Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Éclairage Des chemins de Baabda qui se sont croisés à Istanbul Mahmoud HARB

Depuis que Anjar a perdu son éminent locataire, le pouvoir d’arbitrage, qui relevait exclusivement de l’occupation syrienne, aurait dû revenir, en toute logique, à son détenteur originel, c’est-à-dire les institutions, à commencer par la présidence de la République, garante de la Constitution et symbole de l’unité institutionnelle. Il va toutefois sans dire qu’Émile Lahoud était trop préoccupé par les affres de sa présidence prorogée – ou son nouveau statut d’orphelin – pour jouer ce rôle. Mais rien n’est éternel, et les mandats à rallonge du général arrivent enfin à échéance. Et l’élection de son successeur devrait sanctifier les acquis de l’intifada de l’indépendance et consacrer l’autonomie des institutions, en permettant au magistrat suprême de recouvrer sa fonction d’arbitre légitime et légal d’un pays indépendant. Telle est l’essence de la déclaration que la secrétaire d’État Condoleezza Rice a faite à bord du vol qui l’a menée à Istanbul. Les propos de la chef de la diplomatie US ont été injustement perçus comme une attaque contre les concertations menées par le tandem Aoun-Hariri. Mais de source proche de Rabieh, on souligne que « les Américains ont clairement signifié au président du CPL qu’ils seraient les premiers à adhérer à une entente qu’il conclurait avec le chef du Courant du futur ». La majorité a, quant à elle, décelé dans le discours de la secrétaire d’État un message adressé à son homologue français Bernard Kouchner, d’après des sources proches du front souverainiste. « Il n’y a pas de divergences entre Paris et Washington dans le dossier libanais. Mais Condoleezza Rice a simplement cherché à exprimer l’intransigeance de l’Administration américaine à l’égard de la tenue de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, sans compromis avec Damas dans le dossier libanais », ont ajouté ces sources. C’est donc un message ferme qu’ont lancé la communauté internationale et le monde arabe au régime syrien, à l’issue de la réunion élargie consacrée à la crise libanaise, à Istanbul, ainsi que lors des rencontres bilatérales de Rice et de Kouchner avec Walid Moallem. Les capitales concernées par la crise libanaise semblent craindre un dérapage sécuritaire provoqué par Damas pour pérenniser le vide à la tête de la République et pousser les parties libanaises à régler leurs différends par les armes, faute d’arbitre institutionnel. D’ailleurs, des sources dignes de foi au sein de la majorité ont indiqué à L’Orient-Le Jour que « le régime syrien a préparé un plan de déstabilisation qui consiste à perpétrer des attentats et des assassinats à Beyrouth, demandant en outre à certains de ses alliés de couper la route de Saïda, au niveau de Khaldé ». « Damas cherche également à réitérer l’expérience de Nahr el-Bared dans le camp de Bourj el-Barajneh, pour éradiquer le Fateh de la zone. Dans la Montagne, le régime syrien a mandaté le PSNS et les partisans de Wi’am Wahhab pour fomenter des troubles », ont également précisé ces sources. Pour désamorcer cette bombe à retardement, qui, si elle éclatait, risquerait d’embraser le Liban et de raviver les incendies du Proche-Orient, Bernard Kouchner, cité par l’AFP, a explicitement mis en garde contre des assassinats éventuels « visant à entraver le scrutin présidentiel », promettant à Damas la manne de la normalisation de ses relations avec Paris si elle acceptait de coopérer dans ce dossier. Et la déclaration de Saad Hariri, qui avait révélé, depuis le palais présidentiel égyptien, un plan « préparé par Assef Chawkat pour l’assassiner », va également dans ce sens. Le président français a été même jusqu’à dépêcher son bras droit, Claude Guéant, et son conseiller diplomatique, Jean-David Levitte, auprès de Bachar el-Assad. Les deux émissaires devraient compléter leur action par « une rencontre importante à Paris, dans les prochains jours », d’après une source fiable. Il semble que le président Sarkozy ait voulu établir un contact direct avec Bachar el-Assad, avant son sommet avec le président George Bush, et s’assurer que le message est bel et bien parvenu aux hautes sphères du régime syrien, vu l’opacité qu’a voulu entretenir Walid Moallem, à travers le communiqué qu’il a publié à l’issue de sa rencontre avec son homologue français. De source informée, on sait que la diplomatie française, agissant de concert avec Washington, cherche à obtenir l’aval des parties concernées pour permettre au patriarche maronite d’établir une liste de trois ou quatre présidentiables, entre lesquels le vote du Parlement devrait trancher. L’action internationale ne saurait donc pas aboutir à ses fins à défaut d’une entente solide sur le terrain libanais. Laquelle entente semble commencer à se concrétiser à travers les concertations entre Rabieh et Koraytem. Des sources proches du CPL ont indiqué que « certains pseudo-alliés du député Michel Aoun ne sont pas favorables à ses rencontres avec Saad Hariri. Et le Hezbollah, le mouvement Amal et l’ancien ministre Sleimane Frangié ne se sont pas encore prononcés à cet égard. Mais le chef du CPL est déterminé à poursuivre son dialogue avec le député Hariri, car c’est un accord profond et global qui est en train de se dessiner entre les deux pôles ». Du côté du Courant du futur, on se félicite du fait que « le député Aoun ait accepté de poursuivre les négociations, bien que Saad Hariri lui ait dit que sa candidature à la présidence ne pourrait pas être adoptée par le 14 Mars ». L’ambiance est donc au positivisme entre les deux pôles, d’autant que leurs proches s’accordent à voir en la position de Bkerké un refus du boycott de la séance du 12 novembre et une opposition « provisoire » à l’élection d’un président à la majorité absolue. Il semble même que certains députés du CPL se rendront place de l’Étoile, le 12 novembre, se pliant aux orientations édictées par le patriarche maronite. La communauté internationale s’est donc acquittée d’une grande partie de ses obligations à l’égard du Liban. Il appartient désormais aux protagonistes internes, et notamment au député Michel Aoun, de poser les jalons d’un nouveau pacte d’arbitrage interlibanais, loin des allégeances étrangères. Le 14 Mars a franchi un pas dans ce sens. Il incombe maintenant au chef du CPL de s’avancer sur les chemins de la réconciliation. À défaut d’être élu président, Michel Aoun pourrait non seulement devenir grand électeur, mais aussi participer à la gestion des affaires du pays, appliquer son programme de réforme du régime. Le député Aoun devrait incessamment opter pour le portail par lequel il voudrait entrer dans l’histoire du pays, en choisissant entre le statut d’arbitre incontournable sur la scène politique et celui du général qui aura combattu l’occupation lorsqu’elle était invincible, et laissé la voie libre à la tutelle au moment où elle était sur le point d’être vaincue.
Depuis que Anjar a perdu son éminent locataire, le pouvoir d’arbitrage, qui relevait exclusivement de l’occupation syrienne, aurait dû revenir, en toute logique, à son détenteur originel, c’est-à-dire les institutions, à commencer par la présidence de la République, garante de la Constitution et symbole de l’unité institutionnelle. Il va toutefois sans dire qu’Émile Lahoud était trop préoccupé par les affres de sa présidence prorogée – ou son nouveau statut d’orphelin – pour jouer ce rôle. Mais rien n’est éternel, et les mandats à rallonge du général arrivent enfin à échéance. Et l’élection de son successeur devrait sanctifier les acquis de l’intifada de l’indépendance et consacrer l’autonomie des institutions, en permettant au magistrat suprême de recouvrer sa fonction d’arbitre...