La République est malade. Au point que la retouche de l’article 49 C, simple formalité, en devient une forme alitée ! Sur un lit de patient, et de patience. Parce que s’il faut passer par les exigences des opposants, c’est-à-dire négocier un accord politique global (et pourquoi pas un nouveau pacte national, tant qu’on y est), il faudra des mois.
Sur le fond ? Sur le fond, force est de constater qu’en regard du Cedric Lebanon, Born on the 14th of March, du Liban de nos enfants, futurs expatriés, de nos jeunes, de leur avenir, la présidentielle ne résout pas la crise. Mais l’aggrave.
Contentons-nous donc de dire que sur le gros œuvre, tout le monde est d’accord. Va pour l’élection du commandant en chef. Mais le diable est dans les détails. Et sur le sertissage de la procédure, chacun y va de sa chansonnette distincte, même au sein de chaque camp. Ce qui produit une cacophonie assourdissante à en perdre toute clarté de vues !
Alors certains estiment, souhaitons qu’ils se trompent, que les complications relatives à l’amendement sont provoquées à dessein. Toujours par le même méchant loup. Et toujours pour faire sauter l’État libertaire libanais afin d’en récupérer le contrôle.
D’autres pensent qu’elles traduisent l’âpreté du conflit de pouvoir local, ponctuel et en projection gouvernementale ou parlementaire. Sans plus mais c’est encore assez.
Quant aux troisièmes, ils veulent croire à la bonne volonté des uns et des autres. Ainsi qu’à l’authenticité de leur nationalisme respectif. Pour eux, il est normal qu’une opération aussi délicate que l’incision, ou l’excision, de la Constitution prenne des préparatifs et du temps. D’autant, disent-ils, que l’on se retrouve dans une situation d’exception, vu que l’opposition ne reconnaît pas le gouvernement. Alors que l’expresso doit obligatoirement passer par son filtre.
Le président Berry qui est, ou qui devient après la retraite d’Émile Lahoud, le premier à nier la légitimité du gouvernement, assure détenir la clé de la grille. Du Parlement, bien entendu, et on ne le sait que trop bien. Il entend, en base de consultations de spécialistes, que ce soit justement la Chambre qui prenne l’initiative. Par motion contresignée par dix députés, panachés de préférence, pour une proposition de loi. Mais le diable, redisons-le, est dans les détails. Et il en est un que le vieux renard ne révèle pas : comment contourner ensuite le gouvernement, puisque cette proposition de loi doit lui être impérativement transmise aux fins d’approbation ou de rejet. Et de transformation, le cas échéant, de l’essai en projet de loi.
Autre détail relatif au nouveau viol que la vieille dame s’apprête à subir : comment l’Exécutif peut-il traiter la révision, alors qu’il n’a pas de chef d’État à sa tête. On dira que le Conseil des ministres réuni remplace la présidence de la République vacante. Mais Mikhaël Daher, entre autres experts, souligne à ce propos que cet intérim ne peut matériellement pas porter sur les prérogatives personnelles du chef de l’État. Comme recevoir les lettres de créance des ambassadeurs, négocier les traités internationaux. Ou, c’est le fin du fin, conclure la formation d’un nouveau gouvernement en donnant son accord aux propositions nominales du Premier ministre désigné.
Côté détails, encore et toujours, les opposants poussent la minutie jusqu’à réclamer non seulement un accord sur le gouvernement (et sur son programme politique !) mais aussi un marché très précis sur les nominations administratives à venir. Notamment pour le commandement de l’armée et pour la direction de la Sûreté générale.
À dire vrai, l’opposition, prise de court, freine autant qu’elle peut le faire. Pour avoir le temps de souffler, de voir venir et de discuter un peu le coup avec les Syriens et avec les Iraniens. Qui ne semblent pas tout à fait d’accord. Pourtant, et toujours à dire vrai, dès la fin octobre, certains pôles opposants, relancés par des majoritaires, admettaient qu’il ne restait qu’une issue : Michel Sleimane.
