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La minorité oscille entre oui mais, et mais non ! Philippe ABI-AKL

Cela fait des mois qu’on le répète : la minorité devrait se réunir pour prendre clairement position. Certains de ses membres l’annoncent, mais jusqu’à présent, rien ne se précise, aucun pôle majeur ne le confirme. Pourquoi ? Des pourquoi, en ce qui concerne cette île flottante que sont les prosyriens et leurs alliés, il y en a veux-tu, en voilà. Pourquoi ne pas se rallier franchement à la candidature du général Sleimane ? Pourquoi lui mettre des bâtons dans les roues en inventant mille entraves ? Pourquoi, en somme, ne pas accepter nettement le principe même de l’entente nationale ? Pourquoi ne pas prendre exemple sur la majorité qui a su mettre de côté ses réticences concernant l’amendement comme l’avènement d’un militaire, le sort du pays étant en jeu ? Pourquoi maintenir des conditions, des exigences aussi rédhibitoires que dépassées ? Pourquoi prétendre, comme le fait notamment le Hezbollah, que l’on soutient toujours à fond la candidature Aoun, ou sa ligne, alors qu’en réalité il y a belle lurette qu’on l’a allègrement lâché ? Pourquoi le président Berry se met-il en réserve, sinon sur la touche, alors même qu’il se dit mandaté par l’opposition ? Sur les conseils des amis de l’étranger, la majorité, lucide quant à la gravité de la situation, s’est réunie dimanche au Phoenicia pour officialiser son soutien à la candidature du général Sleimane. Renonçant à se dresser contre un amendement de la Constitution à cet effet. Pour éviter le danger, visant le pays ainsi que les chrétiens d’Orient, du vide au niveau de la première magistrature, dévolue aux maronites. Une décision qui contraste fortement avec l’indécision du 8 Mars. Qui se met à ressembler furieusement à l’âne de Buridan. Ce solipède médiéval, affamé et assoiffé en même temps, placé à une égale distance d’un boisseau d’avoine et d’un seau d’eau, n’avait pas su quoi choisir en premier, vers quoi porter ses pas chancelants. Et il s’était laissé mourir d’inanition et de soif à la fois ! Ainsi, les prosyriens et leurs partenaires du cru se retrouvent perplexes, déchirés et divisés. Ils ne peuvent s’opposer à la candidature du général Sleimane. Mais il leur est extrêmement difficile de plier devant la majorité qui cautionne, voire qui présente cette candidature. Tour d’ivoire Le président Berry pour sa part se démarque des radicaux en adoptant une attitude de neutralité bienveillante. Sans dire ouvertement qu’il est pour l’élection du général Sleimane, il indique qu’il attend, en tant que président de la Chambre, que majorité et minorité accordent leurs violons pour qu’à son tour, il entreprenne les procédures requises. En fait, l’homme serait un tantinet ulcéré que cela n’étonnerait personne. Car ses partenaires lui ont retiré de fait le mandat de négociateur qu’ils lui avaient confié. À travers le discours fracassant de Nasrallah. Comme à travers le rejet par Michel Aoun de la liste Sfeir, derrière lequel Berry proclamait se tenir. Le désappointement, en interne, de Berry se double de la déconvenue qu’est pour lui le réquisitoire de Mgr Sfeir l’accablant pour avoir fermé le Parlement pendant des mois. Le comble du comble ? C’est d’entendre des opposants reprocher à la majorité sa versatilité. Son changement d’avis quant à l’amendement de la Constitution, son peu de respect pour la Loi fondamentale ! Alors que d’autres opposants soutiennent que les loyalistes trichent, qu’ils leur ont volé l’idée d’un recours au général commandant en chef. Aoun pour sa part veut un accord global, basé sur ses constantes. Il s’agirait de négocier, avant la présidentielle, le prochain gouvernement, son chef, ses ministres, le quota, la répartition des portefeuilles, la déclaration ministérielle, la nomination d’un nouveau commandant en chef ainsi que d’autres désignations. Et même de régler la sempiternelle question de l’armement du Hezbollah. Y a du boulot, comme on dit familièrement, et il faudrait des semaines, des mois, peut-être des années avant l’élection d’un nouveau président. Yarzé Du côté du candidat unique, un proche fait valoir qu’il s’étonne que ses différents interlocuteurs n’abordent pas avec lui des questions nationales, mais de détails parfois oiseux, comme leur part dans le gouvernement ou dans l’administration. Alors que ces points ne peuvent être traités que dans le cadre des institutions, et non par une seule personne. Cette source ajoute que le général candidat rejette les conditions anticipées, en répétant qu’on pourra lui demander des comptes non pas d’avance, mais au bout de six mois de régime. Il répète qu’il fera respecter la Constitution et les règlements en vigueur, nul n’étant au-dessus de la loi. Ajoutant qu’il gouvernera à travers le cabinet qui sera en place, en vue de réactiver les institutions. Il promet de redonner son lustre à la présidence. En soulignant qu’il n’accepte pas de mandat abrégé. Tout comme il n’admet pas les consignes dictées, les conditions et contre-conditions qu’on pourrait vouloir lui poser. Il précise à ce propos que certains se trompent quand ils soutiennent qu’il leur reviendra de choisir le nouveau commandant en chef de l’armée. Ses proches soulignent qu’il connaît parfaitement tous les dossiers. Ils indiquent que les pôles maronites qui le relancent insistent sur la dynamisation du rôle d’arbitre national de la présidence, marginalisé depuis si longtemps. Le général veut lancer de suite le chantier national en encourageant un dialogue global qui se tiendrait sous sa propre égide, à Baabda. Dans ce cadre, et pour pouvoir mieux opérer, le général Sleimane serait favorable à disposer au sein de l’Exécutif du tiers des ministres. Pour détenir lui-même la clé d’un blocage, en cas de nécessité, et se trouver de toute manière en mesure de faire la part des choses, de trancher entre la majorité et la minorité. Deux camps qui pourraient du reste changer de physionomie après la présidentielle, certains passant d’un côté à l’autre en base de toutes nouvelles alliances. Avec possibilité d’émergence d’une troisième force, d’un centre en somme.
Cela fait des mois qu’on le répète : la minorité devrait se réunir pour prendre clairement position. Certains de ses membres l’annoncent, mais jusqu’à présent, rien ne se précise, aucun pôle majeur ne le confirme. Pourquoi ?
Des pourquoi, en ce qui concerne cette île flottante que sont les prosyriens et leurs alliés, il y en a veux-tu, en voilà. Pourquoi ne pas se rallier franchement à la candidature du général Sleimane ? Pourquoi lui mettre des bâtons dans les roues en inventant mille entraves ? Pourquoi, en somme, ne pas accepter nettement le principe même de l’entente nationale ? Pourquoi ne pas prendre exemple sur la majorité qui a su mettre de côté ses réticences concernant l’amendement comme l’avènement d’un militaire, le sort du pays étant en jeu ? Pourquoi maintenir des conditions, des...