Toutes les saveurs du monde
« L’élection présidentielle doit se dérouler sans ingérence extérieure. » Ce mot d’ordre, que les États étrangers nous rabâchent depuis des mois, renferme dans son énoncé même une forme d’ingérence. La planète entière – des États-Unis et l’Europe (France, Italie, Espagne) jusque l’Égypte, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, en passant bien sûr par l’Iran et la Syrie – se bouscule dans sa mobilisation tous azimuts en vue de l’échéance présidentielle. N’est-ce pas là un signe ostensible et, plus, une preuve irréfutable que l’extérieur nous dicte sans cesse et sans détours ce que nous devons faire ? Nous sommes engloutis sous un déluge de propositions représentant les avis les plus divers : pour la tenue de la séance parlementaire, l’un plaide pour le quorum des deux tiers, l’autre soutient qu’une majorité absolue suffit. Pour le profil du futur président, chacun veut préciser quelles doivent en être les caractéristiques : tel demande l’élection d’un chef d’État préservant les acquis du 14 Mars, tel autre est pour un président de consensus. Un troisième ne cache pas son rêve de voir arriver sur le trône un fidèle du pays voisin. Lequel voisin préfère à tout prendre que personne n’y arrive. Ce qui entraîne l’intervention de gens bien intentionnés demandant à cet intervenant obstructionniste de ne pas intervenir ou alors d’intervenir positivement.
Concernant donc cet enjeu présidentiel, les consultations privées, déclarations, défis, missions d’ambassadeurs, envoyés spéciaux, réunions internationales au sommet et concertations au niveau des bases ne constituent-ils pas une ingérence ? Les invitations à des rencontres en terres d’accueil, les visites à des responsables locaux et les messages qui leur sont adressés, tel récemment celui au patriarche d’assumer un rôle qu’il ne veut ou ne peut peut-être pas remplir : toutes ces initiatives ne représentent-elles pas une immixtion franche dans notre pauvre pays souffrant d’incapacité majeure ? Heureusement que, le plus souvent, ce méli-mélo d’influences fait figure d’aide et coïncide avec les intérêts de la nation. Il n’en est pas moins que, de la cuisine de cette élection – si élection il y a – ne sortira nullement un plat typique libanais, mais bien plutôt un mets qui aura toutes les saveurs du monde.
Claude ASSAF
« L’élection présidentielle doit se dérouler sans ingérence extérieure. » Ce mot d’ordre, que les États étrangers nous rabâchent depuis des mois, renferme dans son énoncé même une forme d’ingérence. La planète entière – des États-Unis et l’Europe (France, Italie, Espagne) jusque l’Égypte, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, en passant bien sûr par l’Iran et la Syrie – se bouscule dans sa mobilisation tous azimuts en vue de l’échéance présidentielle. N’est-ce pas là un signe ostensible et, plus, une preuve irréfutable que l’extérieur nous dicte sans cesse et sans détours ce que nous devons faire ? Nous sommes engloutis sous un déluge de propositions représentant les avis les plus divers : pour la tenue de la séance parlementaire, l’un plaide...
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