Muscle yankee et doigté français : sur le papier du moins, c’est une équipe de choc que l’on voit œuvrer en ce moment à lever ce verrou syrien bloquant avec tant d’obstination – et de terrible efficacité ! – l’interminable marche de notre pays vers la paix intérieure, la sérénité, la prospérité, la sécurité, la normalité, la tranquillité.
En théorie en effet, on ne peut que se féliciter de cette sorte de mise en commun des moyens convenue entre les États-Unis et la France, à propos du Liban : entre une superpuissance durement pénalisée par ses ambitions démesurées pour le Proche et le Moyen-Orient et une bien moindre puissance qui toutefois contribua grandement, dans le passé, à façonner de larges pans de la région ; entre un colosse américain désireux de changer cette partie du monde mais manquant tragiquement de know-how, et une France bien plus au fait des réalités et aussi des rêves et chimères historiques qui s’y entrecroisent ; entre le bâton étoilé enfin et une carotte qui, pour être tricolore, n’est pas moins agitée au nom de toute l’Europe unie.
Davantage qu’une entente et une coordination absolument parfaites, c’est vraisemblablement une intelligente distribution des rôles qui semble unir Washington et Paris dans une même volonté d’aider les Libanais à parer au plus pressé, c’est-à-dire à se doter, dans les délais constitutionnels, d’un nouveau président de la République. Rompant avec la ligne Chirac mais professant un même attachement à l’indépendance et à l’intégrité du Liban, Nicolas Sarkozy joue la carte de l’ouverture, du dialogue avec la Syrie, dans l’espoir de l’amener à cesser ses ingérences et autres manœuvres déstabilisatrices. Elle a beau mettre en garde contre les retombées régionales – syriennes, notamment – qu’aurait un chaos libanais, elle a beau froncer les sourcils, c’est par voie de séduction, par l’offre d’une réhabilitation internationale de la Syrie et d’une fructueuse coopération économique avec le Vieux Continent que la France escompte emporter le morceau.
Le chef de l’État français a bien, en cela, l’assentiment de cette Amérique qu’il visitait il y a quelques jours et à laquelle il a dédié, devant un Congrès l’applaudissant debout, une frémissante déclaration d’amour dans laquelle se côtoyaient les évocations des GI tombés en Normandie, du King Elvis et de Rita Hayworth. L’assentiment, certes, mais visiblement pas le soutien enthousiaste de l’Administration Bush. Contrairement aux prévisions, aucun communiqué commun spécifiquement consacré au Liban n’a clôturé les entretiens Bush-Sarkozy, le chef de la Maison-Blanche ayant néanmoins jugé utile de préciser qu’il n’était pas gêné, qu’il était même à l’aise avec les actuelles initiatives françaises. Et si Paris prêche le compromis entre Libanais, si le patriarcat maronite en est à renvoyer dos à dos majorité et opposition qu’il rend également responsables de l’impasse actuelle, Washington, bien que laissant toutes ses chances à la démarche française, ne renonce pas pour autant à l’option du dernier recours, celle d’un scrutin tenu à la majorité simple des députés.
Quoi qu’il en soit, la démarche française, appelée à trouver son couronnement avec une prochaine visite du ministre Kouchner, a salutairement fait bouger les choses alors que l’horizon paraissait totalement bouché. De Damas où ils s’étaient rendus dimanche dernier, les émissaires de l’Élysée ont rapporté des espoirs de décrispage, autrement ils ne seraient pas venus hier à Beyrouth. Reste l’essentiel cependant. C’est-à-dire la certitude que le message fort lancé conjointement par les États-Unis, la France et les pays modérés arabes à la Syrie en marge de la récente conférence d’Istanbul a été bien compris par le destinataire. Que ce message a été convenablement digéré. Qu’il va être répercuté sur les alliés locaux de la Syrie. Et enfin que les bonnes dispositions, si bonnes dispositions il y a, ne s’arrêtent pas à une étape présidentielle risquant fort de n’être pas davantage qu’une péripétie si devait reprendre la subversion.
Plus encore qu’à des garanties politiques, c’est littéralement à une assurance-vie qu’a droit, terre et hommes, le Liban.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Muscle yankee et doigté français : sur le papier du moins, c’est une équipe de choc que l’on voit œuvrer en ce moment à lever ce verrou syrien bloquant avec tant d’obstination – et de terrible efficacité ! – l’interminable marche de notre pays vers la paix intérieure, la sérénité, la prospérité, la sécurité, la normalité, la tranquillité.
En théorie en effet, on ne peut que se féliciter de cette sorte de mise en commun des moyens convenue entre les États-Unis et la France, à propos du Liban : entre une superpuissance durement pénalisée par ses ambitions démesurées pour le Proche et le Moyen-Orient et une bien moindre puissance qui toutefois contribua grandement, dans le passé, à façonner de larges pans de la région ; entre un colosse américain désireux de changer cette partie du monde mais...