Le quorum des deux tiers, le vote à la moitié plus un, le règlement intérieur de la Chambre, l’intérim en cas d’impasse électorale, les prérogatives et empiètements des différents pouvoirs. Autant de pommes de discorde. Dès lors, retour aux sources : la Loi fondamentale libanaise restant largement la digne héritière de la Constitution française IIIe république, des experts français, amis du Liban, vont offrir sous peu des commentaires appropriés. À travers une étude-cadeau destinée à Bkerké, pour mieux en éclairer la lanterne. Il reste cependant à savoir si cet arbitrage officieux peut convaincre les protagonistes en lice, majorité et opposition confondues.
Car elles s’affirment certaines, chacune pour sa part, de détenir la vérité, autant juridique que politique. Mais elles n’en admettent pas moins la nécessité de dialoguer, sinon de composer. C’est bien pourquoi un comité maronite de suivi a été formé. Quadripartite, englobant deux représentants de chaque camp, il se propose entre autres de paver la voie, parfaite symétrie, à des retrouvailles Gemayel-Geagea-Aoun-Frangié autour du patriarche. En présence, sans doute, du moteur épiscopal à cinq temps qui avait organisé les rencontres séparées de Bkerké.
Après la réunion des quatre pôles maronites (si elle a lieu), les contacts s’élargiraient aux différentes composantes du 14 et du 8 Mars. Pour le choix d’un président de consensus. Ou la détermination d’une liste de candidats plausibles, parmi lesquels la Chambre ferait son choix. Ce qui sauverait les apparences, du côté du respect du jeu démocratique parlementaire.
Tiraillements
Pour l’heure, le bras de fer tient toujours le haut du pavé. Les minoritaires maronites exigent, avant même d’accepter de parler avec leurs vis-à-vis, que la majorité renonce à son droit d’élection à la moitié plus un. Et convienne de l’impératif d’un quorum des deux tiers.
Allant plus loin, Aoun impute à ses adversaires loyalistes la marginalisation, la réduction du rôle politique des chrétiens, maronites en tête. Via, notamment, l’affaiblissement de la présidence de la République. Ainsi qu’à travers, à l’en croire, leurs multiples transgressions de la Constitution et des lois en vigueur.
Cependant, se rendant partiellement aux raisons modératrices de l’épiscopat, Aoun et Frangié acceptent finalement, selon une source opposante, de rencontrer Gemayel et Geagea. Sans plus exiger une assemblée générale des deux bords. Cela, en base de deux principes complémentaires : la quête d’un président d’entente et le rejet de conditions préliminaires. Ce qui signifie, assez paradoxalement, qu’ils en posent eux-mêmes une, a contrario. À savoir, le retrait de la double candidature Boutros Harb-Nassib Lahoud présentée par le 14 Mars. Candidature que les deux leaders considèrent comme étant une condition préalable, et par là, irrecevable.
Pour rester conséquent avec lui-même, bien que s’affirmant toujours comme candidat d’entente idéal, voire unique, Aoun veut bien se mettre momentanément de côté. Pour ouvrir la voie à un accord sur un président de consensus. Selon des sources du CPL, il se résout à confier ses propres cartes à Bkerké. En insistant sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour que la présidence de la République recouvre tout son lustre, son autorité et son prestige. Ce qui redonnerait un rôle pilote aux maronites, en les ôtant de l’ornière du suivisme où ils se trouvent coincés.
Riposte
Du côté de la majorité, on répète qu’il faut absolument un président issu de la révolution du Cèdre qui lutte contre le rétablissement de la tutelle syrienne.
C’est bien pourquoi, soulignent les loyalistes, il faut un accord sur le programme et non, comme le soutient Nasrallah, sur la personne. L’important, en effet, c’est la vision même que l’on doit avoir du Liban, au présent comme au futur.
Dans ce cadre, ajoutent les majoritaires, il n’y a qu’à observer les spécifications fondamentales établies par le patriarche Sfeir. Qualifications auxquelles correspond parfaitement le profil de Boutros Harb comme de Nassib Lahoud. Dès lors, si entente il doit y avoir, cela doit être sur l’un ou l’autre de ces deux noms. Ou sur les deux en même temps, la Chambre faisant son choix en fin de compte.
– Un détail anecdotique : lors des rencontres de Bkerké, un majoritaire s’est demandé ce que l’opposition ferait si les rôles étaient inversés. Par exemple à l’issue de législatives qui lui seraient favorables. Et si elle se trouvait confrontée, en tant que majorité au pouvoir, aux comportements et aux pratiques qu’elle adopte depuis le déclenchement de la crise. Pourrait-elle admettre un sit-in spoliateur qui a coûté au pays jusqu’à présent deux milliards de dollars ? Que ferait-elle face au blocage des institutions étatiques, à la paralysie du gouvernement comme de la Chambre, à la récession socio-économique accentuée qui en découle ?
Impératif
Et d’enchaîner en répétant que ce n’est sûrement pas de bon cœur que la majorité élirait un président à la moitié plus un. Mais parce qu’une tentative opposante de torpillage de la présidentielle l’y contraindrait absolument. Car il est vital pour le pays d’éviter le vide institutionnel. Ce cadre rappelle le précédent de 1988. Plutôt que Mikhaïl Daher, que les Américains et les Syriens voulaient leur imposer, le camp chrétien avait alors opté pour la non-élection. Et le Liban avait plongé dans les tourments de cette anarchie dont l’émissaire US, Richard Murphy, l’avait menacée.
Une autre personnalité du 14 Mars affirme pour sa part que le vide institutionnel se répercuterait négativement autant sur les chrétiens d’Orient dans leur ensemble que sur les chrétiens libanais. Et ne ferait, sans aucun doute, qu’aggraver l’hémorragie d’émigration que le pays subit. Tout en accélérant la perdition du Liban en tant que nation. Ce professionnel indique ensuite que le rendez-vous électoral du 23 va sans doute être reporté. Pour donner une marge supplémentaire de succès aux efforts de Bkerké comme à l’initiative Berry de conciliation.
Rapprochement
Dans ce cadre, les réunions de travail que les cinq évêques missi dominici vont tenir avec le comité laïc de quatre vont se dérouler loin des feux de la rampe, par souci d’efficacité. Et pour empêcher leur exploitation par les parties qui redoutent un arrangement intermaronite.
À ce propos, des sources du CPL révèlent que de discrets envoyés de Gemayel comme de Geagea ont été reçus dernièrement à Rabieh par le général Aoun. Tandis que le président Gemayel appelait Sleimane Frangié au téléphone, pour en louer les prises de positions lénifiantes. Et pour briser la glace, en prélude aux retrouvailles quadripartites des chefs susmentionnées.
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Car elles s’affirment certaines, chacune pour sa part, de détenir la vérité, autant juridique que politique. Mais elles n’en admettent pas moins...