Présidentielle, deuxième étape. D’abord, le profil, politique et personnel, du successeur. Puis les mécanismes de concrétisation de l’échéance dans les délais constitutionnels. Les retrouvailles courtoises de mardi dernier, bien que malencontreusement incomplètes, laissent espérer le bon déroulement d’un processus d’entente pour couper court à tout complot de torpillage conduisant le pays à la perdition. C’est-à-dire à la partition politique, avec deux présidents, deux gouvernements et deux Parlements.
En pratique, c’est une trêve tacite qui a été conclue entre la majorité et l’opposition, représentées par Hariri et Berry. Une cessation d’hostilités, politiques et médiatiques, d’ici au prochain rendez-vous électoral prévu le 23 octobre, le répit devant naturellement servir à négocier les critères de sélection, ainsi qu’à préciser les détails du scénario d’exécution de l’accord. Accord sur un nom ? Plutôt sur une liste d’éligibles plausibles dits consensuels, répondant au contour physionomique d’un portrait-robot du bon candidat, que les dessinateurs-négociateurs vont établir.
Le jeu démocratique parlementaire serait respecté, du moins dans les formes, en laissant à la Chambre son mot à dire, le dernier, via le soin de choisir entre plusieurs postulants. De plus, il est évidemment plus facile d’inscrire plusieurs partants pour la course que de désigner un seul gagnant. Plus facile et plus commode, car de la sorte on évite de braquer d’entrée de jeu les exclus et leurs partisans.
Parallèlement, c’est de notoriété publique : les capitales recommandent fortement la désescalade locale. Condition indispensable pour négocier et pour porter à maturation les échanges, extérieurs autant qu’intérieurs, nécessaires pour aboutir à un président libanais qui ne fâche personne. Ou pas trop, pas au point d’être catégoriquement rejeté par l’un ou l’autre des protagonistes du dehors comme du dedans.
Les concertations Berry-Hariri s’avèrent, au fil des heures, comme le fondement même de la détente. Leur dernier entretien, qui s’est déroulé après la convocation pour le 23 octobre, a été extrêmement positif, selon leurs proches. Les deux pôles ont prospecté en profondeur les moyens à mettre en œuvre pour assurer la tenue de l’élection dans les délais constitutionnels. Entendre par là, comment persuader leurs partenaires respectifs de composer, sans réserve mentale. D’où une première précaution : geler, dans un premier temps, tout débat sur les noms. Car cela ne pourrait que susciter rivalités en flèche et tiraillements tous azimuts.
Réalisme
Il s’agit donc, pour la phase présente, de plancher surtout sur les critères. Un thème dont Berry s’est déjà ouvert lors de sa visite au patriarche Sfeir. Cela d’autant plus facilement que Bkerké, on le sait, a défini depuis très longtemps les qualifications requises, à savoir l’attachement aux constantes nationales : indépendance, souveraineté, primauté étatique en tête. Ainsi que la vive conscience de la mission d’arbitre-rassembleur impartie au chef de l’État, la compétence sous-tendue d’autorité personnelle comme de savoir-faire politique. Last but not least, la loyauté, le dévouement, la probité et l’intégrité morale.
De son entretien avec Berry, le patriarche dit qu’il s’est déroulé dans un bon climat. Pour se hâter de préciser que tout est, toujours, dans l’exécution. « Car que de fois n’a-t-on vu un accord conclu sur un sujet donné rester lettre morte », selon ses termes. Le prélat encourage d’autant plus volontiers la conciliation Berry qu’il prend au sérieux la menace d’une dislocation politique du pays suite à une impasse dans le domaine de la présidentielle.
De son côté, le nonce apostolique entreprend de discrets contacts, notamment avec des candidats virtuels dits d’entente. Le Vatican, on le sait, s’inquiète fort du danger de vide institutionnel au Liban.
Il faut le souligner : l’aura, l’influence, de Bkerké, concerné au premier chef par une élection réservée à la communauté maronite, peuvent se révéler tout à fait décisives. Notamment pour apaiser les réticences des pôles majoritaires, qui craignent une désastreuse confusion entre entente et compromis. Comprendre, évidemment, compromis sur les constantes nationales. C’est le cas de Walid Joumblatt. Qui se résigne à déclarer qu’il ne veut pas « ouvrir un conflit au sujet de ce que l’on appelle consensus. Nous respectons la volonté du patriarche, dit-il. Personnellement, je ne crois pas que l’on puisse concilier des antonymes. En tout cas, s’il va y avoir consensus, alors on verra. » Sous-entendu, comment réagir.
De son côté, Hariri est appelé à visiter Bkerké. Il mettrait l’accent sur la nécessité de réserver un rôle majeur à ses partenaires chrétiens du 14 Mars dans l’échéance présidentielle.
En face, il subsiste le cas Aoun. En principe, un consensus signifierait que le général devrait passer du statut de candidat majeur à celui de grand électeur. Il recevrait sa part dans la phase ultérieure. Pour beaucoup, l’accord sur la nécessité d’un accord implique que nombre de candidats, considérés à tort ou à raison comme de défi, doivent rester sur la touche.
Quoi qu’il en soit, l’idée d’un accord préalable sur un programme politique global, défendue un certain temps par nombre de majoritaires, mais aussi par certains opposants, semble maintenant placée sous le coude. Faute de temps et parce qu’il est très difficile, on le sait, d’harmoniser les lignes diamétralement, fondamentalement, opposées du 14 et du 8 Mars, qui voient tout simplement le Liban d’un œil différent. Tout ce que l’on peut faire, dans ce cadre, c’est de définir quelques généralités pouvant servir de dénominateurs communs et autour desquelles on pourrait constituer le prochain gouvernement, qui aurait pour charge de les peaufiner. Avec le concours actif du nouveau président-rassembleur.
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En pratique, c’est une trêve tacite qui a été conclue entre la majorité et l’opposition, représentées par Hariri et Berry. Une cessation d’hostilités, politiques et médiatiques, d’ici au prochain rendez-vous électoral prévu le 23 octobre, le répit devant naturellement servir à négocier les...