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Actualités - Opinion

Le « ferme » soutien des opposants : un mandat-nain de 17 mois ! Philippe ABI-AKL

La versatilité, les sautes d’humeur de l’opposition en étonnent plus d’un. Au début, quand on avait encore du temps devant soi, elle avait rejeté la proposition logique de la majorité : tirons les choses au clair, entendons-nous dès maintenant sur la ligne à suivre, sur le programme politique, pour prévenir tout dérapage, tout malentendu ultérieur. On s’en souvient : par la bouche de Nasrallah, les prosyriens soutenaient que la personne-garantie du prochain président primait tout dialogue sur les problèmes en suspens. Sous-entendu qu’il fallait d’abord s’assurer qu’il y aurait un président convenant à Damas. Pour neutraliser le tribunal international. Or, maintenant que même les délais constitutionnels se trouvent outrepassés et que le temps presse plus que jamais, l’opposition se ravise. Pour exiger un package deal dont la discussion prendrait des mois, si jamais du reste elle devait aboutir. Un panier englobant le programme politique du prochain gouvernement, ce qui est déjà beaucoup. Mais aussi le nom de son chef, les quotas, la répartition des portefeuilles, la loi électorale et même les nominations administratives ou autres, excusez du peu ! Il est clair que l’opposition, pareille au capitaine Haddock s’agitant avec un sparadrap collé au doigt, ne sait plus quoi inventer, comment se démener pour se sortir du pétrin. Où la majorité l’englue en présentant la candidature du général Michel Sleimane. Pour Amal et le Hezbollah, la fuite en avant consiste à s’abriter derrière les propositions, les exigences du général Michel Aoun. Un alignement tout à fait magnanime de leur part, du moment que l’initiative du leader du CPL consiste, pour l’essentiel, à dire : réhabilitons le rôle chrétien dans ce pays. Poussant l’humour, l’ironie encore plus loin, des cadres hezbollahis affirment craindre que le général Sleimane ne devienne, en raison du soutien de la majorité, un deuxième Émile Lahoud, mais en sens inverse ! Ce qui est, à tout prendre, une double offense à l’uniforme remplacé par le costume croisé. Une triple même, si l’on remonte à la fameuse sortie printanière de Nasrallah proclamant que le camp de Nahr el-Bared est une ligne rouge. Sans manier la même comparaison, des pôles du CPL indiquent que leur chef lui-même redoute qu’une fois devenu président, le général Sleimane ne puisse faire face aux pressions de la majorité. Autrement dit, qu’il ne la laisse accomplir ses quatre volontés. Lui permettant d’aggraver le monopole de pouvoir dont elle se trouve accusée. Ces sources répètent que les positions radicales de Aoun ne visent pas Sleimane, bien au contraire puisqu’elles visent à renforcer la présidence de la République, mais Hariri. Cependant, les aounistes soulignent, au sujet du prochain commandant en chef de l’armée comme des services de sécurité, que ce ne sont pas eux qui soulèvent ces questions, mais le Hezbollah. Qui s’inquiète pour son armement et pour le rôle de la Résistance, même s’il a toute confiance sur ces points dans le général Sleimane. Réplique En face, on manie également le sarcasme. En ricanant de cette flagrante contradiction : Aoun, dit-on, prétend renforcer la présidence et en même temps en ramener le règne à 17 petits mois, belle logique en vérité ! De plus, il veut ligoter le prochain président en lui imposant des conditions aussi rédhibitoires, comme le ralliement au pacte CPL-Hezbollah, qu’anticonstitutionnelles comme l’accord sur le président du Conseil, sur le gouvernement, sur son programme politique et sur les nominations. Toutes choses qui, depuis Taëf, ne dépendent plus du président, mais du Parlement ou du Conseil des ministres réuni, où le chef de l’État n’a pas droit de vote. Reprenant le premier point de leur argumentation, les loyalistes demandent : comment peut-on renforcer le président, comme Aoun affirme le vouloir, quand on réclame un accord préalable sur la popularité du prochain Premier ministre, les parts ministérielles, la répartition des portefeuilles et la désignation du futur commandant en chef de l’armée, comme des têtes de différents services de sécurité. En d’autres termes, quel mot le président aurait-il encore à dire, ne serait-ce qu’à titre consultatif, de médiation ou d’arbitrage, prérogative d’orientation que la Constitution lui dévolue de façon très précise. Pour les majoritaires, les aounistes ne veulent pas renforcer Sleimane, mais au contraire l’affaiblir. Car s’il en était autrement, ils auraient milité pour qu’il ne se heurte pas à des conditions partisanes. Et même pour que le fameux tiers de blocage lui revienne à lui, afin qu’il puisse influer sur le cours de l’Exécutif et promouvoir de la sorte le rôle actif de la présidence. Comme des chrétiens dont il est le premier représentant au niveau du partage des pouvoirs. Faussement naïfs, les loyalistes font donc mine d’ignorer que Aoun prêche en réalité pour sa propre paroisse. Le renforcement de la présidence, ce n’est pas au général Sleimane qu’il le réserve, mais à sa propre personne, après l’intérim de 17 mois. Et faussement bons princes, ils assurent que l’opposition devrait laisser Sleimane choisir les ministres chrétiens, maronites en tête, pour qu’il puisse mieux se soustraire à l’attraction de la majorité ! En conclusion, les loyalistes insistent sur la nécessité de ne pas mélanger les torchons et les serviettes, la présidentielle et la formation du gouvernement. Chaque chose en son temps, et dans l’ordre, au double sens du terme, se plaisent-ils à répéter. Mais chaque chose en son temps, c’est encore loin d’être fait. Aoun, on l’a entendu hier, y va de plus belle. Et Berry refuse de légitimer le gouvernement s’il ne démissionne pas d’abord, pour que les ministres chiites démissionnaires retirent ensuite leur démission et que l’on reparte de zéro, drôle de contorsion. Ce qui fait que, pour le moment, on se demande toujours comment l’amendement va pouvoir être effectué et comment l’élection va être organisée. Un détail, mais de taille : l’opposition renie, en même temps que le gouvernement, les quelque 150 décisions qu’il a prises depuis un an. À ce propos, Berry, qui ne veut pas fâcher la communauté internationale, précise que la contestation ne porte pas sur les résolutions relatives au tribunal international. Mais surtout sur des sujets à caractère financier comme les privatisations. Le mot de la fin, du moins on l’espère, à un opposant modéré : « Au bout du compte, prédit-il, les conciliateurs étrangers vont arranger les choses. Et l’élection devrait intervenir la semaine prochaine. »
La versatilité, les sautes d’humeur de l’opposition en étonnent plus d’un. Au début, quand on avait encore du temps devant soi, elle avait rejeté la proposition logique de la majorité : tirons les choses au clair, entendons-nous dès maintenant sur la ligne à suivre, sur le programme politique, pour prévenir tout dérapage, tout malentendu ultérieur. On s’en souvient : par la bouche de Nasrallah, les prosyriens soutenaient que la personne-garantie du prochain président primait tout dialogue sur les problèmes en suspens. Sous-entendu qu’il fallait d’abord s’assurer qu’il y aurait un président convenant à Damas. Pour neutraliser le tribunal international.
Or, maintenant que même les délais constitutionnels se trouvent outrepassés et que le temps presse plus que jamais, l’opposition se ravise. Pour exiger...