Par deux fois fois en l’espace d’une quinzaine, et en des circonstances aussi diverses qu’un meeting de masse et un entretien télévisé au coin du feu, le président de l’Assemblée nationale aura fait la démonstration de ses incontestables talents d’orateur, de debater et d’habile tacticien, pour ne pas dire de génial manœuvrier.
Tour à tour bonhomme, gouailleur, grave ou carrément menaçant (l’entente au plus vite, ou bien alors un épouvantable chaos), Nabih Berry a sacrifié certes, jeudi soir, au rituel de ce pénible cabotinage malheureusement inhérent aux talk-shows télévisés, du moins tels qu’ils sont pratiqués à longueur de soirée par les chaînes locales.
De cet entretien-fleuve, essentiellement consacré à l’initiative qu’il avait lancée dernièrement à Baalbeck, on ne voudra retenir que le meilleur, en passant ou presque sur le pire. Le pire, c’est bien sûr cet acharnement mis, avec un incroyable aplomb et une interprétation très personnelle des textes fondamentaux, à vouloir justifier l’injustifiable : c’est-à-dire le fait, pour un président d’Assemblée, de verrouiller les portes de ce même Parlement dont il est censé être, au contraire, l’animateur, sous prétexte qu’il tient le gouvernement pour illégal. Jamais à court d’innovations, Berry a même dénié aux députés le droit de se réunir d’office à la veille de l’échéance présidentielle, si l’impasse à l’Étoile devait persister jusqu’à cette date.
Le meilleur en revanche dans la prestation du chef du Législatif, c’est son refus proclamé de baisser les bras ; c’est sa détermination à poursuivre jusqu’au bout son initiative malgré la réponse de la majorité, qu’il a jugée tardive, passablement négative et même insultante. Cette obstination, il convient évidemment de la saluer, même si elle ne fait qu’obéir à un impératif de réalisme. Car Nabih Berry est trop fin renard pour avoir pu sérieusement croire que son offre de dialogue visant à l’élection d’un président consensuel avait quelque chance d’être acceptée dans sa formulation initiale, laquelle était en effet à prendre ou à laisser. Or l’opposition, en remisant son exigence d’un gouvernement d’union, ne faisait en réalité que tourner le dos à ces raisins décidément trop verts ; mais elle n’en demandait pas moins, en contrepartie, à la majorité de se rallier – de manière irréversible – à ses propres thèses, quant au quorum nécessaire pour le scrutin présidentiel.
C’est dire que ce double renoncement n’en était pas véritablement un. C’est dire aussi que s’il y a bien une chose à laisser quand il s’agit de discuter, c’est les armes au vestiaire, seraient-elles de caractère juridique seulement. Que les Libanais parviennent à s’entendre en effet sur la personne du futur président, et toute cette querelle sur le quorum n’aurait plus de raison d’être.
Berry est incontestablement en droit de se féliciter de l’accueil favorable réservé à son initiative, au Liban même comme à l’étranger. Mais il ne doit pas perdre de vue que celle-ci est perçue non point comme une solution miracle toute prête, mais comme un pas positif dans la bonne direction : mieux encore, un pas auquel a répondu la majorité par une attitude positive elle aussi. C’est cette volonté générale de dialogue qu’il s’agit maintenant de faire fructifier afin de parer au plus pressé.
L’entente ou le chaos ? Nul ne saurait en douter. On vient même d’en avoir un premier aperçu diplomatique avec ces deux avertissements lancés de Beyrouth même : la France reconnaîtra un président élu à la majorité simple ; et l’Amérique ne reconnaîtra d’autre gouvernement que celui qui serait soutenu par la majorité parlementaire. Dès lors, les vestiaires, c’est tout droit !
Issa GORAIEB
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Tour à tour bonhomme, gouailleur, grave ou carrément menaçant (l’entente au plus vite, ou bien alors un épouvantable chaos), Nabih Berry a sacrifié certes, jeudi soir, au rituel de ce pénible cabotinage malheureusement inhérent aux talk-shows télévisés, du moins tels qu’ils sont pratiqués à longueur de soirée par les chaînes locales.
De cet entretien-fleuve, essentiellement consacré à l’initiative qu’il avait lancée dernièrement à Baalbeck, on ne voudra retenir...