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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Rendre justice à l’équipe Siniora Michel TOUMA

Le compte à rebours a bel et bien commencé. Dans une dizaine de jours, le mandat du général Émile Lahoud viendra à expiration et le pays s’engagera de plain-pied dans une nouvelle phase, cruciale à plus d’un égard, quelle que soit la tournure que prendra la bataille présidentielle. L’heure des bilans a sans doute sonné, aussi bien pour l’opposition que pour la majorité. Il est sans doute temps d’engager une réflexion sereine sur la ligne de conduite suivie par les deux camps antagonistes locaux au cours de ces derniers mois. Loin des clivages politiciens, du déchaînement des passions et de la fracture qui divise le pays depuis un peu plus d’un an, une constatation s’impose. Une constatation, certes élémentaire, qui est l’évidence même, mais qui devrait quand même être faite, loin des slogans populistes, afin de rendre justice au cabinet Siniora. Nommément au Premier ministre et aux membres du gouvernement. Non que leur gestion ou que certaines de leurs décisions soient au-dessus de toute critique. Loin de là. Mais en adoptant une certaine position de recul – nécessaire en pareilles circonstances –, on ne peut s’empêcher de relever que dès sa mise en place, au lendemain des élections législatives de juin 2005, le gouvernement a été soumis, sans répit, à un tir nourri et continu d’actions hostiles politico-militaro-sécuritaires qui ont concrétisé la véritable contre-offensive lancée par la Syrie sur la scène locale à la suite de la révolution du Cèdre. Les faits sur ce plan parlent d’eux-mêmes. Une rapide rétrospective des deux dernières années illustre parfaitement la dimension et l’objectif évident de cette contre-offensive syrienne. Chaque deux ou trois mois, le nouveau pouvoir faisait face ainsi à des secousses majeures qui, à un tel rythme – entretenu sciemment – constituaient autant de diversions qui maintenaient un climat d’instabilité chronique et empêchaient ainsi le gouvernement d’œuvrer dans un climat serein. Que l’on se rappelle… La succession des faits mérite de raviver les mémoires, d’autant qu’elle est particulièrement significative des méthodes du régime syrien… Avant même que la nouvelle équipe ministérielle ne puisse se mettre au travail, elle a été confrontée dès sa formation à une première crise provoquée par la fermeture de facto des frontières syriennes, Damas prétextant, pour justifier son action, une réorganisation du trafic de camions avec le Liban. Parallèlement, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Élias Murr, était la cible, en juillet, d’un attentat à la voiture piégée. En septembre, ce fut au tour de la présentatrice de la LBC May Chidiac d’être grièvement blessée par l’explosion d’une charge placée sous son véhicule. Dans le même temps, le président Bachar el-Assad et d’autres dirigeants syriens multipliaient les déclarations belliqueuses, voire injurieuses, prenant à partie essentiellement le Premier ministre et prédisant un effondrement du pouvoir issu de l’intifada de l’indépendance. Début décembre, un nouvel attentat à la voiture piégée emportait Gebran Tuéni dont l’assassinat fut immédiatement suivi d’une longue bouderie des cinq ministres chiites du tandem Hezbollah-Amal, qui boycottèrent le gouvernement dans le but évident de torpiller les démarches visant à mettre sur les rails le tribunal international. Cette crise provoquée par les deux principaux alliés du régime syrien se poursuivra jusqu’à début février. En mai, des tirs de katiouchas contre le nord d’Israël entraînent plusieurs raids aériens de représailles contre le Liban-Sud et la Békaa ainsi que de violents affrontements entre Tsahal et le Hezbollah. Début juin, prétextant d’une émission satirique diffusée par la LBC, des partisans du Hezbollah coupent la route de l’aéroport ainsi que d’autres axes routiers à la périphérie de Beyrouth, brûlent des pneus et s’en prennent à des jeunes à Achrafieh. Le 12 juillet, le Hezbollah franchit la ligne bleue au Liban-Sud, pénètre en territoire israélien, enlève deux soldats, tend une embuscade à une patrouille israélienne, lance des katiouchas contre le nord d’Israël, provoquant de ce fait une vaste offensive de l’État hébreu qui se poursuivra jusqu’au 14 août et dont les très lourdes conséquences démographiques, sociales, économiques, logistiques, financières et politiques sont incommensurables. Dès la fin des hostilités, le Hezbollah et ses alliés locaux se retournent vers le front interne et déclenchent une véritable guerre politique contre le gouvernement et la majorité. Le 11 novembre, les cinq ministres du tandem Hezbollah-Amal démissionnent pour protester contre la détermination du gouvernement à faire approuver le statut du tribunal international. Le 21 novembre, le ministre de l’Industrie et député du Metn-Nord, Pierre Gemayel, est assassiné. Le 1er décembre, le centre-ville est occupé par le Hezbollah et ses alliés qui entament un sit-in illimité qui paralysera toute l’activité économique au cœur de la capitale. Tout au long de l’année 2007, la guerre médiatique et politique contre le gouvernement et la majorité se poursuivra sans relâche, ponctuée d’attentats contre des centres névralgiques et des régions résidentielles. En mai 2007, le conflit de Nahr el-Bared est déclenché. Il se poursuivra pendant trois mois. En juin, le député du Courant du futur Walid Eido est assassiné à Beyrouth et, en septembre, c’est au tour du député Kataëb Antoine Ghanem d’être victime d’un nouvel attentat à la voiture piégée. Un véritable harcèlement, étalé sur plus de deux ans, sans répit, à un rythme soutenu… Un harcèlement qui n’a pas poussé pour autant l’équipe Siniora à céder sur l’essentiel, sur la ligne de conduite souverainiste, ou à se défaire du soutien de la communauté internationale en vue du rétablissement de l’indépendance politique du Liban. Ce harcèlement prenait pour prétexte, au plan strictement local, la requête d’une « participation au pouvoir ». Un slogan qui impose de relever certaines vérités. À l’adresse, plus spécifiquement, du tandem Hezbollah-Amal. Car, en période de crise existentielle, il devient impératif de lever le voile sur d’évidentes supercheries politiques qui ne sauraient tromper des observateurs avertis…
Le compte à rebours a bel et bien commencé. Dans une dizaine de jours, le mandat du général Émile Lahoud viendra à expiration et le pays s’engagera de plain-pied dans une nouvelle phase, cruciale à plus d’un égard, quelle que soit la tournure que prendra la bataille présidentielle. L’heure des bilans a sans doute sonné, aussi bien pour l’opposition que pour la majorité. Il est sans doute temps d’engager une réflexion sereine sur la ligne de conduite suivie par les deux camps antagonistes locaux au cours de ces derniers mois.
Loin des clivages politiciens, du déchaînement des passions et de la fracture qui divise le pays depuis un peu plus d’un an, une constatation s’impose. Une constatation, certes élémentaire, qui est l’évidence même, mais qui devrait quand même être faite, loin des slogans...