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Batailles d’arrière-garde

Les scénarios du pire, l’histoire du Liban en est particulièrement riche, en est régulièrement jalonnée. Les dérapages, les chutes vertigineuses sont souvent au rendez-vous, mais la remise sur pied, la reprise n’en deviennent que plus urgentes, plus inévitables. Le mythe du Phénix mille fois testé, mille fois expérimenté, toujours intégré à une réalité faite de larmes et de sang. Aujourd’hui, rebelote, et l’opposition, à court d’idées, joue la même partition, mais à un diapason beaucoup plus élevé, nettement plus aigu. Du haut de gamme jusqu’au bas de l’échelle, de Hassan Nasrallah à Wi’am Wahhab, le mot d’ordre est suivi à la lettre. La forme est différente, cynique pour l’un, grotesque pour l’autre, mais le fond est le même : fielleux. Le message véhiculé est identique et se résume en un mot : « niet ». Un adverbe hérité de l’ère stalinienne et qui a toujours la cote sur les rives du Barada, un « front du refus » de triste mémoire, ultime blockhaus des régimes en fin de parcours, totalement coupés de leur environnement naturel. Ne nous trompons pas d’interlocuteurs : qu’il s’agisse de Wahhab ou de Nasrallah, le discours est celui que Bachar el-Assad a voulu faire entendre. Le premier a énuméré, a développé avec délectation les catastrophes qui menacent le Liban « du fait des agissements de la majorité », le second a pourfendu le tribunal international, « qui n’a pour objectif que d’abattre le dernier régime pur et dur de la région », une « blanche colombe » qui n’a évidemment rien à voir avec tous les assassinats et les attentats survenus sur la scène libanaise… Soumise aux pressions musclées conjuguées de l’Europe et des États-Unis, narguée quotidiennement par les Israéliens qui se jouent de ses défenses aériennes et de ses services de renseignements, la Syrie, boudée par l’ensemble du monde arabe, excepté quelques âmes charitables, commet une fois de plus l’erreur type des régimes totalitaires : la fuite en avant, celle-là même qui a conduit, à terme, à la « repentance » publique de Mouammar Kadhafi, au « strip-tease » nucléaire de la Corée du Nord. Il est des indicateurs, des clignotants, des lignes rouges que le régime baassiste, de toute évidence, refuse de voir, dont il ne veut toujours pas tenir compte. Et pourtant, de Washington à Paris, de Londres à Rome en passant par Bruxelles, le ton est le même, asséné on ne peut plus vigoureusement : la politique suivie n’est plus celle de la carotte et du bâton, c’est la fermeté, l’extrême fermeté qui est désormais privilégiée. Bernard Kouchner, lors de son dernier passage à Beyrouth, a clairement signifié à Damas que l’heure n’était plus aux tergiversations, discours réitéré il y a quelques jours aux Nations unies et qui est tombé, bien évidemment, dans l’oreille des surdoués de la surdité. Dans ce contexte, l’assassinat d’Antoine Ghanem, le mois écoulé, a constitué, en quelque sorte, le point de rupture, celui au-delà duquel toute nouvelle provocation serait considérée comme un casus belli, la voie ouverte à des mesures radicales frappant le régime syrien d’ostracisme. L’éventail est large et les résolutions du Conseil de sécurité en font foi, à commencer par celle portant création du tribunal international. Une épée de Damoclès qui fait perdre toute raison aux diverses composantes du régime en place à Damas, qu’il s’agisse du pouvoir politique ou des instances sécuritaires, directement concernées par l’enquête de Serge Brammertz. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que ce régime s’emploie à perturber l’échéance présidentielle au Liban, privilégiant un chaos qui maintiendrait au pouvoir à Baabda un allié dont elle a déjà apprécié les multiples services rendus. Mais ce serait là occulter une vérité imparable : l’élection présidentielle est inéluctable, elle aura lieu dans les délais et selon la Constitution, par-delà les querelles byzantines sur le quorum des deux tiers ou de la majorité absolue. La décision n’est pas seulement interne, elle est quasiment portée par une unanimité internationale. Que Wia’m Wahhab puisse s’en moquer ou en rire à gorge déployée, cela, après tout, n’a rien de surprenant et s’insère dans son registre d’amuseur public, mais que Hassan Nasrallah, chef d’une communauté majeure du pays, ait pu se prêter, aussi aisément, à la cuisine présidentielle telle qu’elle a été concoctée vendredi dernier, cela est tout simplement triste et bien décevant… Les Libanais, du moins une grande partie d’entre eux, avaient espéré, ce jour-là, que le sayyed renouerait avec des traditions ancestrales et annoncerait la levée du sit-in du centre-ville en réponse à l’appel de Bkerké. Il n’en a malheureusement rien été, le leader du Hezbollah s’obstinant à défendre les intérêts régionaux sur l’autel desquels le Liban continue de sacrifier les meilleurs de ses fils. Nasrallah a été longuement ovationné. Le Courant patriotique libre, présent à la cérémonie, n’a rien trouvé à redire. Nagib AOUN
Les scénarios du pire, l’histoire du Liban en est particulièrement riche, en est régulièrement jalonnée. Les dérapages, les chutes vertigineuses sont souvent au rendez-vous, mais la remise sur pied, la reprise n’en deviennent que plus urgentes, plus inévitables. Le mythe du Phénix mille fois testé, mille fois expérimenté, toujours intégré à une réalité faite de larmes et de sang.
Aujourd’hui, rebelote, et l’opposition, à court d’idées, joue la même partition, mais à un diapason beaucoup plus élevé, nettement plus aigu. Du haut de gamme jusqu’au bas de l’échelle, de Hassan Nasrallah à Wi’am Wahhab, le mot d’ordre est suivi à la lettre. La forme est différente, cynique pour l’un, grotesque pour l’autre, mais le fond est le même : fielleux.
Le message véhiculé est identique et se résume...