C’est une réalité que soulignent nombre de pôles politiques ou religieux : le Liban ne peut connaître ni paix véritable, et partant ni stabilité ni sécurité permanente tant qu’il continue à servir de soupape, de lice d’affrontement pour les tiraillements régionaux ou internationaux. Pour se dégager de cet étau, il lui faudrait opter pour une nouvelle formule. Les uns proposent la neutralité positive. D’autres, plus rares et qui désespèrent du confessionnalisme consensuel, un système de confédération.
Quant au cadre général actuel dit de coexistence, il ne peut être valablement maintenu que par le ciment d’un État de droit fort. Un État entièrement souverain et indépendant, maître effectif de tout le territoire et de l’autorité des armes. Sans quoi, le pays, s’il devait survivre, ce qui n’est même pas certain, resterait en butte à des guerres tous les 15 ou 20 ans.
Mais l’édification d’un tel État exige un accord interne qui est loin d’être acquis. Le Libanais moyen est bien forcé de constater que le pays est l’objet d’attaques constantes de la part d’ennemis tenaces, proches ou lointains. Qui commanditent des cycles suivis d’attentats, d’assassinats, ainsi que des groupes terroristes ou subversifs, dont Fateh el-Islam est loin d’être le seul exemple. Comment se protéger de ce mal endémique ?
La création d’un tribunal international n’a visiblement pas servi de rempart dissuasif, comme certains l’espéraient. Idem pour les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité. Des textes qui n’ont empêché ni les violences sanglantes ni l’immixtion de parties étrangères hostiles dans les affaires intérieures libanaises. Pas plus qu’ils n’ont aidé l’État à étendre son autorité sur l’ensemble du territoire national, à imposer le règne de la loi à tous sans distinction, en se réservant le monopole des armes.
Pour tout dire, la fatalité a géographiquement placé le Liban entre l’enclume d’Israël et le marteau de la Syrie. Des voisins dont l’un est un ennemi déclaré. Tandis que l’autre, dit frère, ne reconnaît en fait pas ce pays, qu’il considère comme constituant la 19e de ses propres provinces. Une vision fusionnelle fondée sans doute sur la conception d’un même bilad al-Cham constitué par les deux États. Comme l’a encore répété récemment, dans une intervention télévisée, l’ambassadeur de la Syrie au Royaume-Uni. Ce diplomate, tout en affirmant que son pays ne s’immisce pas dans les affaires intérieures libanaises, a indiqué que la ligne de Damas s’inspire de deux constantes. La première étant qu’il appartient aux seuls Libanais de s’entendre sur des solutions à leurs problèmes. Et la seconde qu’en aucun cas, le Liban ne doit servir les desseins des impérialistes qui cherchent à nuire à la Syrie.
Mais sont-ce les intrusions extérieures qui causent, ou favorisent, les dissensions internes, ou au contraire ces divisions intra-muros qui facilitent lesdites manipulations ? Une question qui ressemble à l’énigme de l’œuf et de la poule. Le point crucial étant qu’en tout cas, les parties étrangères empêchent manifestement les Libanais de s’entendre. De retrouver leurs fondements. De revenir au pacte de coexistence pacifique, fondé en 1943 sur l’équation ni-ni, ni l’Occident ni l’Orient. Ni la France ni la Syrie.
Mais l’éviction du mandat français ne s’est accompagnée qu’un temps historiquement bref de la mise à l’écart du facteur syrien. Il devait bientôt resurgir sous la houlette de Nasser, alors président d’une RAU englobant la Syrie. Et déboucher sur les événements de 1958. On connaît la suite, les guerres et la longue tutelle syrienne. Dont les séquelles s’effacent d’autant plus mal qu’elle reprend ses visées de plus belle, à travers ses alliés du cru.
Actuellement, la lutte entre l’axe syro-iranien et le double axe parallèle israélo-américain et américano-occidental bat son plein. À travers la scène libanaise. Pour un dégagement ponctuel, il faudrait que les Libanais de toutes tendances s’accordent sur la présidentielle. Cela mettrait sans doute un terme au cycle des attentats et des assassinats. Et constituerait un début de sortie de crise.
Sinon le Liban irait à une partition politique de facto, suivie éventuellement d’une dislocation complète. Ou d’un partage dit fédéré en cantons, effectué de gré ou de force. À terme, et sur la durée, le seul bouclier efficace pour mettre le Liban à l’abri des tempêtes extérieures serait un accord sur la proclamation de sa neutralité positive. Ghassan Tuéni explique à ce propos que cette formule de base est adaptée pour tout pays dont les divisions intérieures s’alimentent aux conflits extérieurs.
Il est en tout cas essentiel que les Libanais répondent à cette question fondamentale : quel Liban voulons-nous au juste ? En 1999, l’ambassadeur US David Satterfield déclarait, lors d’une rencontre à Aïn Saadé avec les étudiants de La Sagesse : « Les Libanais doivent eux-mêmes parvenir à une unanimité autour du point le plus important les concernant. À savoir comment ils veulent que leur pays soit, au plan de l’État, du gouvernement comme de la société. S’ils n’y parviennent pas, le Liban continuerait à souffrir d’instabilité, de divisions et de troubles au double niveau intérieur et extérieur. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est une réalité que soulignent nombre de pôles politiques ou religieux : le Liban ne peut connaître ni paix véritable, et partant ni stabilité ni sécurité permanente tant qu’il continue à servir de soupape, de lice d’affrontement pour les tiraillements régionaux ou internationaux. Pour se dégager de cet étau, il lui faudrait opter pour une nouvelle formule. Les uns proposent la neutralité positive. D’autres, plus rares et qui désespèrent du confessionnalisme consensuel, un système de confédération.
Quant au cadre général actuel dit de coexistence, il ne peut être valablement maintenu que par le ciment d’un État de droit fort. Un État entièrement souverain et indépendant, maître effectif de tout le territoire et de l’autorité des armes. Sans quoi, le pays, s’il devait survivre, ce qui n’est...