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Actualités - Opinion

Le spectre maléfique des dissensions confessionnelles pointe de nouveau le nez

En France, La dernière séance, émission télé très prisée, a fait son temps. Pas encore ici : on en est à la neuvième, lundi prochain, et les opposants ne semblent toujours pas disposés à arrêter leur cinéma. La salle de la place de l’Étoile est donc restée portes closes hier. Pour ne rien changer, puisque cela fait maintenant un an plein que Berry a fermé boutique. Au fil des jours, des semaines, des mois (on en est au troisième), la lueur que les Libanais croyaient, espéraient, voir dans la présidentielle s’estompe encore plus fortement que la poétique pâle clarté qui tombe des étoiles (de la place). Et pendant que le pays s’enlise dans une infernale crise socio-économique, que les prix flambent, que bien des pauvres gens commencent à crier famine ou froid, ces messieurs-dames députés vitupèrent à qui mieux mieux, se crêpent le chignon de plus belle, à coups d’accusations et de menaces réciproques. Les opposants et les majoritaires se rejettent la responsabilité du blocage en s’armant tous les deux de la Constitution. Les uns pour soutenir qu’elle disqualifie le gouvernement au niveau de la légalité. Les autres pour répéter qu’il ne peut être question d’outrepasser les procédures de la Loi fondamentale en contournant l’Exécutif, comme l’exigent Berry et consorts. Et pendant ce temps-là, la République, institutions paralysées, se délite plus sûrement que lentement. Est-ce la manie des commémorations, comme la célébration récente des douze premiers mois (!) du bébé sit-in ? Toujours est-il qu’à l’approche de janvier, mois de fortes secousses l’an dernier, les diatribes ou polémiques à caractère confessionnel refont surface. La ligne rouge tracée conjointement par l’Iran et l’Arabie saoudite pour prévenir et interdire une confrontation de terrain entre chiites et sunnites libanais a l’air de s’effacer. Ainsi, prenant durement à partie ce qu’il appelle le clan Siniora, le Hezbollah a organisé dans la banlieue une manifestation fumigène des pneus. Soi-disant pour protester contre les coupures du courant électrique. En sus, certains politiciens ont tenu des propos d’un confessionnalisme aussi exacerbé que mal camouflé, ce qui ne s’était plus entendu depuis des mois. Il n’est nul besoin de souligner le péril d’une escalade sectarisée, qui commence à recourir à la violence de rue. Heureusement, l’armée veille au grain et a rouvert les routes en dispersant les manifestants. Mais l’étincelle mettant le feu aux poudres peut être rallumée à tout moment, n’importe où. Et une fois que le feu a pris, il n’épargnerait personne, ni musulmans entre eux ni chrétiens entre eux. Les faits, les actions parlent d’eux-mêmes. Il faut être bien naïf, relèvent bien des diplomates en poste à Beyrouth, pour ne pas comprendre que durant le week-end, Damas a prescrit à ses alliés de tout chambouler. Et d’envoyer valser les projets d’arrangement qui semblaient vendredi encore sur le point d’aboutir. Bien entendu, les loyalistes se déchaînent contre les empêcheurs de tourner en rond du camp d’en face, en les accusant de faire le jeu des Syriens au détriment de leur propre patrie, comme de la présidentielle ou de la marche normale des institutions. Mais Annapolis et le marché syro-américain dont on a tant parlé ? On s’est largement trompé à ce sujet, répondent les majoritaires. Car la Syrie n’a pas obtenu la carte blanche qu’elle voulait, les Américains refusant obstinément de brader le Liban. Dès lors, pour les faire fléchir, ajoutent les loyalistes, le régime syrien entrave la présidentielle, aggrave la crise globale libanaise, pousse à la roue de la déstabilisation. Pour prouver que sans lui, comme avec lui du reste, il n’y a justement pas de Liban libre. Et qu’étant donné que ce pays est ingouvernable par lui-même, vieux refrain, autant en redonner le contrôle à l’ancien tuteur qui, au moins, peut assurer la sécurité. Et pour cause, puisque c’est lui qui en ébranle les fondements quand cela lui chante. Le plan, de A à Z Les prosyriens, affirme un cadre du 14 Mars, disposent d’un plan tout tracé, très simple. Ils se fixent pour but de miner les institutions une à une pour les dynamiter en vue de promouvoir un nouveau Taëf, sur base non plus du fifty-fifty, mais du 1/3, au profit des musulmans, comme l’exige Hassan Nasrallah. Ils ont commencé, avec le coup de force de la prorogation, par mettre la présidence de la République sur la touche. Ils savaient en effet, comme leur maître de Damas, qu’elle s’en trouverait marginalisée. D’ailleurs depuis lors, ajoute-t-il, ils l’ont eux-mêmes boudée. Berry, par exemple, n’a plus jamais rendu visite à Baabda où la tradition le menait auparavant une fois la semaine. Le même Berry a écarté Lahoud, censé en superviser le déroulement, du processus du dialogue national. Puis, comme on sait, il a tout simplement fermé le Parlement. Pendant que ses ministres et ceux du Hezbollah se retiraient du gouvernement pour le rendre inopérant. Du côté de l’armée, on sait quelle a été la position du Hezbollah lors de Nahr el-Bared, camp déclaré ligne rouge par Nasrallah. Et aujourd’hui, en multipliant les conditions préliminaires rédhibitoires qu’il ne peut accepter, les prosyriens veulent faire capoter la candidature du général Sleimane. Les tentatives ont même atteint, conclut cette source, cette institution non officielle mais bien nationale qu’est Bkerké. À travers le torpillage de la liste de candidats établie par le patriarche Sfeir. Comme à travers le rejet de son conseil démocratique de laisser la Chambre choisir entre deux ou plusieurs postulants. Les prosyriens répliquent en affirmant que le choix majoritaire de la candidature Sleimane n’est que manœuvre tactique, et qu’elle n’en veut pas. Que ce qu’elle cherche, c’est de maintenir indéfiniment Siniora aux commandes. Mais alors, se demande-t-on, pourquoi ne pas la prendre au mot et à son propre piège ? Pourquoi rendre l’élection pratiquement impossible par des conditions aussi exorbitantes que fantasques ? Philippe ABI-AKL
En France, La dernière séance, émission télé très prisée, a fait son temps. Pas encore ici : on en est à la neuvième, lundi prochain, et les opposants ne semblent toujours pas disposés à arrêter leur cinéma. La salle de la place de l’Étoile est donc restée portes closes hier. Pour ne rien changer, puisque cela fait maintenant un an plein que Berry a fermé boutique. Au fil des jours, des semaines, des mois (on en est au troisième), la lueur que les Libanais croyaient, espéraient, voir dans la présidentielle s’estompe encore plus fortement que la poétique pâle clarté qui tombe des étoiles (de la place). Et pendant que le pays s’enlise dans une infernale crise socio-économique, que les prix flambent, que bien des pauvres gens commencent à crier famine ou froid, ces messieurs-dames députés vitupèrent à qui...