Mobilisation
Du côté du général Michel Aoun, c’est désormais la barre à droite toute, cap sur la défense de la cause chrétienne. On peut se demander, incidemment, ce qu’en pense son allié organique, ce Hezbollah si farouchement khomeyniste. Qui a ouvertement pour objectif, de son côté, de laminer la présence politique chrétienne, en ramenant le quota de partage de fifty-fifty à deux contre un, au profit des musulmans.
N’importe : le général Aoun, autoproclamé patriarche de la rue chrétienne, lance motu proprio, es qualités, une véritable exhortation apostolique. Il veut enclencher une renaissance chrétienne, gommer la longue marginalisation de cette composante essentielle, fondatrice, du pays. Il attend du général Sleimane son ralliement aux constantes chrétiennes. Il le lui a certifié lors de leur rencontre de Rabieh. En précisant que son initiative n’est pas dirigée contre son élection, mais contre la majorité et sa monopolisation du pouvoir, au détriment du principe de la participation comme des droits politiques chrétiens. Et dans la même optique de rétablissement du rôle chrétien, il exige un accord politique global.
Sarcasmes
Avant, répliquent les loyalistes, c’était de la part de Aoun, candidat unique à l’en croire, « ou moi, ou personne d’autre ». Aujourd’hui qu’il se trouve forcé comme tout le monde, Syrie comprise, de prendre Sleimane en compte, il se rabat sur un autre plan fermé : « Ou mon initiative ou rien d’autre. »
Affirmant vouloir rafraîchir un peu la mémoire de l’intéressé, les majoritaires rappellent qu’il n’avait pas du tout protesté lorsqu’Émile Lahoud, confirmant et aggravant le déclin chrétien, avait remplacé le directeur maronite de la présidence par un sunnite, le chef de la garde républicaine chrétien par un musulman et le directeur maronite de la Sûreté générale par un chiite. Sans compter les neuf postes de première catégorie, dans l’administration ordinaire, qui avaient été arrachés aux maronites, sous le règne des Syriens, pour être confiés à des musulmans. Toujours, selon les loyalistes, sans que Aoun ne pipât mot. En outre, concluent-ils, Aoun, qui se pose aujourd’hui en champion de la présidence maronite, n’a jamais rendu visite à Lahoud pour marquer son soutien à la première magistrature en tant que telle. Ni jamais, d’ailleurs, annoncé ou lancé une croisade quelconque pour le come-back chrétien, du temps de la tutelle.
À noter enfin que même pour les Syriens, du moins l’ont-ils dit aux Français, le problème se trouve chez Aoun et non chez eux ou chez leurs alliés directs. Chez Aoun et dans le camp chrétien. C’est pourquoi les Français, Kouchner en tête, tentent aujourd’hui de raisonner un peu le général leader du CPL.
Du côté de la majorité, on est à fond pour Sleimane. Et l’on souligne qu’il faut lui faciliter la tâche, en ne posant pas de conditions préliminaires. Ce que d’ailleurs il refuse lui-même, en faisant valoir que, par exemple, la formation du gouvernement et les nominations sont des sujets que le Parlement et l’Exécutif doivent débattre et traiter en temps voulu. Tandis que la présidence de la République, si elle a bien son mot à dire, ne détient plus, aux termes de Taëf, le pouvoir de décision. Il conclut en rappelant que son rôle, s’il est élu, serait de faire respecter la Constitution et les lois, ainsi que de réactiver les institutions et la machine d’État.
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Sur le fond ? Sur le fond, force est de constater qu’en regard du Cedric Lebanon, Born on the 14th of March, du Liban de nos enfants, futurs expatriés, de nos jeunes, de leur avenir, la présidentielle ne résout pas la crise. Mais l’aggrave.
Contentons-nous donc de dire que sur le gros œuvre, tout le monde est d’accord. Va pour l’élection du commandant en chef. Mais le diable est dans les détails. Et sur le sertissage de la procédure, chacun y va de sa...