Qui se ressemble s’assemble. Et se copie conforme. Jadis, Damas, se posant en examinateur implacable, exigeait de tout candidat à la présidence libanaise de répondre oui publiquement, solennellement, à cette question :“ Êtes-vous pour le maintien des troupes syriennes au Liban ?” Parfois avec le concours d’un factotum, la diplomatie américaine, dont les émissaires spéciaux ou les ambassadeurs relayaient cette interrogation-clé auprès des postulants n’entretenant pas des liens étroits avec la Syrie.
Aujourd’hui, le Hezbollah reprend à son compte cette formule de formulaire à remplir. Il prétend en effet que tout président potentiel doit impérativement, pour avoir des chances de passer (le test), répondre positivement à cette demande : “ Êtes-vous disposé à garantir le maintien de notre armement, et la protection de la Résistance ? ” Le reste ne compte presque pas.
Et c’est d’ailleurs à peu près sans importance. Parce qu’en s’engageant dans un tel domaine aux côtés du Hezb, le régime projeté foulerait aux pieds, en même temps, les résolutions internationales dont la 1559 et la 1701, et les constantes nationales. C’est-à-dire l’État de droit souverain, disposant du monopole de la violence, de l’autorité de la loi sur l’ensemble du territoire, de l’indépendance et du libre arbitre. Vis-à-vis de l’ancien tuteur comme de ses instruments du cru, ou des hôtes palestiniens.
En d’autres termes, tout comme la Syrie jadis, le Hezbollah placerait le Liban politique sous son contrôle. Il imposerait sa volonté tant au régime en place qu’aux gouvernements, dont la formation et la composition dépendraient de son bon vouloir. Ce qui signifierait qu’il aurait un mot déterminant à dire dans la prise de toute décision importante de l’Exécutif.
Ce que voyant, l’ambassadeur d’un pays européen impliqué dans la normalisation au Liban confie son inquiétude à un ancien ministre chevronné. En déclarant, en substance, que « le problème n’est pas tant de parvenir à un accord sur la succession présidentielle, mais bien de savoir comment l’élu pourrait assumer ses fonctions en présence de l’armement hezbollahi. Surtout avec la propagation des armes entre les mains d’autres formations. Ce qui augure de la réémergence de mini-États multiples plus forts que l’État central. Sans compter que l’arsenal des Palestiniens dans les camps, ainsi que les bases au-dehors des organisations d’obédience syrienne, seraient ipso facto maintenus. »
Précédent
Selon ce diplomate, qui connaît le dossier libanais sur le bout des doigts, « le régime libanais se retrouverait confronté au problème que le président Sarkis avait pu avoir face à l’armement des Forces libanaises ». Qui n’avaient promis de s’en désister qu’une fois leur chef, Béchir Gemayel, devenu président de la République. Et ne l’avaient fait, en pratique, qu’à la suite des accords de Taëf.
Du moment que le leader du Hezb, sayyed Hassan Nasrallah, n’est pas maronite, et ne peut pas aspirer à la présidence, son armement ne peut pas rejoindre celui de l’État suite à une élection-mariage, comme cela avait pu être le cas pour les FL. Il lui faut donc une sorte de substitut, qui dépendrait de lui, à la tête de l’État. Ou qui, à tout le moins, devrait se plier devant sa volonté, tout comme Sarkis n’avait pu contrer le fondateur des FL. Aux pressions de l’ambassadeur US, John Gunther Dean, Béchir Gemayel répliquait qu’il ne lâcherait ses armes que lorsque les organisations palestiniennes auraient désarmé.
Dès lors, la guerre plurielle avait continué. Le Liban se trouvant dans l’incapacité de se constituer en État fort et capable. Cette situation aberrante, ce drame vont-ils se trouver réédités à travers la mise en place d’un nouveau régime, quel qu’en soit le titulaire ? En d’autres termes, le Hezbollah va-t-il se trouver en mesure d’annuler vraiment la 1559, de l’enterrer, comme il dit ? La résolution, on le sait, ordonne le désarmement, la dissolution même, de toutes les milices, libanaises et non libanaises. Or le Hezb veut s’y soustraire, sous prétexte qu’il a le droit de rester armé tant qu’Israël occupe une partie du pays. Ou mieux encore, tant que le Liban restera sous la menace d’une agression israélienne. Ou encore mieux, tant que le Golan n’aura pas été rendu à la Syrie, dans le cadre d’une paix régionale globale. Voire, à en croire certains théoriciens khomeynistes radicaux, tant que l’État hébreu n’aura pas été rayé de la carte.
Le sas
Un détail : tout en soulignant qu’il est impératif de lever l’épée de Damoclès qu’est la 1559, l’un des hérauts du Hezb, Nawwaf Moussaoui, affirme que cette résolution se trouve abolie, inhumée, depuis le 14 août 2006, par la voie de la force. La contradiction, qui a l’air évidente, n’est en fait qu’apparente. Car la déclaration du Hezb signifie que pour morte qu’elle soit à ses propres yeux, la 1559 garde valeur de menace majeure.
Du moment qu’aux yeux d’autrui, avec qui il faut composer ou se battre, elle reste bien vivante. Comme on est en phase d’entente et non de contradiction, le Hezb tente de récupérer la donne. En reprenant, par la bouche du même porte-parole, l’antienne qui remonte au temps du dialogue national. À savoir que l’on pourrait préserver cette force du Liban qu’est la Résistance armée « dans le cadre d’un organigramme unifié (entendre d’une stratégie) de défense ».
Le temps d’en discuter et les poules auront eu des dents. Autre élément : le président Berry estime que l’on devrait séparer, dans la 1559, le volet relatif à une présidentielle libre dans les délais de la disposition concernant la dissolution des milices. Pour que cet alinéa ne perturbe pas, n’entrave pas l’échéance. Le président Berry devrait d’abord, dans sa logique de protecteur de la présidentielle, convaincre le Hezb de ne plus mêler l’armement à l’élection.
Encore qu’à tout prendre, et comme Washington et d’autres le soulignent, les résolutions de l’ONU forment un tout aux parties indissociables, qu’il faut entièrement appliquer. C’est-à-dire qu’il faut un président librement élu, sans immixtion étrangère, un Liban souverain et une dissolution des milices.
Il reste à signaler que d’aucuns proposent un compromis classique à la libanaise. L’entente sur un président pris dans les rangs du 14 Mars puis sur un gouvernement d’union qui, sans s’engager formellement à préserver l’armement du Hezb, mettraient la question sur l’étagère.
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Aujourd’hui, le Hezbollah reprend à son compte cette formule de formulaire à remplir. Il prétend en effet que tout président potentiel doit impérativement, pour avoir des chances de passer (le test), répondre positivement à cette demande : “ Êtes-vous disposé à garantir le maintien de notre armement, et...