Fils d’un pays composite, le Libanais est par définition, autant du reste que par nature méditerranéenne, de bonne composition. Il en ressort que tout autochtone maronite peut valablement prétendre représenter le candidat d’entente idéal. Et comme les postulants, déclarés ou non, se pressent au portillon, il apparaît bien difficile de n’en retenir qu’un seul. Ou même d’établir, d’un commun accord, une liste de base raisonnable d’une douzaine de consensuels plausibles. Car, à part les intéressés eux-mêmes, chaque partie, chaque groupe d’influence, chaque pôle a sa petite idée propre, ses intérêts à défendre. Bref, le consensus sur le consensus semble assez malaisé.
Rebondissant sur un simple vœu pieux (forcément) du patriarche-cardinal, le président Berry soutient qu’il faut un président équidistant de tous, n’appartenant ni au 8 ni au 14 Mars. Mais le comité quadripartite mixte mandaté, du côté chrétien, pour la présélection ne peut pas exclure de la course les deux candidats modérés qui font partie du 14 Mars, Nassib Lahoud et Boutros Harb. Tout comme il ne peut démentir aucun prétendant, dont le général Aoun, s’autoqualifiant de candidat d’entente.
Certains proposent d’ailleurs qu’on limite la compétition à ces trois figures du premier rang. D’autres, tout au contraire, que l’on retienne uniquement les notables ne relevant ni du 8 ni du 14 Mars. Et d’autres, enfin, qu’on refile la patate chaude à la Chambre. En lui présentant en vrac tout le gros paquet de présidentiables, déclarés ou non, pour qu’elle se débrouille avec, comme une grande, et tranche.
Répétons-le, l’entente sur le mot « entente » n’est pas encore scellée. L’opposition exige la disqualification des membres du 14 Mars. Dont deux pôles majeurs, Walid Joumblatt et Samir Geagea, rétorquent que Nassib Lahoud et Boutros Harb représentent un choix d’ouverture et de main tendue, entendre d’entente. Ajoutant qu’à ce titre, comme au nom du droit de désignation que la majorité détient par définition même, l’un des deux, et nul autre, doit être élu. Un refus opposant impliquant, insinue Geagea, que le 14 Mars, cessant d’offrir la possibilité d’un choix entre deux modérés, se rabattrait sur un seul candidat. Sous-entendu de défi.
Le rôle de Berry
Partant de ces données, il est possible que le comité quadripartite écarte les neutres et réserve sa présélection aux représentants du 8 et du 14 Mars. Il appartient en tout cas au président Berry de procéder, avec le concours de toute la classe politique. En base des règles suivantes :
– Assurer coûte que coûte la présidentielle, pour parer le danger de vide institutionnel menant au chaos. Il faut donc inciter et inviter les parlementaires à ne pas torpiller le quorum de la séance électorale.
– Se ressaisir en tant que haut responsable. Dans ce sens qu’il lui faut œuvrer pour que tout le monde convienne de ne jamais recourir à la rue et aux troubles. De ne traiter les différends que dans le cadre des institutions étatiques. Pour peu qu’on les laisse fonctionner…
– Se fonder, pour ce qui est du profil du prochain président, sur les qualifications énumérées par le patriarche Sfeir.
– Empêcher qu’on se joue de nouveau de la Constitution, en amendant encore une fois (et encore une fois, prétendument pour une seule et unique fois !) l’article 49 au profit de personnes déterminées.
– Superviser une convention générale concernant les missions dont le nouveau chef de l’État devrait au juste s’acquitter. Pour que le régime frais éclos ne se heurte pas d’entrée à des crises ou qu’il ne pourrait résoudre.
Bkerké
Pour sa part, le patriarche Sfeir n’a qu’une obsession : que la présidentielle ait bien lieu dans les délais, que le quorum ne fasse pas défaut, que les députés ne trahissent pas leur devoir national. Pour éviter au pays un saut suicidaire dans l’inconnu.
Cependant, échaudé par de précédentes désillusions, il évite soigneusement cette fois d’entrer dans le jeu des noms. À ceux qui tentent de cerner ses préférences en matière de candidats, il répond en souriant : « Disons, par tranquillité d’esprit, qu’ils sont tous bien… » Il répète que c’est du côté de la Chambre qu’il faut regarder, car elle est le site naturel, et légitime, fixé par la loi pour le tri et pour le vote. Aucune autre partie, aucune autre instance ne doit ni ne peut se substituer dans ce rôle à l’Assemblée. Seule habilitée à dire qui est consensuel et qui ne l’est pas. Seule autorisée à décréter d’inclure ou d’exclure les candidats engagés venant du 14 ou du 8 Mars. Pour désigner ensuite par ses suffrages, au scrutin secret, le président.
Il reste à signaler qu’au cas où il serait décidé de ne retenir que les candidats non soutenus par le 8 ou par le 14 Mars, la liste comprendrait sans doute cinq noms : Michel Eddé, Jean Obeid, Farès Boueiz, Robert Ghanem et Charles Rizk. Autre précision : le premier nommé, l’ancien ministre Michel Eddé, souhaite ne pas figurer sur une liste. Car il refuse d’entrer en compétition avec d’autres sur la présidence de la République, et n’accepte le statut de choix d’entente que s’il y a quasi-unanimité autour de sa personne.
Émile KHOURY
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Rebondissant sur un simple vœu pieux (forcément) du patriarche-cardinal, le président Berry soutient qu’il faut un président...