Est-ce qu’une fermeture d’un an et demi se rattrape ? On ne sait pas, on va voir. Sous peu, car le gardien du temple le regagne et le rouvre mardi, date de la première convocation adressée aux députés pour élire un nouveau président. Un rendez-vous qui ne sera sans doute pas honoré par le fameux quorum des deux tiers. Non en vue d’un torpillage, du moins pas cette fois-ci, mais parce que les négociations pour un choix de compromis, pudiquement appelé « d’entente », n’ont pas encore démarré.
Toujours est-il que Berry, ordonnateur de l’échéance, va s’efforcer de sauver, de conforter son initiative en assurant, place de l’Étoile, un horaire quotidien de double fonction comme président d’Assemblée attendant que ses pairs répondent à ses convocations successives. Et comme médiateur-conciliateur, orchestrant le bazar des contacts directs ou téléphoniques, des échanges, des pourparlers, à partir de son bureau officiel, en mettant de côté, pour le moment, sa troisième casquette de leader opposant qu’il ne manquera pas de remettre quand il lui faudra, comme les autres, participer lui aussi au marché, vendre, acheter et troquer.
Il faut le reconnaître : sa tâche, déjà difficile au départ, se trouve lourdement compliquée par l’assassinat d’Antoine Ghanem et par ses immédiates retombées politiques, qui produisent une aggravation certaine de la crise. Les réactions en flèche, les déclarations, les accusations directes ou voilées, et qui ne sont pas à sens unique tant s’en faut, altèrent fortement le climat de compromis.
Les loyalistes pointent la Syrie du doigt, sans ménager ses alliés du cru, accusés de complicité inconsciente. Les opposants mettent en cause la responsabilité sécuritaire des gouvernants. Certains d’entre eux vont même jusqu’à insinuer que le crime profite aux parties qui ne veulent absolument pas d’un président d’entente convenant au 8 Mars. Et au frère syrien.
Mais si la situation est grave, elle est heureusement loin d’être désespérée. L’initiative Berry bénéficie en effet d’un soutien arabe et international aussi fort qu’unanime. Localement, elle se trouve généralement considérée d’un œil favorable. Comme une porte derrière laquelle, cependant, il faut voir ce qu’il y a au juste, avancent non seulement les loyalistes, mais aussi nombre d’opposants.
Saad Hariri pourrait être l’un des premiers renseignés. Il a en effet été relancé à plusieurs reprises ces derniers jours, au téléphone ou par émissaires interposés, par Berry. Des sources fiables croient savoir d’ailleurs qu’ils vont se rencontrer dans les 48 heures.
D’autre part, le communiqué des évêques maronites, politiquement lu comme une feuille de route, conforte certainement les chances de tenue de la séance électorale. La sentence rendue par les prélats, à savoir qu’en tournant le dos à la présidentielle un député « boycotterait la patrie », dégage comme un parfum d’excommunication auquel beaucoup de mandatés sont obligés d’être sensibles. À cause de l’opinion.
À ce jour, du reste, seul le bloc parlementaire du Hezbollah proclame ouvertement son attachement au droit « démocratique » de bouder la séance. Les autres formations opposantes ne se prononcent pas clairement. Mais même si le bloc aouniste (21 députés) devait se joindre dans le boycott au Hezb (12), le quorum des deux tiers resterait assuré. Au cas, évidemment, où le bloc Berry, le plus important numériquement du côté de l’opposition, confirmerait qu’il n’a pas l’intention de faire sauter la séance.
