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Actualités - Opinion

Commentaire L’exemple du Timor-Oriental

Par Fidel V. Ramos* Le Timor-Oriental, aujourd’hui appelé Timor-Leste, est la plus jeune démocratie du monde. Sa population compte peut-être moins d’un million de personnes, mais elle possède une histoire fière et héroïque, et une culture riche, bâtie sur des siècles d’influences ethniques et coloniales diverses. Cette île a attiré des commerçants chinois et malais au XVe siècle. Les Portugais sont arrivés peu de temps après et sont restés pendant 400 ans. Elle attire l’attention sur elle aujourd’hui en tant que nation dont la construction est orchestrée par les Nations unies. La mission intégrée des Nations unies au Timor-Leste (UNMIT), dirigée par Atul Khare, est constituée d’un personnel civil comptant 1 568 personnes, dont 334 volontaires, et d’un commissaire de police, Rodolfo Tor, accompagné de 1 623 policiers originaires de 39 pays. La tâche principale de l’UNMIT est ardue : orchestrer la réconciliation nationale. Des élections parlementaires ont été organisées dans le calme le 30 juin, mais une atmosphère d’appréhension prévaut depuis. Ni Fretilin, l’ancien parti au pouvoir, ni CNRT, le nouveau parti dirigé par Xanana Gusmão, héros de la résistance à l’occupation indonésienne, n’ont remporté de nette majorité. Tout d’abord, les Nations unies, comme beaucoup de Timorais, y compris José Ramos-Horta, président élu en mai dernier et lauréat du prix Nobel, ont espéré qu’un gouvernement d’unité nationale pourrait être constitué. Mais pendant un mois, les tentatives de négociation pour la mise en place d’un gouvernement intégrant tout le monde a échoué. Par conséquent, en août, Ramos-Horta a mis fin à l’impasse en faisant prêter serment à Gusmão, allié politique de longue date et ancien président, en tant que Premier ministre. Gusmão avait organisé une coalition avec trois autres partis du centre-gauche. Ensemble, ils ont remporté une petite majorité de 51 %, ce qui leur donne 37 sièges sur 65 au Parlement. Le principal rival de Gusmão, Mari Alkatiri, dirigeant de Fretilin et ancien Premier ministre, a dénoncé la décision de Ramos-Horta. Fretilin, s’est-il indigné, ne coopérerait pas avec un gouvernement « illégal et inconstitutionnel ». La Constitution est ouverte à l’interprétation, et il affirme qu’il aurait d’abord fallu demander à Fretilin, qui a remporté la plus grande partie des voix (29 %), de former un gouvernement, même minoritaire. Fretilin a d’abord cherché à combattre cette décision par des moyens pacifiques. Mais certains de ses supporters sont descendus dans la rue exprimer leur colère. Des groupes de jeunes gens en maraude, furieux et armés de pierres et de frondes, se sont déchaînés, bloquant les routes et incendiant les bâtiments. Mais cela n’a pas duré, à la fois grâce à l’ONU et au processus démocratique qu’elle aide à entretenir. Naturellement, le Timor-Leste est dans une sorte de limbe politique depuis l’année dernière, quand les affrontements entre factions rivales des forces de sécurité ont mené à une brèche momentanée de la loi et de l’ordre. Mais avec la sécurité aujourd’hui entre les mains de la police de l’ONU et des soldats de la paix australiens et néo-zélandais, le processus politique a une chance de trouver une issue favorable. Gusmão doit maintenant faire ses preuves à la tête d’un gouvernement inexpérimenté. Un des grands tests consistera à savoir si les 100 000 personnes déplacées, qui représentent 10 % de la population, dont beaucoup vivent dans des campements, se sentent assez en sécurité pour rentrer chez eux. Si Fretilin maintient sa décision de faire obstruction au gouvernement, l’instabilité va persister. C’est là que l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) peut s’avérer utile. En tête du programme du sommet des dirigeants de l’Asean de Singapour ce mois-ci se trouve l’adoption d’une charte incarnant son concept « Une vision, une identité, une communauté » pour le Sud-Est asiatique. Le Timor-Leste n’est encore qu’un observateur dans la famille de l’Asean, mais il semble capable de comprendre, bien mieux que le Myanmar, pays membre de l’Asean, la nécessité d’une association basée sur des règles qui défendent une gouvernance démocratique même dans les circonstances les plus difficiles. En effet, le peuple du Timor a constamment prouvé qu’il attendait de son gouvernement de l’ouverture, du dialogue et des élections à la majorité. Le peuple du Myanmar veut la même chose, mais son pays est poussé vers le gouffre par des années de crise politique et économique, et pourrait bien devenir le paria de l’Asean, à l’instar du Zimbabwe en Afrique. Cela devrait servir de mise en garde aux factions en conflit du Timor-Leste, au cas où l’une d’entre elles conclurait que la répression et la dictature sont les meilleures solutions. *Fidel V. Ramos a été président des Philippines. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.
Par Fidel V. Ramos*

Le Timor-Oriental, aujourd’hui appelé Timor-Leste, est la plus jeune démocratie du monde. Sa population compte peut-être moins d’un million de personnes, mais elle possède une histoire fière et héroïque, et une culture riche, bâtie sur des siècles d’influences ethniques et coloniales diverses. Cette île a attiré des commerçants chinois et malais au XVe siècle. Les Portugais sont arrivés peu de temps après et sont restés pendant 400 ans. Elle attire l’attention sur elle aujourd’hui en tant que nation dont la construction est orchestrée par les Nations unies.
La mission intégrée des Nations unies au Timor-Leste (UNMIT), dirigée par Atul Khare, est constituée d’un personnel civil comptant 1 568 personnes, dont 334 volontaires, et d’un commissaire de police, Rodolfo Tor, accompagné...