Des coups d’épée dans l’eau, voilà à quoi ils en sont réduits. Ils crient, vocifèrent, éructent, postillonnent parfois, et, pour clore le débat, enfoncent des portes largement ouvertes. La galerie, chauffée à blanc, « panurgisée » à souhait, applaudit à tout rompre. Le tour est joué, le rideau peut être baissé. Le populisme, une fois de plus, a fait ses preuves.
Sévère, musclé le dernier communiqué de Bkerké ? Allons donc ! Les vérités qu’il a énoncées, les aberrations qu’il a dénoncées sont bien en deçà de la réalité. Le mensonge, l’hypocrisie, le double langage n’ont pas arrêté d’illustrer, d’altérer la phase qui a précédé, accompagné et suivi la remise de la fameuse liste présidentielle.
Ceux qui se disaient les plus attachés à l’initiative patriarcale en ont été les premiers fossoyeurs, ceux qui ont encouragé, incité le maître de Bkerké à se lancer dans cette périlleuse entreprise ont été les premiers à se dédire, à tirer leur épingle du jeu.
Virulent le dernier communiqué de Bkerké ? Allons donc ! Indulgent plutôt eu égard à l’imposture qui a entouré les péripéties sur le choix des candidats. Constat accablant mais, aussi, notification prémonitoire : marchandages et manœuvres dilatoires ont continué à entretenir la dérive présidentielle, et le général Michel Sleimane en a fait la triste expérience jusqu’à l’ultime accord autour de sa personne.
Et qu’on ne vienne surtout pas nous rebattre les oreilles sur la marginalisation des chrétiens, leur relégation au dernier rang de la course aux honneurs. Qu’on ne vienne surtout pas nous rabâcher les mêmes slogans sur la souveraineté, la participation, l’unité de destin : à l’heure des choix, c’était toujours chacun pour soi… et Dieu bien oublié.
Ceux qui brandissent l’étendard de la croisade pour la défense de la « maronité » sont ceux-là mêmes qui ont saboté l’initiative de Bkerké et qui ont semé des mines sur le chemin du général Sleimane vers le palais de Baabda.
Ceux qui réclament, à cor et à cri, l’avènement d’un président consensuel sont ceux-là mêmes qui ont multiplié les conditions et préconditions, retardé le déblocage et prolongé ainsi le mandat d’un gouvernement qu’ils vouent pourtant aux gémonies.
Étrange et bien suspect parcours politique lié, d’une part, à des attentes régionales et internationales, et déterminé, d’autre part, par des ambitions personnelles qu’on ne se décidait pas à mettre au rancart.
Samedi, place des Martyrs, 365 fois martyrisée par le sit-in de la honte, les discours qui ont été tenus relevaient plus de la science-fiction que du pragmatisme politique.
Un seul mot d’ordre, une seule consigne, l’une neutralisant l’autre sans complexe, en toute arrogance : oui à la candidature de Michel Sleimane, mais poursuite du sit-in jusqu’à la chute du gouvernement Siniora.
Ubuesque ! L’élection d’un nouveau président signifie, automatiquement, la démission du cabinet, alors à quoi bon les menaces de manifestations populaires, d’un sit-in prolongé ? Est-ce soumettre déjà le président qu’on plébiscite à des pressions de présélection, un chantage supposé garantir la constitution d’une équipe ministérielle conforme aux souhaits de l’opposition, l’arrivée à la tête de l’armée d’un homme agréé par le Hezbollah ?
Michel Sleimane n’a pas encore le pied à l’étrier que les cartes sont déjà brouillées, mélangées par des mains expertes, tirées par des joueurs qui ont un faible évident pour la roulette russe.
L’année dernière, les mêmes acteurs avaient gâché les fêtes de fin d’année, enclenchant un processus de désastreuse paralysie. Un an de lente agonie, d’un insupportable surplace et, au bout du chemin, une récidive qui nous pend au nez.
Des coups d’épée dans l’eau pour des batailles impossibles : le pays a dérivé à l’image d’un sit-in qui n’a mené nulle part. Le patriarche Sfeir a raison de s’inquiéter : Que Dieu ait pitié de ce Liban que ses propres enfants ont crucifié. Et ce n’est pas l’élection présidentielle qui interviendrait in extremis, en cette première semaine de décembre, qui les absoudra de tous leurs crimes.
Nagib AOUN
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Sévère, musclé le dernier communiqué de Bkerké ? Allons donc ! Les vérités qu’il a énoncées, les aberrations qu’il a dénoncées sont bien en deçà de la réalité. Le mensonge, l’hypocrisie, le double langage n’ont pas arrêté d’illustrer, d’altérer la phase qui a précédé, accompagné et suivi la remise de la fameuse liste présidentielle.
Ceux qui se disaient les plus attachés à l’initiative patriarcale en ont été les...