Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Le pari mutuel sur les facteurs extérieurs motiverait l’intransigeance des deux camps Émile KHOURY

Le 8 et le 14 Mars campent résolument sur leurs positions et refusent de composer. Même en sachant parfaitement que le pays risque de basculer ainsi dans l’inconnu. Les observateurs se demandent dès lors si cette inflexibilité mutuelle ne s’expliquerait pas par le fait qu’ils miseraient pareillement sur des données extérieures susceptibles de jouer en leur faveur. Plus ou moins du reste, car il y aurait à craindre un arrangement qui se ferait aux dépens des Libanais, en tout ou en partie. Dans ce cadre, les loyalistes porteraient leur attention sur la pression internationale, américaine et européenne, exercée sans relâche sur l’Iran comme sur la Syrie. Une ligne leur offrant de choisir entre la carotte et le bâton. Si ces deux États optent pour la souplesse, il en résulterait un marché incluant le dossier libanais que l’on refermerait sur un compromis de ni vainqueur ni vaincu. Par contre, si Téhéran et Damas décident d’aller à la confrontation, la région, Liban compris, aurait sans doute à supporter les retombées d’une opération militaire d’envergure contre l’un ou l’autre des deux « têtus ». Voire contre les deux en même temps. Car ils sont liés par des pactes de défense stratégique et si l’un d’eux est attaqué, l’autre devra se porter à son secours et s’attirer une riposte certaine, immédiate. Les résultats d’un tel affrontement conditionneraient les suites de la crise libanaise, selon qu’ils seraient en faveur des majoritaires ou des minoritaires. Les observateurs cités n’excluent pas que les protagonistes locaux des deux bords retardent à dessein une évolution positive vers un début de solution, dans l’attente de ces développements extérieurs que chaque camp pronostique comme devant lui être favorables. Oubliant un peu, et un peu vite, que la guerre de juillet 2006, sur laquelle il avait été également parié des deux côtés, n’a produit que des résultats politiques, ou même stratégiques, confus, aggravant la crise, en portant chaque camp à radicaliser ses positions. En refusant toute solution qui le placerait dans un rôle de vaincu. Ou, plus exactement, de non-vainqueur. Les marrons du feu On sait en effet qu’après cette guerre, l’opposition a affirmé, et affirme toujours du reste, qu’elle l’a emporté. Qu’elle a donc le droit de cueillir les fruits politiques de cette victoire, en décrochant le pouvoir ou en obtenant un statut de partenaire principal. Elle a exigé la mise en place d’un gouvernement dit d’union avec tiers de blocage avant la formation du tribunal international. Ce plan ayant capoté, elle a maintenu la même revendication comme préalable indispensable à la présidentielle. Pour que le cabinet qu’elle contrôlerait de fait, grâce au tiers de blocage, prenne les rênes en main en cas de torpillage de l’élection. Pendant des mois et des mois, le déficit de confiance entre les deux parties en présence a réduit à néant les innombrables tentatives de conciliation. Ce même facteur risque aujourd’hui de faire échouer l’initiative du président Berry, malgré le large soutien extérieur et intérieur dont elle bénéficie. La majorité juge en effet que les offres du président de la Chambre comportent des conditions rédhibitoires. Notamment au sujet du droit d’élection d’un président à la majorité de la moitié plus un, en cas de désaccord sur un président de consensus. Pour la majorité, il n’est pas question d’accepter le vide institutionnel. À ses yeux, le 8 Mars substitue l’exigence d’un cabinet dit d’union avec tiers de blocage par une revendication encore plus inadmissible, présentée comme une condition sine qua non pour engager des négociations sur le président d’entente. Principe que la majorité refuse et récuse, en soulignant que des pourparlers doivent se dérouler sans conditions préliminaires, ni d’un côté ni de l’autre. En d’autres termes, les loyalistes disent : traitons sans parler ni du quorum des deux tiers ni de la moitié plus un. Si nous parvenons à un accord, la question serait résolue d’elle-même. Le président serait élu à l’unanimité, ou presque. Et sinon, il faudra bien, d’une manière ou d’une autre, parer avant tout le danger national d’un vide institutionnel. Il est cependant évident que politiquement le pays courrait à la partition. Avant de partir, le président Lahoud formerait un deuxième gouvernement, sous prétexte qu’il ne reconnaît pas la légitimité du cabinet Siniora. En dépit du fait que cela constituerait une violation de la Constitution. Et en dépit des avertissements de l’ambassadeur américain, Jeffrey Feltman. Quoi qu’il en soit, il faut maintenant espérer que le président Berry développe des contacts en vue sinon d’un accord sur un nom déterminé, du moins de la sélection d’une liste de candidats plausibles parmi lesquels la Chambre ferait son choix.
Le 8 et le 14 Mars campent résolument sur leurs positions et refusent de composer. Même en sachant parfaitement que le pays risque de basculer ainsi dans l’inconnu. Les observateurs se demandent dès lors si cette inflexibilité mutuelle ne s’expliquerait pas par le fait qu’ils miseraient pareillement sur des données extérieures susceptibles de jouer en leur faveur. Plus ou moins du reste, car il y aurait à craindre un arrangement qui se ferait aux dépens des Libanais, en tout ou en partie.
Dans ce cadre, les loyalistes porteraient leur attention sur la pression internationale, américaine et européenne, exercée sans relâche sur l’Iran comme sur la Syrie. Une ligne leur offrant de choisir entre la carotte et le bâton. Si ces deux États optent pour la souplesse, il en résulterait un marché incluant le dossier...