Rechercher
Rechercher

Actualités

À 200 km de Pékin, la société harmonieuse version répression

Pour les habitants de Shengyou, à 200 km de Pékin, la société harmonieuse prônée par le numéro un chinois Hu Jintao s’est traduite il y a deux ans par une répression sanglante et un sentiment d’injustice. En août, des heurts ont de nouveau éclaté avec les policiers dans ce bourg de 400 habitants, lorsque des paysans en colère ont manifesté contre la mort d’un des leurs, décédé des suites des blessures subies en avril 2005, lors d’une répression sanglante. Près de 260 nervis, à la solde des autorités locales, avaient alors semé la terreur dans le village qui refusait d’abandonner des terres pour la construction d’une centrale électrique. Bilan : six morts et plus de 50 blessés. Près de deux ans après, la tension est toujours vive. Venus enquêter sur place, deux journalistes de l’AFP ont été interpellés. « La Chine construit une société harmonieuse, mais pour la police, l’harmonie doit respecter la loi », leur a dit un policier local. « En tant que responsables du maintien de l’ordre, c’est à nous de créer les conditions de l’harmonie », a-t-il ajouté. À Shengyou, la loi avait fini par s’appliquer partiellement après que des vidéocassettes eurent été sorties en catimini du village. L’incident s’était soldé par sept condamnations à mort, dont trois avec sursis, six détentions à perpétuité et près d’une centaine de condamnations à des peines allant de six à quinze ans de prison. Mais, selon un villageois, « les compensations aux familles des victimes n’ont jamais été jugées suffisantes ». « Les autorités ne songeaient qu’à étouffer l’incident et n’ont jamais réfléchi aux vraies questions pour ces gens, comme de savoir comment certaines victimes allaient survivre avec leurs blessures », déplore cet homme. « Trop fréquemment, le Parti communiste a recours au mensonge, au terrorisme, à la violence pour supprimer les voix d’opposition et résoudre les problèmes sociaux », affirme le dissident Hu Jia. Pour Jean-Philippe Béja, spécialiste de la politique chinoise au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Paris, le parti ne souhaite toujours pas laisser une quelconque autonomie à la société. « Ceux qui dénoncent les scandales et essaient de défendre leurs droits sont victimes de la répression », dit-il. Et les avocats ou militants, qui apportent leur soutien à ces citoyens, sont eux aussi réprimés. À l’image de Li Heping, un avocat de Pékin spécialisé dans la défense des droits de l’homme. Fin septembre, Li a été enlevé et battu par des voyous non identifiés peu après s’être vu intimer l’ordre par la police de quitter Pékin, avant le congrès du Parti communiste qui s’ouvre lundi. « Beaucoup trop de choses non harmonieuses se passent en Chine. Les droits sont bafoués dans les campagnes, les gens expulsés illégalement de leurs maisons, des chrétiens persécutés pour leur foi », dit-il. « Je ne sais pas quelles mesures ils prévoient de prendre au congrès pour rendre la société harmonieuse. Mais ils doivent appliquer le respect de la loi et des droits de l’homme qu’ils ont inscrit dans la Constitution. Ce serait un bon début », dit M. Li. « Le fait que le parti au pouvoir mette en avant en ce moment le concept de société harmonieuse est grotesque », juge Hu Jia. « Une société harmonieuse ne peut pas être édifiée sous un régime dictatorial. Pour cela il faut le règne de la loi, de la démocratie et de la liberté », estime-t-il. Robert J. SAIGET (AFP)
Pour les habitants de Shengyou, à 200 km de Pékin, la société harmonieuse prônée par le numéro un chinois Hu Jintao s’est traduite il y a deux ans par une répression sanglante et un sentiment d’injustice.

En août, des heurts ont de nouveau éclaté avec les policiers dans ce bourg de 400 habitants, lorsque des paysans en colère ont manifesté contre la mort d’un des leurs, décédé des suites des blessures subies en avril 2005, lors d’une répression sanglante.
Près de 260 nervis, à la solde des autorités locales, avaient alors semé la terreur dans le village qui refusait d’abandonner des terres pour la construction d’une centrale électrique. Bilan : six morts et plus de 50 blessés.
Près de deux ans après, la tension est toujours vive. Venus enquêter sur place, deux journalistes de l’AFP ont été...