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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE Le Poutine de toutes les Russies Par Nina Khrushcheva*

Pour ceux qui se demandaient encore qui était Vladimir Poutine, la question est résolue. Ses faits et gestes de cette semaine démontrent qu’il est le nouvel autocrate de la Russie. Il est purement et simplement un tsar. Au cours de ses sept ans au pouvoir, Poutine a envoyé des signaux contradictoires. D’un côté, il est apparu comme un dirigeant capable et dynamique, attaché à la modernisation de la Russie. De l’autre, avec l’aide du complexe militaro-industriel du FSB (ex-KGB) – le « siloviki » – il a systématiquement affaibli ou détruit toute opposition à son pouvoir personnel, tout en renforçant la capacité de l’État à violer les droits constitutionnels des citoyens. Cette semaine, Poutine a fait savoir qu’il serait en tête de liste du parti Russie unie lors des prochaines élections législatives du 2 décembre, ce qui pourrait lui permettre de devenir le prochain Premier ministre, après l’élection présidentielle prévue en mars 2008. La Russie devra bien sûr choisir un président « honnête, compétent, efficace, une personne moderne avec laquelle il sera possible de travailler en tandem », selon ses propres termes. Ce que cela signifie vraiment est que les électeurs russes devront choisir un homme sélectionné par Poutine pour qu’il respecte ses volontés. Si ce scénario se réalise, ce sera un triste jour pour la Russie, mais pas parce que Poutine restera au pouvoir – tout le monde en Russie s’y attend. Même s’il a concentré plus de pouvoir entre ses mains qu’aucun autre dirigeant de l’histoire russe postsoviétique, la majorité des Russes pensent qu’il est un grand leader, qui en sept ans à peine a sauvé le pays de la banqueroute et du désespoir de l’époque Eltsine et l’a remis sur la voie de la prospérité. Sondage après sondage lui donnent plus de 70 pour cent d’opinions favorables. À vrai dire, Poutine professe des opinions contradictoires : il se fait simultanément l’avocat d’une démocratie multipartite et du pouvoir centralisé. Il est favorable à une économie de marché, mais souhaite que l’État contrôle la répartition des richesses et qui en profite. Comme leur président, la plupart des Russes ne voient aucune contradiction entre l’amélioration de leur ordinaire et du statut international de leur pays depuis les années 90 et l’érosion des institutions démocratiques. Bien sûr, les institutions formelles de la démocratie n’ont pas disparu, mais sans liberté de la presse, sans appareil juridique indépendant, et sans élections libres dans les régions – où des affidés du Kremlin règnent en maître, comme Ramzan Kadyrov en Tchétchénie – elles ont perdu toute substance. Les Russes préfèrent suivre un « père de la nation » – qu’il soit tsar, secrétaire général, président ou Premier ministre, peu importe le titre –, que suivre des lois et des règlements. Le génie politique de Poutine est de l’avoir compris. Même si Poutine a trouvé le moyen de rester au pouvoir sans modifier la Constitution – une possibilité que les rares démocrates restants ont débattu sans fin –, la nature éminemment peu démocratique de sa stratégie saute aux yeux. Qu’il occupe de hautes fonctions au Kremlin ou à la Maison blanche (le siège du Parlement russe) n’est qu’un point de détail. Poutine sera tsar quel que soit son poste. Ce qui lui permettra de réaliser ce tour de passe-passe est qu’il est, comme tout véritable homme du KGB, un maître des apparences. On a pu dire que la démocratie présidentielle ne fait que renforcer la tendance de la culture politique russe à favoriser des dirigeants avec une poigne de fer, alors qu’une démocratie parlementaire permet une distribution plus « horizontale » du pouvoir. L’éventuel futur Premier ministre Poutine pourra ainsi dire : « Quel est le problème ? J’exerce le pouvoir dans le cadre d’un modèle parlementaire italien ultradémocratique. Quoi de plus démocratique ? » Mais si Poutine – qui a passé sept ans à « verticaliser » le pouvoir de manière à restaurer la stabilité et la fierté nationales mises à mal durant les années de démocratisation sous Eltsine – voulait vraiment le bien de la Russie, il suivrait son exemple et quitterait la scène. Parce que la principale leçon des années de gestion inepte du Parti communiste est la suivante : aucun homme seul et aucun parti unique ne peut en savoir assez long pour gérer une économie moderne. Seuls les systèmes démocratiques et les économies de marché peuvent fournir les indications dont un gouvernement a besoin pour agir efficacement. L’un des atouts des structures démocratiques est qu’elles sont prévisibles. Il n’y a que les Russes, avec leur attachement au règne d’un homme fort, pour insister encore sur l’importance du rôle de la personnalité dans l’histoire. Les démocraties accomplies pensent au contraire que personne n’est irremplaçable. Après le 11 septembre 2001, de nombreux New-Yorkais souhaitaient que le maire de l’époque, Rudolph Giuliani, reste en place. Mais le jeu de la démocratie imposait de nouvelles élections, et nombreux sont ceux à estimer maintenant que le nouveau maire, Michael Bloomberg, est peut-être parvenu à ressusciter la ville mieux que son prédécesseur n’aurait pu le faire. Si Poutine se préoccupe de la Russie, il devrait abandonner ses notions tsaristes de pouvoir et quitter ses fonctions, si ce n’est la politique. Comme d’autres dirigeants démocrates, il pourrait envisager de travailler dans le secteur privé, ou, mieux encore, écrire des livres et aider les victimes de tsunamis, comme Bill Clinton, ou défendre l’environnement, comme Mikhaïl Gorbatchev. Mais c’est peut-être trop demander à l’ancien homme du KGB, pour lequel il n’y a aucune différence entre perdre le pouvoir et le quitter avec élégance. * Nina Khrushcheva enseigne les relations internationales à la New School de New York et est membre associé de l’Institut des sciences humaines de Vienne. Son prochain ouvrage à paraître s’intitule Imagining Nabokov : Russia Between Art and Politics. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Julia Gallin.
Pour ceux qui se demandaient encore qui était Vladimir Poutine, la question est résolue. Ses faits et gestes de cette semaine démontrent qu’il est le nouvel autocrate de la Russie. Il est purement et simplement un tsar.
Au cours de ses sept ans au pouvoir, Poutine a envoyé des signaux contradictoires. D’un côté, il est apparu comme un dirigeant capable et dynamique, attaché à la modernisation de la Russie. De l’autre, avec l’aide du complexe militaro-industriel du FSB (ex-KGB) – le « siloviki » – il a systématiquement affaibli ou détruit toute opposition à son pouvoir personnel, tout en renforçant la capacité de l’État à violer les droits constitutionnels des citoyens. Cette semaine, Poutine a fait savoir qu’il serait en tête de liste du parti Russie unie lors des prochaines élections législatives...