas où l’élection n’aurait pas lieu dans les jours à venir, « ce ne serait pas la fin du monde. » Mais d’autre chose, sans doute.
Chareh va si loin, du reste, qu’il n’hésite pas à ferrailler comme un quelconque second couteau. En répétant que le choix de la candidature du général Sleimane par la majorité n’est que manœuvre tactique. Astuce visant, selon lui comme selon ses fidèles du cru, à entraver la présidentielle, via le différend concernant l’amendement, pour assurer le maintien de Siniora aux commandes.
Ricanant sous cape, il indique que Damas a été sollicité pour prier ses alliés libanais de modifier leur ligne. Ligne dont il est lui-même l’auteur. En effet, démontrant sans vergogne que c’est bien lui le chef d’orchestre, le vice-président syrien prend soin d’en désigner les membres par leur nom un par un !
Réponse
Commentant ces propos boutefeu, les parlementaires du 14 Mars répliquent que si le soutien à la candidature Sleimane n’est que manœuvre tactique, les prosyriens n’ont qu’à prendre la majorité au mot, et à son jeu, pour lui mettre le bec dans l’eau. En cessant d’entraver l’amendement de l’article 49 C destiné à autoriser l’élection du commandant en chef de l’armée. Et en mettant de côté leur argument de l’illégitimité gouvernementale, du moment que nécessité fait loi, surtout quand elle est d’ordre national. Vital même pour le pays.
De plus, les opposants se contredisent quand ils indiquent qu’il n’y aurait plus d’obstacles à l’amendement si un package deal était conclu. Entendre qu’ils ne jugeraient plus alors le gouvernement comme illégal.
Au sujet de cet accord global, posé comme diktat sine qua non, il est à ce titre évidemment irrecevable. Et il signifie, toujours selon les loyalistes, que les opposants cherchent en réalité à faire durer le vide institutionnel, au moins jusqu’à la session ordinaire de mars. C’est donc l’opposition elle-même qui court après le maintien en place de l’équipe Siniora.
Les majoritaires relèvent que les rodomontades de Chareh sur la suprématie du couple Syrie-opposition reviennent à annoncer une contre-révolution, visant l’intifada de l’indépendance, pour un retour à l’ère de la tutelle. Un rétablissement permettant, entre autres, de neutraliser le tribunal international, comme l’observe le patriarche Sfeir.
Aridi
Dans une récente intervention, le ministre de l’Information, Ghazi Aridi, riposte point par point à toutes les remarques, objurgations ou positions des prosyriens. Il en souligne les contradictions. Au sujet, par exemple, des arrêtés régulièrement contresignés par des ministres démissionnaires qui nient la légalité, donc l’existence, du gouvernement. Ou encore au sujet de questions de terrain. Le ministre rappelle à ce propos qu’au sujet de la situation à Bourj Brajneh, Nasrallah a indiqué que c’est à l’État, à ses services de sécurité, d’y assumer leurs responsabilités. Oubliant un peu vite qu’au début de la bataille contre Fateh el-Islam, il avait proclamé que le camp de Nahr el-Bared était une ligne rouge, tracée de sa main devant l’armée nationale. Oubliant aussi que ses gens interdisent aux gendarmes l’accès de la banlieue sud de Beyrouth et les désarment quand ils tentent d’y accomplir leur devoir.
Étape
Sur le fond, le ministre note que l’exigence d’une unanimité pour le choix d’un président est hautement antidémocratique. Et paralysante à tout jamais, car elle équivaut à un précédent permettant à toute partie de poser un veto de blocage devant toute décision importante. Sans compter qu’il est tout simplement impossible de réaliser l’unanimité sur des options nationales majeures, comme par exemple la 1701.
Ponctuellement, selon des informations obtenues de sources diversifiées concordantes, le plan syrien s’articule sur la situation gouvernementale. Du moment qu’en l’absence d’un président de la République on ne peut former de nouveau cabinet, Damas pousse à la roue pour l’élargissement de l’actuel. Avec tiers de blocage pour ses alliés. Et même plus : 45 %. La mission première étant d’élaborer une loi électorale en vue de législatives anticipées que les prosyriens, et leurs alliés, remporteraient haut la main. Après quoi ils installeraient un gouvernement monochrome, et éliraient à leur guise un président de la République.
Mais pourquoi dénier ultérieurement à la majorité présente, devenue minorité, le droit de participation que l’opposition réclame si fort aujourd’hui ? Parce que, répondent les prosyriens, cette majorité provisoire, issue d’un scrutin tronqué, basé sur une loi inique (établie par les Syriens, en fait) n’est pas représentative. Sa présence est entachée d’illégitimité, ce qui ne serait plus le cas pour nous, après des élections organisées en base d’une loi juste.
Comme au sujet de la légalité du cabinet, l’opposition s’érige donc, au niveau de l’Assemblée nationale, en juge et partie. Ce qui est pour le moins anticonstitutionnel.
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Chareh abandonne le faux langage de l’équidistance, tenu devant les conciliateurs français, pour se ranger franchement aux...