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Actualités - Chronologie

Une surdose du même vieux poison vient neutraliser le sirop Kouchner Philippe ABI-AKL

On croyait l’affaire dans le sac. En quelques heures, tout a basculé. Le temps que le fameux mot d’ordre parvienne à destination et soit distribué aux fidèles de Damas. Ainsi qu’à leurs bons amis du cru, d’ailleurs lancés d’eux-mêmes dans des surenchères de blocage. Il apparaît donc maintenant que les spéculations sur un fléchissement syro-iranien n’étaient que trompeuses apparences. L’optimisme qui avait marqué la séance de vendredi s’est donc vite évaporé en week-end. Une fois de plus, Kouchner, qui avait prévu un dénouement lors du rendez-vous fixé à ce mardi, se trouve détrompé. La tension rebondit de plus belle. Et même Berry, le bon apôtre, s’y met. En soutenant que la procédure d’amendement ne peut passer par un gouvernement illégitime, anticonstitutionnel et non pactuel, qu’on nous pardonne le néologisme. Un nouveau retournement de veste, puisque auparavant le président de la Chambre, fermée derechef, reconnaissait au gouvernement un rôle incontournable dans le processus. D’autant que le cabinet, c’est aujourd’hui tout l’Exécutif puisqu’il assume l’intérim de la présidence de la République vacante. Le Hezbollah, peut-on s’en étonner, se replie également, et brusquement, sur des positions radicales. Précédemment, il indiquait vouloir composer. En acceptant que le gouvernement se reforme dans son entier, par une participation des ministres démissionnaires à une séance unique du Conseil des ministres consacrée à l’amendement de l’article 49 C. Moyennant l’enregistrement officiel de leurs réserves quant aux décisions antérieurement prises en leur absence, et qu’ils considèrent comme illégales. Ronds de jambe Rivalisant d’une étrange courtoisie (après vous, je n’en ferais rien…), Berry et le Hezbollah se renvoient, fraternellement, la balle de la responsabilité. Le premier exige désormais que son allié chiite soit directement associé à tout arrangement. Tandis que le Hezb se défausse sur Aoun. En insistant pour que l’on délace le nœud, en négociant l’accord politique global préalable que le général réclame. Cependant, il convient de le relever, selon un député loyaliste, l’opposition, si elle n’a pas encore réceptionné de mot d’ordre négatif, n’a en tout cas reçu jusqu’à présent aucun feu vert positif de la part de ses honorables correspondants régionaux. Mais bon, quel que soit le paravent, on voit bien qu’il cache une commune volonté syro-iranienne d’entraver la présidentielle libanaise. Le vide institutionnel servant les positions, les intérêts et les atouts de cet axe. Et peu importe comment Berry, le Hezbollah et les autres tenants de l’opposition locale, dont les aounistes, se répartissent les rôles, dans l’opération de blocage. Peu importent aussi les contradictions flagrantes. Comme ces ministres de Berry qui restent assidus à leurs bureaux respectifs, y traitent régulièrement leurs petites affaires, refusent simplement d’assister au Conseil, font et ne font pas partie du cabinet. La face cachée de la lune Tous les professionnels s’accordent à le dire : le litige sur l’amendement, et même la polémique sur les options nationales ne sont que poudre aux yeux. Le vrai conflit, vu sous son angle purement interne, indépendamment donc du diktat syro-iranien, porterait sur le copartage. C’est-à-dire sur les quotas dans la composition du prochain cabinet, sur la répartition des portefeuilles, postes-clés en tête, et sur les nominations. Selon des politiciens de tous bords, c’est uniquement pour la consommation locale, comme on dit, que l’on fait mine de se disputer sur le programme politique du gouvernement à venir. Sur, par exemple, l’armement du Hezbollah ou des Palestiniens, les relations diplomatiques avec la Syrie, le tracé des frontières ou l’application des résolutions internationales. Tous ces sujets, soulignent opposants et loyalistes, on peut facilement les éluder, avec un peu de littérature. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois, tant s’en faut, que la déclaration ministérielle ne constituerait que verbiage insignifiant enveloppé de grandes envolées lyriques. Obstacles Les majoritaires relèvent qu’il n’y a pas de différend non plus sur la personne même du général Sleimane. Admis, ne serait-ce qu’à contre-cœur par Aoun. Dont les conditions viseraient, selon eux, à barrer la route non pas tant au commandant en chef qu’à la présidentielle telle que la veulent les conciliateurs. Pour leur part, les opposants, rendant la politesse à leurs adversaires, les accusent de suivisme. À l’égard des Américains, évidemment. En leur posant la question : « Pourquoi, vous qui étiez si farouchement contre l’amendement et contre l’avènement d’un militaire, changez-vous brusquement d’avis ? Pourquoi lâchez-vous Boutros Harb et Nassib Lahoud, qui sont la prunelle de vos yeux ? N’est-ce pas sur injonction de Washington ? »  Le CPL Aoun, encore lui, affirme que la majorité ferait mieux de plier, car à chaque jour qui passe il va rajouter une condition. Cela rappelle certain Berry du temps de guerre, qui lançait à l’est : « Acceptez nos termes maintenant, car demain vous nous supplieriez d’y revenir… » En tout cas, selon les loyalistes, Aoun demande un gouvernement de 17/13, sur base des 55 %-45 % de l’actuel Parlement. Il veut pour sa formation les Finances et l’Intérieur pour Frangié. Il veut aussi nommer le prochain commandant en chef, le prochain chef des renseignements, nombre d’officiers supérieurs et le directeur de la Sûreté générale, qui doit de nouveau être un maronite. En prime, il rejette Saad Hariri comme président du Conseil potentiel et réclame que ce poste échoie à un consensuel, comme ce serait le cas pour la présidence de la République. Il précise que lorsque le plus grand leader maronite, c’est-à-dire lui-même, est écarté, il doit en être de même pour son équivalent sunnite. Risque Quoi qu’il en soit, beaucoup de juristes et de politiciens soulignent que plus l’on tarde, plus le dossier se complique. Et nombre d’entre eux ajoutent qu’au cas où l’élection n’aurait pas lieu avant la fin de l’année en cours, c’est-à-dire au terme de la session parlementaire ordinaire dite d’automne, il faudra patienter jusqu’au printemps et jusqu’à la session de mars.
On croyait l’affaire dans le sac. En quelques heures, tout a basculé. Le temps que le fameux mot d’ordre parvienne à destination et soit distribué aux fidèles de Damas. Ainsi qu’à leurs bons amis du cru, d’ailleurs lancés d’eux-mêmes dans des surenchères de blocage. Il apparaît donc maintenant que les spéculations sur un fléchissement syro-iranien n’étaient que trompeuses apparences.
L’optimisme qui avait marqué la séance de vendredi s’est donc vite évaporé en week-end. Une fois de plus, Kouchner, qui avait prévu un dénouement lors du rendez-vous fixé à ce mardi, se trouve détrompé. La tension rebondit de plus belle. Et même Berry, le bon apôtre, s’y met. En soutenant que la procédure d’amendement ne peut passer par un gouvernement illégitime, anticonstitutionnel et non pactuel, qu’on...