De tous les rendez-vous manqués ou décommandés de l’Étoile, celui d’hier est le plus préoccupant, certes, dans la mesure où il pourrait augurer d’un vide présidentiel non plus passager désormais, mais long, durable, susceptible de s’étaler sur des semaines, sinon des mois. C’est dans une vingtaine de jours en effet qu’expire l’actuelle session ordinaire de la Chambre (si tant est qu’il est quelque chose dans notre pays qui peut encore être qualifié d’ordinaire), la prochaine ne devant s’ouvrir qu’en mars 2008.
Ce huitième flop est remarquable, en deuxième lieu, parce que c’est la majorité parlementaire qui, dénonçant l’entreprise d’extorsion et de chantage en continu dont elle est l’objet, a pris les devants cette fois pour boycotter une séance vouée de toute manière, comme les précédentes, à être annulée pour défaut délibéré de quorum. Mais c’est surtout au plan de la solution Sleimane que ces derniers développements peuvent servir à démêler le vrai du faux. À clarifier les positions. À démystifier cette unanimité de principe entourant la candidature à la présidence du commandant de l’armée et qui bute avec tant d’obstination cependant sur les modalités de cet amendement constitutionnel qui, seul, pourra catapulter l’intéressé de son QG de Yarzé au palais de Baabda. Tous, en somme, sont pour l’ascension du général Sleimane, c’est seulement l’ascenseur qui est en panne...
Tous pour, vraiment ? C’est un candidat de nécessité, de l’ultime recours, qu’avait désigné, en la personne de Michel Sleimane, une majorité résignée à retirer ses champions déclarés, comme à remiser sa menace d’un scrutin présidentiel à la majorité absolue. C’était là, croyait-on, une offre que l’opposition ne pouvait décemment refuser. Et de fait, elle s’est bien gardée de la refuser. Mais ce début de consensus, l’opposition l’a grevé de tant de conditions préalables, elle l’a assujetti à tant de contorsions procédurales, elle est même revenue sur tant de points que l’on croyait acquis qu’on peut parfaitement se demander si son véritable candidat n’est pas tout simplement la perpétuation du vide. Voilà qui devrait décider le commandant de la troupe à proclamer que ce n’est plus de jeu, à placer tout le monde face à ses responsabilités en menaçant de se porter non candidat au lieu de passer une bonne partie de son temps à faire et refaire la tournée des chefs religieux.
Festoyez le cœur tranquille et retrouvons-nous l’an prochain : il faudra autre chose que cette hallucinante recommandation de Michel Aoun pour rasséréner une population livrée au désarroi, pour prouver la réalité de son soutien à la candidature Sleimane, pour montrer à quel point cette vacance présidentielle qui comble d’aise le général-député va servir la cause des droits chrétiens à laquelle il s’est voué. Il faudra davantage, de même, que les jongleries constitutionnelles du président Nabih Berry pour convaincre les Libanais que ce Parlement par lui-même menotté, mis au chômage depuis plus d’un an, n’a que faire de la clause gouvernementale : que plus importante encore que l’échéance présidentielle est cet acharnement mis à occulter, à néantiser un Conseil des ministres tenu pour illégal, mais que les démissionnaires chiites n’ont jamais déserté tout à fait. Souverain, le Parlement ? Oui, certes ; mais le pays lui-même l’est-il enfin devenu, ses figures politiques sont-elles souveraines et toutes ces virevoltes ne reflètent-elles pas des souhaits, sinon des directives, émanant du dehors ?
Les amis libanais de la Syrie ont gagné en puissance, se félicitait hier Farouk el-Chareh. En visibilité et transparence aussi, aurait-il pu ajouter, tant la manœuvre est désormais claire : l’opposition voudrait-elle acculer la majorité à se rabattre sur un vote à la moitié plus un – il en est à nouveau question dans les rangs du 14 Mars – qu’elle n’agirait pas autrement. On ne veut pas que cette élection ait lieu, s’alarmait, toujours hier, Bernard Kouchner. Reste à préciser, comme s’y était engagé le ministre français : on, c’est qui ?
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats De tous les rendez-vous manqués ou décommandés de l’Étoile, celui d’hier est le plus préoccupant, certes, dans la mesure où il pourrait augurer d’un vide présidentiel non plus passager désormais, mais long, durable, susceptible de s’étaler sur des semaines, sinon des mois. C’est dans une vingtaine de jours en effet qu’expire l’actuelle session ordinaire de la Chambre (si tant est qu’il est quelque chose dans notre pays qui peut encore être qualifié d’ordinaire), la prochaine ne devant s’ouvrir qu’en mars 2008.
Ce huitième flop est remarquable, en deuxième lieu, parce que c’est la majorité parlementaire qui, dénonçant l’entreprise d’extorsion et de chantage en continu dont elle est l’objet, a pris les devants cette fois pour boycotter une séance vouée de toute manière, comme les...