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Actualités - Opinion

Neuf ans, neuf jours

Les valises n’ont pas encore été faites, mais cela ne saurait tarder. Les rêves, quoique prolongés, ont toujours une fin : on ne force pas impunément deux fois le destin, sinon les plus beaux rêves, le songe d’une nuit d’automne, pourraient virer au cauchemar, tourner rapidement au vinaigre, et le mandataire n’aurait plus alors qu’un seul désir, une seule obsession : se faire la belle ! Pardon pour cette privauté, mais de vous à moi, reconnaissons que cela fait bien un bail et que neuf ans, c’est vraiment une éternité… Ce sera donc pour le 21, dans neuf jours exactement, après trois rendez-vous ratés. Et là, inutile de chercher midi à quatorze heures, de se perdre en conjectures. Les choses sont claires, on ne peut plus claires : neuf fois 24 heures pour dénicher l’oiseau rare, celui qui sera catapulté à Baabda dans la « liesse » parlementaire ; une allégorie, évidemment, car nombreux seront alors ceux qui se rallieront contraints au compromis, qui feront contre mauvaise fortune bon cœur. Neuf fois 24 heures qui peuvent tout aussi bien être dilapidées, irrémédiablement perdues et l’on aboutirait alors à des alternatives que tous disent vouloir éviter : une élection à la moitié plus un, qui serait aussitôt considérée comme un casus belli par l’opposition, ou à l’échéance, la prise en charge des affaires du pays par le gouvernement en exercice, comme le stipule expressément la Constitution. Dans les trois cas de figure, et l’opposition n’est pas sans l’ignorer, la reconnaissance internationale, aussi bien occidentale qu’arabe, sera assurée, le vide institutionnel étant le pire des scénarios, celui qui fait passer des nuits blanches à plus d’un médiateur, à plus d’un émissaire étranger. Par conséquent, même si le nouveau président est élu à la majorité absolue et non aux deux tiers ou que Fouad Siniora assume les responsabilités, en lieu et place du chef de l’État, l’approbation et la caution internationales ne feront pas défaut. Que l’opposition recoure alors à la déstabilisation sécuritaire ou à la formation d’un second gouvernement, tout cela ne changera rien à l’affaire. Le prix, une fois de plus, sera payé par la population et par l’économie nationale. Redisons-le sans ambages : la question, malheureusement, n’est plus d’ordre juridique ou constitutionnel, elle est foncièrement politique et c’est la raison pour laquelle les interprétations prolifèrent, des plus sensées aux plus fantaisistes. En se voyant accorder neuf jours supplémentaires de réflexion, quasiment les derniers avant l’échéance présidentielle, les deux parties se trouvent confrontées à l’urgence de l’entente hors de laquelle c’est la rupture. Que la balle, entre-temps, soit examinée sous toutes ses coutures à Bkerké, cela est tout à fait naturel. Le choix est nécessairement maronite et le patriarche Sfeir, en toute logique, ne dressera la liste restreinte des candidats, trois ou cinq, que s’il obtient la garantie ferme, irréversible, que le chef du Législatif ne trouvera rien à y redire, que le Parlement se réunira à la date prévue et que les règles démocratiques et constitutionnelles seront respectées. La décision ultime, ce sont les députés qui la prendront ; par conséquent, la liste éventuelle de Bkerké devrait leur être directement adressée, sans aucune retouche. C’est précisément pour déblayer le terrain, pour aboutir à ce résultat que la France a mis en branle toute sa diplomatie, recourant à la grosse artillerie en Syrie et mettant vraiment le paquet, au Liban, dans ses contacts avec toutes les parties. Du Quai d’Orsay à l’Élysée, un même message : Paris ne se résoudra pas à voir le pays du Cèdre sombrer dans l’instabilité, s’enfoncer dans le chaos. Un chaos qui ne manquera pas, cette fois, de déteindre sur toute la région, la Syrie en premier lieu. Est-il vrai que le régime syrien a reçu le message cinq sur cinq, celui qui a été mis au point à la rencontre internationale d’Istanbul et transmis, ensuite, directement à Bachar el-Assad ? Ou bien c’est juste le contraire qui s’est produit, le message tombant dans l’oreille d’un sourd plus que jamais englué dans son autisme, plus que jamais piégé par son double langage ? Les avis divergent, les conclusions qu’on en tire aussi, mais on en aura le cœur net le 21 novembre. Ce jour-là, le Liban saura où il en est de l’équilibre des forces dans la région, de la faculté de nuisance du régime syrien par alliés interposés. À cet égard, le discours, hier, de Hassan Nasrallah, dans la forme comme dans le fond, n’était pas pour rassurer. Un président fabriqué au Liban ? Alors, pourquoi donc ce grand remue-ménage, ce chassé-croisé de toutes les sollicitudes, de toutes les arrière-pensées ? Nagib AOUN
Les valises n’ont pas encore été faites, mais cela ne saurait tarder. Les rêves, quoique prolongés, ont toujours une fin : on ne force pas impunément deux fois le destin, sinon les plus beaux rêves, le songe d’une nuit d’automne, pourraient virer au cauchemar, tourner rapidement au vinaigre, et le mandataire n’aurait plus alors qu’un seul désir, une seule obsession : se faire la belle !
Pardon pour cette privauté, mais de vous à moi, reconnaissons que cela fait bien un bail et que neuf ans, c’est vraiment une éternité…
Ce sera donc pour le 21, dans neuf jours exactement, après trois rendez-vous ratés. Et là, inutile de chercher midi à quatorze heures, de se perdre en conjectures. Les choses sont claires, on ne peut plus claires : neuf fois 24 heures pour dénicher l’oiseau rare, celui qui sera catapulté...