Il ne suffit pas de condamner le crime, l’assassinat d’Antoine Ghanem, la perte des innombrables martyrs qui l’ont précédé ou accompagné dans la mort. Même n’importe qui, même n’importe comment, l’élection d’un président reste la seule riposte valable au crime. Le seul choix à retenir, à assurer pour éviter le vide institutionnel menant au chaos. En gardant en même temps l’espoir d’une sortie de crise. C’est ce que souligne, comme bien d’autres, un ancien dirigeant qui répète après les évêques maronites que les députés se doivent de faire tous acte de présence lors de la séance électorale. Parce que, selon le communiqué publié à Bkerké, « bouder l’élection reviendrait à boycotter la patrie ». Ce qui est, pour le moins, aussi inadmissible qu’une trahison. Il s’agit donc, en pratique, de contrer les visées de ceux qui cherchent à torpiller l’échéance, la présidence, l’État. Et le Liban.
Il est possible qu’il faille plusieurs séances avant d’aboutir à la mise en place d’un nouveau régime. La Chambre a encore deux mois devant elle. Pour le moment, la grande question politique reste de savoir si les représentants de l’opposition sont prêts à entendre l’appel des prélats et du devoir national bien compris pour refuser de se rendre complices d’un sabotage qui mettrait le pays en grave péril de perdition irrémédiable.
D’emblée, on pense surtout, et tout naturellement, aux députés chrétiens, maronites en tête. Et plus particulièrement aux membres du bloc aouniste baptisé de la réforme et du changement. Feraient-ils défaut, le jour dit, ou suivraient-ils les recommandations des évêques ? Certains éléments de ce groupe ont indiqué vouloir exercer le jeu démocratique dans un sens positif, en assistant à la séance électorale. Précisant que leurs voix se porteraient sur le candidat Michel Aoun, mais en ajoutant que s’il n’était pas élu, ils lui demanderaient de contribuer à un accord sur un postulant d’entente.
Difficultés
Quant à l’éventualité d’une élection à la moitié plus un, elle s’estompe un peu. Non seulement à cause des victimes fauchées par les assassins dans les rangs de la majorité, mais aussi en raison du fait qu’outre les indépendants, nombre de loyalistes appartenant au camp du 14 Mars se dressent eux-mêmes contre un tel épilogue, menant, estiment-ils, à la partition politique.
D’autre part, dans les pointages, l’opposition soutient être en mesure d’apporter 55 voix à son candidat. La majorité de son côté ne peut assurer qu’un maximum de 65 suffrages. Et encore, si elle réussit à se rassembler autour d’une seule candidature, ce qui n’est pas encore acquis. On sait en effet qu’à cette heure il se présente trois prétendants issus de ses rangs. Si les voix loyalistes devaient s’éparpiller au moment du scrutin, le candidat de l’opposition aurait de bonnes chances de l’emporter. Même résultat d’ailleurs, au cas où les partisans des candidats loyalistes éventuellement éliminés par une présélection devaient décider de voter blanc.
En bonne logique, profitant de l’avantage de n’avancer qu’un seul nom, celui du général Aoun, l’opposition devrait officialiser cette candidature. Or elle s’en abstient. L’ancien dirigeant cité se demande pourquoi et s’en étonne d’autant plus qu’ainsi unie, l’opposition aurait également l’avantage sur un camp adverse divisé lors d’éventuelles tractations autour d’un président de compromis. Car parmi les loyalistes il y a également de multiples candidats qui peuvent prétendre au label de consensuel, et qui rivalisent entre eux.
D’ailleurs, à cause de nombreux facteurs dont les relations personnelles, une compétition entre postulants considérés comme consensuels sèmerait sans doute la confusion au sein des blocs parlementaires dont les membres ne suivraient pas les consignes et voteraient différemment. On ne peut donc pas pronostiquer le nom qui en définitive sortirait des urnes.
Par contre, les deux camps adverses garderaient sans doute leur cohésion propre au cas où la bataille devait opposer des candidats dits de confrontation ou de défi.
Cependant, il faut le répéter, l’essentiel reste de savoir si l’élection aura lieu. Il faudra voir si les députés du bloc du président Berry, défenseur de l’échéance, et les aounistes vont ou non bouder la séance.
Émile KHOURY
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