La Bourse est considérée par beaucoup de spécialistes comme un marché idéal où la compétition est parfaite. Les prix, pour reprendre une expression technique, sont fixés « par la rencontre de l’offre et de la demande » : plus les gens veulent un titre, plus le prix monte et à l’inverse, plus ces personnes veulent se débarrasser d’un titre, plus les prix diminuent.
Ces mouvements de prix sont censés refléter une réalité économique et pour pouvoir prendre les décisions les plus rationnelles possible, les acteurs boursiers ont besoin de l’information la plus précise possible. La question est tellement importante que la possibilité d’accès à l’information permet aux spécialistes de classer les marchés boursiers en termes d’efficience et de déterminer le type de stratégie qu’il convient d’y appliquer.
Le problème de ce raisonnement est qu’il se fonde sur la prémisse qui veut que l’opérateur cherche à faire des bénéfices alors qu’il cherche, en fait, à maximiser sa fonction d’utilité, c’est-à-dire à faire le plus de bénéfice possible.
Pour atteindre son objectif, il doit spéculer. En effet, il est trivial d’acheter ou de revendre avec tout le monde la même action. Les gains possibles sont limités. Ce qui est réellement intéressant est d’acheter une action à bas prix avant tout le monde alors que personne n’en veut, pour la revendre très cher quand tout le monde la désire ou de vendre un titre quand tout le monde se l’arrache avant qu’il ne s’écrase.
Dans ce cadre, il serait intéressant de savoir de quel type d’informations disposaient les personnes qui ont décidé d’investir dans l’affaire de ce jeune garçon qui venait juste de sortir de son garage et qui s’appelait Bill Gates. Ceux qui ont acquis des actions du Microsoft de l’époque ont simplement eu du « nez »… Et c’est là où on touche à la contradiction principale de la Bourse : elle est censée être un temple de la rationalité économique et elle a pour moteur principal des impressions : personne ne connaît cette compagnie, mais je vais acheter maintenant ses actions parce que je pense, j’ai l’impression que ses opérations vont se développer.
Évoquant le sujet, Keynes, le grand spécialiste de l’économie, affirmait que la Bourse est en fait un concours de beauté. Pour vraiment gagner, il ne faut pas investir dans l’entreprise la plus rentable, mais dans l’entreprise dont tout le monde pense qu’elle est la plus rentable. Cette nuance fait toute la différence et explique que la Bourse soit responsable de fortunes fabuleuses et de faillites retentissantes. On peut avoir une bonne ou une mauvaise impression.
En dépit de cette prééminence de l’intangible, l’information et son analyse gardent une importance cruciale. Elles constituent le socle des impressions et surtout elles les légitiment en leur donnant un vernis de rationalité. En effet, dans la mesure où le type de questions posées déterminent généralement le type de réponses trouvées, l’analyse de l’information corrobore le plus souvent l’impression en permettant au décideur d’affirmer qu’il achète les titres parce que « l’analyse des fluctuations des cours permet de déterminer qu’une tendance… », et non pas parce qu’il a eu « l’impression que… ». Ce procédé d’habillage rationnel des décisions est étonnant, mais il n’est pas propre à la Bourse. En fait, il touche tous les secteurs de l’action organisationnelle et est qualifié de « rite » par les spécialistes pour souligner que la seule fonction de ce type d’action est de légitimer une opération donnée.
* Spécialiste en stratégie et théories des organisations – Centre de recherche, d’études et de développement de l’ESA (CRED).
En coopération avec l’ESA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Bourse est considérée par beaucoup de spécialistes comme un marché idéal où la compétition est parfaite. Les prix, pour reprendre une expression technique, sont fixés « par la rencontre de l’offre et de la demande » : plus les gens veulent un titre, plus le prix monte et à l’inverse, plus ces personnes veulent se débarrasser d’un titre, plus les prix diminuent.
Ces mouvements de prix sont censés refléter une réalité économique et pour pouvoir prendre les décisions les plus rationnelles possible, les acteurs boursiers ont besoin de l’information la plus précise possible. La question est tellement importante que la possibilité d’accès à l’information permet aux spécialistes de classer les marchés boursiers en termes d’efficience et de déterminer le type de stratégie qu’il convient d’y...