Les médiateurs-conciliateurs vont avoir du pain sur la planche. Il y a, en effet, comme du malentendu dans l’air, au point de départ de la présidentielle. L’opposition, berryistes en tête, a très mal accueilli hier le communiqué du 14 Mars. Il faudra donc recoller vite les morceaux. Heureusement, cela n’est pas impossible, et l’on attend beaucoup, dans ce cadre, de la prochaine rencontre entre le président de la Chambre et le patriarche Sfeir.
Dans la journée, et sans attendre que le président Berry s’exprime à la télévision, les pôles contestataires affirmaient voir dans la réponse majoritaire à l’initiative dite de Baalbeck une tentative biaisée de la torpiller, de la neutraliser, de la vider de son contenu conciliateur en s’accrochant au droit d’élire un président à la moitié plus un. Cela en cas d’impasse dans les tractations pour un président de consensus. Les opposants soutiennent que, dans le camp d’en face, il existe des pôles qui persistent, en prenant des chemins détournés, à bloquer tout accord, pour envenimer la crise.
Ils indiquaient qu’à leur avis, le président Berry ne saurait en aucun cas transiger et souscrire aux positions adoptées par la majorité. Pour eux, les loyalistes faussent les données exprès en parlant de dialogue, en faisant même mine de croire que l’initiative Berry ne propose rien d’autre. Alors qu’elle porte uniquement sur l’échéance présidentielle, sur la nécessité de l’organiser dans les délais constitutionnels pour éviter le vide institutionnel.
Poussant plus loin les détails, des proches du président Berry accusent les majoritaires de tenter de le « brûler » vis-à-vis de ses partenaires, Hezbollah en tête. Dans ce sens que cette dernière formation a consenti un peu à contrecœur à sacrifier ses exigences propres pour laisser le président de la Chambre tenter de sauver les meubles, au nom de l’intérêt national, dans l’urgence et la seule optique d’une échéance rapprochée. Or, répètent ces sources, il est clair que les majoritaires cherchent à dénaturer la portée des propositions Berry et à récupérer son initiative. Leur prétendu « oui mais » est, en réalité, un « non » pernicieux, accusent ces amalistes. Ils affirment que leur chef ne saurait ni perdre son pari ni perdre la face vis-à-vis de l’opposition. Et de conclure en annonçant que M. Berry allait s’en tenir strictement, entièrement, à ses positions, sans rien en lâcher.
D’autres opposants reprennent l’antienne du prétendu donnant-donnant en soutenant qu’à partir du moment où la minorité cède sur le cabinet d’union préalable, la majorité doit concéder l’élection aux deux tiers et non à la moitié plus un. Ajoutant que, par définition, par essence même, le Liban ne se fonde pas sur la démocratie du nombre, c’est-à-dire sur la loi de la majorité. Pas plus sur le plan parlementaire que sur le plan démographique. Car, pays composite formé de minorités, il ne peut vivre que par le consensus. Abondant dans ce sens, un pôle relève qu’un président élu par les deux tiers de la Chambre, mais sans l’apport d’une des communautés principales du pays, ne serait pas légitime. Alors qu’un président qui le serait à la majorité simple, mais avec la participation de toutes les franges, le serait.
Contre-riposte
Les majoritaires répliquent qu’il n’était pas possible de se prononcer unanimement, par oui ou par non, à une initiative en même temps floue et conditionnelle. Ils soulignent qu’elle ne prévoit aucun mécanisme de concrétisation ou de garde-fou, d’issue de sortie, en cas de mésentente sur le successeur de M. Lahoud. Qu’elle se base sur une équation erronée, puisqu’elle propose l’échange de cette poudre de perlimpinpin qu’est le cabinet d’union contre ce diamant brut qu’est le droit national d’éviter le vide institutionnel, et l’anarchie.
Ils ajoutent qu’en tout état de cause, les données extérieures, notamment le conflit saoudo-syrien, font qu’il faut pour le moins rester sur ses gardes. Car ce ne serait pas la première fois, rappellent-ils, que des alliés de Damas se trouveraient in fine désavoués, le bec dans l’eau.
Enfin, les loyalistes déplorent qu’en face on les ait si mal compris. Ils soulignent que leur propre accueil des avancées de M. Berry a été favorable. Que, tout comme le président de la Chambre, ils souhaitent l’entente autour de la présidentielle. Dans cet esprit même, précisent-ils, l’on ne bâtirait que sur du vent si la coopération nationale devait s’arrêter là. Et la présidentielle ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau. D’où leur appel à un dialogue général sans conditions préalables. C’est-à-dire sans que la minorité n’exige les deux tiers, et la majorité, la moitié plus un.
Cependant, les cadres de la majorité tiennent à souligner que, dans un dialogue, chaque partie se fonde sur ses constantes et s’y tient. Pour y retourner, si la sauce n’a pas pris et si les négociations n’ont pas abouti à une solution médiane. Sans quoi, cela serait le vide politique autant que constitutionnel, et ces pôles tiennent à ce que M. Berry le réalise bien.
Ils terminent en se déclarant perplexes face à l’interprétation, tronquée à leur avis, qu’en face on fait de leur communiqué. Pour eux, en effet, c’est simple comme bonjour : les protagonistes s’assoient autour d’une même table et discutent calmement. Loin des menaces apocalyptiques de partition et des tentatives d’intimidation. Si l’entente est conclue, alors les deux tiers et la moitié plus un ne voudront plus rien dire. L’élection se déroulerait sans doute en présence de l’ensemble des 128 députés. Et s’il n’y a pas accord, il faudra préserver l’essentiel : la présidentielle.
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Dans la journée, et sans attendre que le président Berry s’exprime à la télévision, les pôles contestataires affirmaient voir dans la réponse majoritaire à l’initiative dite de Baalbeck une tentative biaisée de la torpiller, de la neutraliser, de la vider de son contenu conciliateur en s’accrochant au droit d’élire un président à la moitié plus un. Cela en cas...