La mission conjuguée Berry-Hariri en vue d’un président d’entente reste, depuis plusieurs jours, suspendue dans l’attente d’une fumée blanche de Bkerké. C’est que les deux leaders musulmans ne veulent pas paraître outrepasser la communauté maronite dans une élection qui la concerne au premier chef. Cela, bien qu’ils soient mandatés par leurs coalitions respectives qui englobent des représentants de toutes confessions. Le président de la Chambre, qui n’a jamais cessé de souligner qu’il s’alignera sur le patriarcat dans ce domaine, affirme dans ce même esprit qu’il compte assumer pleinement ses responsabilités institutionnelles, en assurant la présidentielle. Objectif essentiel, on le sait, pour Mgr Sfeir.
Cependant, tout comme pour le mot entente, chacun interprète à sa manière le sens du mot recours appliqué à Bkerké. Certains souhaitent qu’il joue pleinement un rôle d’arbitre, et d’autres, même parmi les maronites, regimbent à cette idée. La question est de savoir si le patriarche lui-même va estimer devoir, faute d’autre solution, proposer des noms. Ou s’il compte maintenir, pour avoir été échaudé par de précédentes déceptions, sa résolution de ne plus s’en mêler. Il a toutefois laissé filtrer qu’il a bien un nom en tête, précisant qu’il ne tient pas à le divulguer pour le moment, afin de ne pas le brûler. On n’est donc pas tout à fait fixé sur ce qu’il va faire en définitive. En tout cas, selon des sources proches de la hiérarchie, trois options sont sous étude :
– Le patriarche tranche dans le vif, une fois pour toutes, en désignant l’élu qu’il juge à la hauteur de la situation, capable de dégager le pays de l’ornière, coupant la voie de Baabda à tout postulant ne répondant pas aux critères nationaux requis. Sans se soucier des mécontents. Quant aux pôles maronites, ils n’auraient à s’en prendre qu’à eux-mêmes, car, par leurs divisions, ils se seraient écartés eux-mêmes de la prise de décision.
– Le patriarche retient trois pôles principaux, Amine Gemayel, Michel Aoun et Samir Geagea. Il peut y ajouter Boutros Harb et Nassib Lahoud, comme soulevant moins d’objections.
– Enfin, une liste élargie comprenant Michel Aoun, Boutros Harb, Nassib Lahoud, Michel Eddé, Jean Obeid, Farès Boueiz, Charles Rizk, Robert Ghanem et d’autres qui auraient déclaré leur candidature. Et on l’adresserait à la Chambre qui ferait son choix. Il serait cependant entendu d’avance que la formule avancée, parrainée par le patriarcat, ne pourrait être contestée ou retouchée, pour soustraction ou addition, par aucune partie locale avant d’être présentée au Parlement.
Institution que le patriarche considère comme le site de décision naturel. Mais, répétons-le, on ne sait pas encore s’il ne va pas juger utile, productif, de proposer Gemayel, Aoun et Geagea en y ajoutant éventuellement Harb et Lahoud.
Relais virtuel
Mais que ferait-on si Bkerké ne résout pas entièrement le dilemme qui se pose ? Est-ce que Berry et Hariri pourraient s’entendre sur un président d’entente, ou sur une liste déterminée ? Et en seraient-ils encore chargés par leurs camps respectifs ? En d’autres termes, est-ce que toutes les formations accepteraient alors leurs suggestions ? Et partant, est-ce que la Chambre suivrait le mouvement ?
Une réponse positive est loin d’être assurée. En effet, le général Aoun déclare rejeter « l’abolition d’un leadership chrétien désigné, qu’ils le veuillent ou non, par les élections législatives. Nous ne serons pas rayés et nul ne peut le faire. Nous leur conseillons de ne pas rechercher un président à travers des comités, ni par le biais de concertations, qu’elles soient bilatérales, tripartites ou quadripartites ».
Il n’en reste pas moins que le chef du CPL pourrait se rabattre sur le relais de milieu Berry-Hariri. Il se répète en effet qu’il devrait rencontrer bientôt le chef du Courant du futur, peut-être à Paris.
Cependant, son allié Michel Murr indique pour sa part que « le général Aoun a jusqu’au 11 novembre. Le nombre de voix qui le soutiennent est maintenant connu. Nous lui dirions alors que nous n’acceptons pas d’aller au vide et de voir le pays plonger dans la perdition. Nous n’allons pas démolir le pays, si l’entente ne se fait pas sur le général. Tout nom qui ferait l’objet d’un accord entre Berry, Hariri et Bkerké, nous serions pour ». Ajoutant qu’il refuse de voir aucun gouvernement se substituer à la présidence de la République pour combler le vide, l’élection étant donc absolument impérative.
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Cependant, tout comme pour le mot entente, chacun interprète à sa manière le sens du mot recours...