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Mais que signifie au juste le mot entente ? Émile KHOURY

Maintenant que les noms circulent et que l’on en discute, il s’agit, en premier lieu, de déterminer une même définition pratique du mot-clé entente. Donc, si l’on fait abstraction d’une entente sur le programme, pour ne s’arrêter qu’à la présidentielle, il faut apporter une réponse commune aux questions suivantes : – Quelles sortes de critères faut-il établir pour fixer le contour requis d’une candidature dite d’entente ? En d’autres termes, par quels côtés doit-elle se distinguer d’une candidature de consensus ou encore de compromis ? – Conséquemment et subséquemment, est-ce que tout candidat provenant du 14 ou du 8 Mars doit être automatiquement écarté comme ne pouvant être d’entente ? Ou, au contraire, garder ses chances, du moment que ce terme d’entente, sujet principal du débat, n’est pas synonyme de neutralité ou d’équidistance ? – Peut-on, doit-on, ferait-on bien de forcer la main à la Chambre, en lui imposant un candidat unique sur lequel l’entente se serait réalisée ? Ne vaudrait-il pas mieux lui laisser le choix entre divers postulants, même si la liste devait en être réduite ? D’ailleurs (mais c’est là un élément purement théorique), l’Assemblée n’est-elle pas libre de ne tenir aucun compte de ce qu’on lui propose, d’aucun nom comme d’aucune liste ? – Quelle est la partie qui assumerait la désignation d’un nom ou d’une liste ? Et prendrait du même coup sur elle de mettre hors course tel ou tel, de le disqualifier ? Serait-ce le président Berry, à l’issue de son tour de table de concertations élargies ? Étant entendu, dans cette option, qu’il soumettrait son verdict au patriarche Sfeir pour approbation, avant de le rendre public. Ou bien, comme le demandent beaucoup, à peu près l’inverse. C’est-à-dire un panel de consensuels plausibles dressé par le patriarche pour que la Chambre fasse son choix en définitive. Écueils Les interrogations qui précèdent montrent que la voie est semée de difficultés et d’embûches. Sur quelles bases, sur quels critères, s’accorder pour affirmer que tel candidat est consensuel et tel autre ne l’est pas ? Ensuite, serait-il aisé d’ajuster ces qualifications aux spécificités énoncées par Bkerké et par les évêques ? Sur le plan personnel (probité, savoir-faire, compétence, expérience), c’est probable. Mais sur le plan politique de fond, sur les constantes nationales, l’indépendance, la souveraineté, l’État seul armé ? De même, comment une partie déterminée, qu’elle soit civile ou religieuse, pourrait-elle s’arroger le droit de priver la Chambre de décider de la consensualité d’un candidat, donc de sa présidentiabilité ? Dans un système dit parlementaire démocratique, l’abus serait aussi flagrant qu’excessif. Il convient cependant de souligner à ce propos que le patriarche Sfeir est, pour sa part, parfaitement conscient de l’absolue nécessité de laisser au Parlement son mot à dire. Les sources proches de Bkerké indiquent qu’au cas où on lui soumettrait une liste de plausibles, le cardinal demanderait qu’on la transmette plutôt à l’Assemblée, site naturel de décision institutionnelle. Et si on prie Mgr Sfeir d’établir lui-même une pareille sélection, il prendrait soin de n’en exclure absolument personne. En priant la Chambre d’élire, en conscience, le meilleur. Le meilleur pour le pays, s’entend. Dans ce sens, il a d’ailleurs pressé les députés, dans son sermon dominical, d’agir en conscience pour l’avenir du Liban comme pour l’avenir de leurs enfants. Il en irait autrement, indiquent ces mêmes sources, si le patriarche n’était confronté qu’à un choix simple, entre un candidat de la majorité et un autre de l’opposition. Il se prononcerait alors en base de ses convictions nationales. Ainsi, dans le temps, il n’avait pas hésité à s’engager pour Taëf, en dépit des objections de pôles chrétiens. Car l’alternative était entre la poursuite de la guerre et le retour de la paix civile. Mgr Sfeir n’a pas hésité non plus à lutter contre la tutelle. D’abord en animant le boycott des législatives préfabriquées de 92. Puis à travers le premier manifeste de Bkerké appelant au retrait des forces syriennes. La bataille se poursuivant à travers la Rencontre de Kornet Chehwane mise sur pied par le patriarcat et d’ailleurs présidée par un évêque, en l’occurrence Mgr Youssef Béchara. Mais aujourd’hui, comme la compétition se situe au niveau de candidats d’entente, et que les constantes nationales ne sont pas en cause (du moins en principe), Mgr Sfeir ne s’y immisce pas. Il reste à savoir, retour aux interrogations de base, si l’opposition, ou du moins sa frange prosyrienne, va ou non obtenir gain de cause. En imposant le retrait des candidatures de Boutros Harb et de Nassib Lahoud, moyennant celui du général Aoun.
Maintenant que les noms circulent et que l’on en discute, il s’agit, en premier lieu, de déterminer une même définition pratique du mot-clé entente. Donc, si l’on fait abstraction d’une entente sur le programme, pour ne s’arrêter qu’à la présidentielle, il faut apporter une réponse commune aux questions suivantes :
– Quelles sortes de critères faut-il établir pour fixer le contour requis d’une candidature dite d’entente ? En d’autres termes, par quels côtés doit-elle se distinguer d’une candidature de consensus ou encore de compromis ?
– Conséquemment et subséquemment, est-ce que tout candidat provenant du 14 ou du 8 Mars doit être automatiquement écarté comme ne pouvant être d’entente ? Ou, au contraire, garder ses chances, du moment que ce terme d’entente, sujet principal du débat,...