Articles
En sus de l’appel-rappel des évêques au sujet de la présence, donc du quorum, des professionnels mettent l’accent sur les dispositions du règlement intérieur de la Chambre concernant, et condamnant, l’absentéisme des députés. Ils citent, dans l’ordre :
–l’article 44 : « Est considéré comme démissionnaire d’office tout membre d’une commission parlementaire qui manquerait trois réunions consécutives sans présenter d’excuse valable. Cela en conformité avec l’article 68 du présent règlement. Le président de la commission doit alors notifier le président de la Chambre de l’élection d’un remplaçant. »
–l’article 61 : « Un député n’est autorisé à s’absenter pour plus de deux séances lors d’une session quelconque, ordinaire ou extraordinaire, que s’il a d’avance présenté une excuse valable inscrite au greffe du Parlement. »
–l’article 62 : « Au cas où un député se trouve contraint de s’absenter de manière continue pour plus d’une séance, il peut être excusé comme se trouvant en mission officielle, à condition de présenter une demande dans ce sens, demande dans laquelle il doit expliciter les raisons de son absence et qui est transmise par le greffe à l’Assemblée pour qu’elle en prenne dûment acte lors de sa première réunion. »
C’est clair, soulignent ces professionnels : le règlement intérieur ne reconnaît pas l’absence comme un droit démocratique automatique, comme le soutiennent certains opposants. Ce texte considère manifestement, au contraire, la présence comme un devoir auquel on ne peut se soustraire qu’un nombre limité de fois, et sous des conditions précises. S’il en va ainsi pour les séances ordinaires, alors à plus forte raison pour une séance électorale un député doit être là, sauf empêchement personnel majeur. Il ne doit pas oublier, concluent ces sources, qu’il est mandaté pour servir, pas pour se croiser les bras. Qu’il est en outre rémunéré, perçoit une pension de retraite que même sa famille continue à toucher quand il disparaît. Son rôle, sa mission, c’est de légiférer, de contrôler les actes du gouvernement et d’élire un président de la République. Au nom de ses électeurs, mais aussi au nom de tout le peuple libanais.
Doutes
Côté débat prénégociatoire, on en reste au même point. Les loyalistes dénoncent les menaces apocalyptiques des prosyriens en s’étonnant que ces derniers puissent présenter le général Michel Aoun comme candidat d’entente tout en déniant cette qualité aux postulants modérés issus des rangs du 14 Mars. Les loyalistes ne manquent pas de relever l’ambiguïté de leurs vis-à-vis qui, tout en exprimant leur soutien au chef du CPL, se gardent bien d’officialiser sa candidature au nom du front opposant. Pour les majoritaires, qui jouent volontiers sur cette fibre, il faut voir dans cette attitude des prosyriens une intention mal cachée d’empêcher Aoun d’accéder à la présidence. Pour le porter à se transformer en électeur, considéré certes, mais rien d’autre.
Les loyalistes n’épargnent pas Berry dans leurs critiques et dans leurs suspicions. Ils affirment que s’il était vraiment sérieux dans son initiative, entendre s’il avait effectivement l’aval de Damas, il aurait facilement convaincu ses alliés de participer à la séance électorale. Et il aurait donné clairement, publiquement des consignes dans ce sens à ses propres troupes, ce qu’il n’a pas fait jusqu’à présent. Ils lui reprochent également de n’avoir pas tenté d’organiser un dialogue général pour l’entente sur un président. Alors que pour y parvenir, il faut évidemment que tout le monde parle à tout le monde. Enfin, ils répètent que l’initiative Berry est à leurs yeux une ouverture incomplète, qui ne précise pas les mécanismes d’exécution. Et qui, de plus, comporte des conditions rédhibitoires qui en font une sorte de diktat plutôt que de conciliation.
Selon un ancien ministre qui l’a récemment rencontré, Berry aurait reconnu que sur ce dernier point, les majoritaires ont sans doute raison. Il aurait dû se contenter, rapporte ce témoin, de proposer un accord sur un président de consensus, sans rajouter des conditions préliminaires. Il aurait conclu en souhaitant, à l’instar de la majorité, un dialogue multipartite susceptible de dégager les conditions précises de la présidentielle.
Il reste à savoir si la voie va se dégager ou si l’on va voir s’aggraver encore ce blocage des institutions initié par les alliés de Damas. Avec le concours, paradoxalement actif, des présidents Lahoud et Berry.
Pour leur part, les loyalistes pensent en général que si l’échéance est contrée localement par les opposants, elle finirait quand même par se tenir. Sous les auspices de la communauté internationale, au titre des résolutions passées ou à venir. Ils concluent en soulignant que le dossier libanais se trouve en réalité internationalisé depuis longtemps, à travers ces résolutions comme à travers la présence des Casques bleus.
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Toujours est-il que Berry, ordonnateur de l’échéance, va s’efforcer de sauver, de conforter son initiative en assurant, place de l’Étoile, un horaire quotidien de double fonction comme président d’Assemblée attendant que ses pairs répondent à ses convocations successives. Et comme médiateur-conciliateur,...