Un président pour la révolution du Cèdre ? La Syrie est d’abord parvenue à empêcher l’éviction de M. Émile Lahoud, après l’assassinat du président Rafic Hariri, alors que le peuple soulevé réclamait son départ. Puis, toujours avec le concours actif de ses fidèles du cru, elle a réussi à priver le 14 Mars du droit d’élire l’un des siens. L’obligeant à se rabattre sur la candidature du général Michel Sleimane, pour éviter le vide institutionnel, ses retombées et ses effets dévastateurs.
Mais l’appétit d’ogre de Damas ne s’arrête pas là. Dans sa reconquista du Liban politique, il entend aujourd’hui bouffer également le Sérail, se mettre sous la dent en une seule bouchée Siniora, Hariri, Tabbarah ou tout autre présidentiable issu de la majorité. En tentant d’imposer d’abord un indépendant animé d’une neutralité bienveillante à son égard. Qui formerait un cabinet dit d’union au sein duquel l’opposition, éternel refrain, disposerait du tiers de blocage.
Ou alors, si la résistance à ces ambitions devait se révéler trop forte, un cabinet parfaitement incolore, inodore, insipide. Dont la principale mission serait d’élaborer une nouvelle loi électorale. Pour des législatives, anticipées ou pas, susceptibles de donner le pouvoir entier aux prosyriens et à leurs partenaires. Puisque ensuite ils pourraient former un gouvernement en famille. En mettant évidemment sous le coude, comme ils l’avaient fait tout au long de la tutelle, le slogan de participation qu’ils brandissent si haut actuellement. Pour contester, comme on sait, le droit de la majorité d’assumer le pouvoir. Principe démocratique dont ils deviendraient ensuite, naturellement, les plus ardents défenseurs.
Les maîtres chanteurs et leur directeur de chorale usent parfois de la partition potentielle, comme arme d’attaque. Plus rarement, car il y a une claire ligne rouge internationale à ce sujet, ils brandissent l’épée de Damoclès de la guerre civile. Mais ils jouent surtout sur les appréhensions concernant la sécurité ou un effondrement socio-économique. Pour faire fléchir l’indépendance sur tous les points, sur tous les fronts.
Les loyalistes soutiennent aujourd’hui qu’ils ne se laisseront plus faire. Qu’ils ont déjà été au bout du bout des concessions imaginables. Qu’ils n’admettront jamais un Premier ministre qui ne serait plus des leurs. Ils promettent dont de concrétiser leur refus à travers les consultations parlementaires impératives précédant la désignation du prochain président du Conseil.
Raffinements
Ce à quoi les prosyriens et leurs associés répondent qu’ils poseraient alors mille embûches devant la formation du gouvernement. Ils réclameraient la parité fifty-fifty et non plus simplement le tiers de blocage, déjà exorbitant. Puis ils exigeraient le meilleur panier au niveau des principaux portefeuilles. Et si d’aventure la majorité devait se montrer coulante sur ces points, accepter d’avaler toutes ces couleuvres, les opposants exploiteraient le débat sur la déclaration ministérielle pour tout perturber. En exigeant que ce programme de gouvernement soit parfaitement conforme à leurs vues propres. Notamment pour ce qui est de la loi électorale, de l’arsenal du Hezbollah, du rôle de la Résistance et de l’application, ou plutôt du gommage, de la 1559 comme de la 1701.
Bref, ce que (se) promettent les opposants, c’est de forcer au bout du compte tout Premier ministre désigné issu de la majorité à rendre son tablier avant que de s’être installé à table. Ou avant de pouvoir se présenter à la Chambre pour en solliciter la confiance. Pour que le 14 Mars se trouve contraint d’accepter un chef de gouvernement qui ne serait pas sorti de ses rangs.
L’opposition mise également sur des fractures dans le camp majoritaire, sur des changements d’alliances, sur une redistribution des cartes. En oubliant que, dans ce cas, tel est pris qui croyait prendre, de semblables bouleversements pourraient l’affecter encore plus qu’ils ne toucheraient les loyalistes.
Dont les cadres soulignent à ce propos que leur unité, malgré des divergences de vues en surface, reste solide dans la mesure où elle découle d’une parfaite identité de convictions nationales. Ajoutant que le futur président du Conseil désigné ne se désistera pas, si l’opposition fait de l’obstruction. Bien au contraire, disent-ils, il n’hésitera pas, si à composer une équipe ministérielle totalement majoritaire. Quitte ensuite à débaucher, en leur octroyant des portefeuilles, les députés opposants réputés tièdes, pour conforter son assise parlementaire.
Bien entendu, les majoritaires ont conscience de l’extrême importance de la prochaine loi électorale. Il leur faut, ils le savent et le disent, conforter leur unité de rangs pour empêcher d’abord l’opposition d’imposer un texte lui donnant un avantage certain. Et pour remporter ensuite la bataille, décisive, des législatives, qu’elles soient anticipées ou organisées dans les délais constitutionnels, c’est-à-dire en 2009.
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Mais l’appétit d’ogre de Damas ne s’arrête pas là. Dans sa reconquista du Liban politique, il entend aujourd’hui bouffer également le Sérail, se mettre sous la dent en une seule bouchée Siniora, Hariri, Tabbarah ou tout autre présidentiable issu de la majorité. En tentant d’imposer d’abord un...