Maniant l’humour, Mgr Sfeir confie, et confirme, à un visiteur que, cette fois, il prend bien soin « de ne pas glisser sur la peau de banane de la nomenclature ». En effet, cédant jadis, en de semblables occasions, à de pressantes sollicitations, il avait suggéré quelques noms. L’on n’en avait tenu aucun compte. Ce qui avait porté préjudice autant aux candidats qu’à l’autorité morale du siège patriarcal.
Mais en même temps, il insiste sur les critères rigoureux établis par la hiérarchie ecclésiastique maronite. À savoir, pour rappel sommaire, l’attachement aux constantes nationales (souveraineté, indépendance, État de droit seul armé), l’expérience, la probité, le savoir-faire de rassembleur. Des qualifications assez bien cernées pour ne laisser le choix qu’entre une poignée de candidats.
Un même réalisme anime le cardinal en ce qui concerne l’approche, la préparation de l’échéance. Dans ce sens qu’il ne s’est décidé à lancer son initiative que pour répondre aux souhaits du Saint-Siège. Ainsi qu’aux appels de multiples parties locales. En réalité, indiquent ses proches, également échaudé par de précédentes expériences, il a toujours su et pensé que des rencontres de conciliation ne mènent à rien. Car rien ne peut briser le mur de positions de base radicalement opposées.
Coup d’arrêt
C’est donc par acquit de conscience, pour ainsi dire, que Mgr Sfeir s’est résolu à convier les pôles maronites de la majorité et de l’opposition. Et voilà donc que son scepticisme initial se trouve justifié par la visite tardive, hier soir, du chef du CPL. Qui avait d’ailleurs annoncé en quelque sorte la couleur en rejetant auparavant la proposition d’un rendez-vous général, de retrouvailles avec les majoritaires pour indiquer qu’il préférait, dans un premier temps, ne venir à Bkerké qu’avec les Marada. Autre signe avant-coureur de perturbation : l’opposition s’est étonnée que certaines de ses formations, comme le Waad et le parti Solidarité, n’aient pas été conviées. Pour faire bonne mesure, elle a demandé pourquoi, de l’autre côté, Robert Ghanem n’a pas été invité.
Il va sans dire que ce développement influe négativement sur le climat politique. D’autant qu’il s’inscrit dans le droit fil de la récente sortie agressive de Hassan Nasrallah, pour qui « la personne du président est plus importante que le programme ». Entendre qu’il faut quelqu’un qui garantisse absolument la préservation de l’armement du Hezb. Et qui soit persona grata aux yeux de Damas.
Les aounistes
Quant au CPL, il soutient que Michel Aoun, bien que faisant partie de l’opposition, se présente en candidat indépendant d’entente. D’entente, car il est porteur d’un projet fondé sur le consensus et qu’il veut se tenir à égale distance de tous. Les cadres de la formation affirment que les positions diplomatiques, notamment de Feltman, ont évolué favorablement ces derniers temps. Qu’elles sont passées de la tension à la détente. Ils assurent que l’ambassadeur américain reproche à certains candidats leur approche heurtée de la question de l’armement du Hezb. À les en croire, il aurait même déclaré en substance à leur chef : « Nous tentions naguère de vous éloigner du Hezb… Aujourd’hui, nous devons œuvrer pour que certaines parties reviennent à leurs positions antérieures. » Comprenne qui pourra et comme il voudra.
Le 14 Mars
La majorité souligne pour sa part qu’un président d’entente doit certes être un modéré bien pondéré, mais sûrement pas un insipide passif. Car il lui faut animer un plan national, c’est-à-dire un programme global ambitionnant rien moins que faire du Liban un État de droit seul armé, pleinement souverain et indépendant. Souverain sur l’intégrité de son territoire comme dans ses rapports avec autrui. Les loyalistes ajoutent que tout postulant qui croit profondément à un tel Liban peut être élu, qu’il provienne du 14 ou du 8 Mars. Ce qui est une façon d’indiquer tacitement qu’en réalité, les qualités requises ne se trouvent que chez eux, puisque la ligne d’en face n’est pas franchement indépendantiste, notamment par rapport à la Syrie. Ils estiment enfin que ce serait une lourde erreur de ne s’en tenir qu’aux candidats dits indépendants. Car, pour l’emporter, ils prendraient des engagements auprès de certaines forces pour qu’elles les soutiennent. Et en deviendraient ipso facto les féaux.
Berry-Hariri
Au centre, Nabih Berry et Saad Hariri vont discuter des noms, entre eux comme avec divers protagonistes, à leur retour de voyage. Tous deux ont fait savoir, après le discours explosif de Nasrallah, qu’ils ne baissent pas les bras et qu’ils vont continuer à travailler pour sauver la présidentielle. Hariri, on le sait, a rencontré à cet effet George Bush et ses lieutenants, puis les Français et les Saoudiens. Il doit exposer les résultats de ses échanges à Berry. Et, bien entendu, au directoire du 14 Mars qui l’a mandaté. Il reste que l’échéance dépend toujours, en bonne partie, des concertations extérieures. Berry, qui en est conscient depuis longtemps, presse dès lors les Syriens et les Saoudiens de s’entendre vite sur ce dossier. De leur côté, les majoritaires soutiennent qu’en sous-main, Damas continue à agir pour entraver et faire reporter l’élection, sinon pour la torpiller une bonne fois pour toutes. Pour eux, c’est cette action syrienne de sape qui est derrière le revers que constitue, pour l’échéance, la dérobade opposante à l’invite patriarcale.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Maniant l’humour, Mgr Sfeir confie, et confirme, à un visiteur que, cette fois, il prend bien soin « de ne pas glisser sur la peau de banane de la nomenclature ». En effet, cédant jadis, en de semblables occasions, à de pressantes sollicitations, il avait suggéré quelques noms. L’on n’en avait tenu aucun compte. Ce qui avait porté préjudice autant aux candidats qu’à l’autorité morale du siège patriarcal.
Mais en même temps, il insiste sur les critères rigoureux établis par la hiérarchie ecclésiastique maronite. À savoir, pour rappel sommaire, l’attachement aux constantes nationales (souveraineté, indépendance, État de droit seul armé), l’expérience, la probité, le savoir-faire de rassembleur. Des qualifications assez bien cernées pour ne laisser le choix qu’entre une poignée de candidats.
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