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Actualités - Opinion

Un torpillage potentiel qui a pour nom Damas Émile KHOURY

On connaît l’adage local « De face c’est un miroir resplendissant et de dos un sale godillot ». Ou encore un sépulcre putride blanchi à la chaux, selon le Seigneur. Damas fait mine de composer, sous la pression de son allié dominant, l’Iran, qui milite pour une pax sunnito-chiite passant, au Liban, par une présidentielle normale. Mais le régime syrien a beau faire risette aux conciliateurs et Moallem prêter, au bout du fil, une oreille courtoise à Kouchner, personne n’en est vraiment dupe. Car d’innombrables indices, dont les options affichées par les prosyriens du cru, prouvent sans conteste un obstructionnisme damascène à tout crin. La première préférence de la Syrie d’Assad, c’est qu’il n’y ait pas d’élection présidentielle au Liban. Car elle est loin d’être sûre de décrocher un président qui lui serait favorable. Ou qui, à tout le moins, montrerait par rapport à ses visées récurrentes de retutelle une neutralité bienveillante. Autrement dit, elle ne compte pas trop sur l’avènement d’un homme qui ne serait pas un indépendantiste convaincu. À partir du vide institutionnel que subirait le Liban politique du fait d’une non-élection, il deviendrait plus facile, pense Damas, de faire mettre en place un cabinet dit d’union, avec tiers de blocage au profit de ses proches. Un gouvernement sous influence qui organiserait des législatives anticipées, débouchant sur un changement de majorité. Le choix du prochain président revenant dès lors à l’opposition actuelle qui prendrait le pouvoir. Et le tour serait joué. Pour le fond, grâce surtout à l’efficacité de ses bases politiques locales, Damas se permet de défier au Liban (sa chose), le monde entier ou presque. Et n’a cure ni des promesses ni des pressions ou menaces. Course contre la montre Ses directives aux instruments du coin sont d’une évidente clarté. Avant tout, ne pas jouer le jeu d’une compétition démocratique normale. Ne désigner ni candidat officiel ni liste de postulants de compromis, de consensus ou d’entente. Laisser de la sorte la confusion, source de trouble(s), régner à plein. En rendant l’échéance encore plus problématique à travers l’exigence d’un quorum (et d’un vote !) aux deux tiers. Ce qui implique, et confirme, le rejet du droit majoritaire d’élection à la moitié plus un. Enfin, cerise sur le gâteau, la revendication d’un quota des deux tiers permet aux prosyriens de torpiller la séance électorale en s’abstenant d’y participer. La ligne syrienne de désagrégation porte beaucoup de professionnels à un profond scepticisme par rapport aux efforts de Bkerké comme de Berry-Hariri pour un arrangement à l’amiable. Car en mathématiques moins par plus cela fait moins. Dans l’épreuve présente, le négativisme syrien l’emporterait à coup sûr sur les bonnes volontés libanaises, selon ces cadres. Qui notent, par allusion sans doute à Berry comme à d’autres opposants ouverts à une solution, que malheureusement la décision finale reste aux mains de Damas. Ce ne serait pas la première fois, du reste, que le président de la Chambre se verrait contourné, détrompé, voire désavoué, à la suite d’une démarche de rapprochement qu’il aurait entreprise de son propre chef. Cela avait été le cas jadis, à l’issue d’une visite qu’il avait rendue à Bkerké. Le problème, soulignent ces mêmes sources, c’est que du côté de l’opposition c’est le Hezbollah qui tient le haut du pavé. En s’alignant manifestement sur le jeu syrien. À preuve que ce parti continue à louvoyer, à prendre bien soin de ne pas officialiser son appui à la candidature de Michel Aoun. Tout comme à énoncer une liste de candidats d’entente. Ou même à déclarer qu’il accepte le principe d’un accord sur la succession. Il se contente de mettre l’accent sur le rejet d’une élection à la moitié plus un. En affirmant que le président ainsi élu serait l’homme des Américains et ne dirigerait qu’une moitié de Liban. Aoun De son côté, le général Aoun, bien que lâché ou presque par le Hezb comme par Amal, persiste à maintenir sa candidature. Il menace en outre de torpiller le quorum des deux tiers, si sa propre élection n’est pas assurée. Il a certes indiqué ces derniers jours, suite sans doute aux efforts de Bkerké, qu’il est disposé à discuter d’un président d’entente. Mais lorsqu’on en parle avec lui, il ne cite aucun autre nom que le sien propre ! En s’affichant comme capable d’être équidistant du 14 et du 8 Mars, tout comme de normaliser les relations avec la Syrie. Cependant, le général a des problèmes même avec les siens. En effet, des députés membres de son bloc dit de la Réforme et du Changement tentent de le persuader de choisir clairement, nettement entre deux options. La première serait qu’il s’engage à fond, jusqu’au bout, dans une course à la loyale. C’est-à-dire qu’il assisterait sans faute avec ses troupes à la séance électorale. Pour décrocher éventuellement la timbale grâce aux voix opposantes unifiées, face à une majorité divisée entre deux ou trois candidats. Le deuxième choix serait que le général se désiste en faveur d’un candidat d’entente sur lequel son bloc aurait un mot déterminant à dire. En se sortant la tête haute, les mains propres, de l’épreuve, sans se voir reprocher de plonger le pays dans le vide institutionnel, l’anarchie ou la partition politique de fait. Et sans déroger aux préceptes pressants des évêques maronites concernant la nécessité d’assurer la présidentielle.
On connaît l’adage local « De face c’est un miroir resplendissant et de dos un sale godillot ». Ou encore un sépulcre putride blanchi à la chaux, selon le Seigneur. Damas fait mine de composer, sous la pression de son allié dominant, l’Iran, qui milite pour une pax sunnito-chiite passant, au Liban, par une présidentielle normale. Mais le régime syrien a beau faire risette aux conciliateurs et Moallem prêter, au bout du fil, une oreille courtoise à Kouchner, personne n’en est vraiment dupe. Car d’innombrables indices, dont les options affichées par les prosyriens du cru, prouvent sans conteste un obstructionnisme damascène à tout crin.
La première préférence de la Syrie d’Assad, c’est qu’il n’y ait pas d’élection présidentielle au Liban. Car elle est loin d’être sûre de décrocher un président...