Des députés du bloc aouniste s’attendaient à ce que Nasrallah proclame son soutien à la candidature de leur chef de file. Mais le sayyed s’est contenté, dans son discours, d’évoquer les qualifications requises du prochain président, sans nommer le général. Il s’agit, pour lui, d’un homme « patriotique, montrant d’expérience qu’il ne se soumet ni aux ambassades ni aux pressions, loyal, tenant ses promesses ». Pour indiquer qu’un tel personnage « existe bel et bien ». Selon les parlementaires, il est clair que le tableau descriptif donné par le leader du Hezb correspond en tous points au profil du général. Ils s’étonnent donc que le Hezb n’officialise pas ce choix.
Les cadres du parti chiite répètent à ce propos, depuis des mois, qu’il n’est pas dans l’intérêt de Aoun d’être présenté comme le candidat d’une formation accusée, par les Occidentaux, de pratiques terroristes. Cela réduirait ses chances, disent-ils. Cette « délicatesse » remonte loin : le Hezb a évité le sujet dès qu’il a été abordé la première fois autour de la table de dialogue national. Plus exactement, il s’est contenté de faire savoir qu’il opposait son veto à certaines candidatures émanant du 14 Mars.
Lorsque ce camp a présenté Boutros Harb et Nassib Lahoud, les députés aounistes se sont attendus à ce que le Hezb réplique en avançant le nom du général. Ou, mieux encore, qu’il initie une rencontre du 8 Mars pour une présentation générale de la candidature Aoun. Qui aurait de la sorte disposé d’un crédit électoral de 50 à 55 voix. Un score suffisant pour livrer bataille, du moment que les suffrages des majoritaires se diviseraient entre plusieurs candidats.
Mais l’opposition n’a pas répondu aux souhaits des aounistes. En effet, ceux de ses pôles qui ont proclamé leur appui au général n’ont guère d’assises au Parlement. C’est le cas pour Karamé, Frangié et Arslane.
Quant au mouvement Amal, il ne peut pas non plus s’engager, pas encore du moins. D’abord, parce qu’il n’est pas le dominant dans le tandem chiite qu’il forme avec le Hezbollah. Ensuite parce que son propre leader, le président Berry, propose une initiative fondée sur le principe d’un président d’entente. Pas nécessairement un non-engagé, et qui pourrait donc venir aussi bien du 8 que du 14 Mars. Mais dont la qualification consensuelle reste tributaire de tractations multilatérales qui ont à peine débuté.
Il convient de souligner que le Hezbollah est pleinement d’accord avec la démarche Berry, axée sur la nécessité d’un président admissible pour tous. De plus, dans le contexte chiite global, le Hezb se soucie également de ne pas aller contre les brisées de son allié Amal et de ne pas paraître désavouer le président Berry.
Finalement, abstraction faite de suggestions ponctuelles d’ordre tactique, la position du Hezbollah se résume comme suit : laisser leur chance aux pourparlers en cours. Puis, en cas d’impasse, ou bien aller à la bataille électorale, avec un candidat du 8 Mars contre un autre, ou plusieurs, du 14. Ou bien bouder, avec le reste de l’opposition, la séance électorale. Ce qui obligerait sans doute les loyalistes à élire seuls un président à la majorité absolue. Une éventualité qui provoquerait, tout aussi probablement, une confrontation politique majeure, avec des effets dévastateurs pour le pays.
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Les cadres du parti chiite répètent à ce propos, depuis des mois, qu’il n’est pas dans l’intérêt de Aoun d’être...