Rira bien qui rira le dernier. C’est un peu l’esprit de l’approche saoudienne. En effet, alors qu’Américains, Français et autres Espagnols se précipitent à Beyrouth, les Saoudiens temporisent. Un peu, pas beaucoup. Car, quand même, le temps presse, la première convocation étant fixée au 25. Mais malgré, ou à cause, de la tension relationnelle avec la Syrie, autre grand électeur, dispute marquée par l’annulation d’une visite de Moallem au royaume, Ryad tient à être bien présent pour la présidentielle locale. L’on entend de la sorte l’ambassadeur Abdel-Aziz Khoja préciser qu’il a encore un peu « de travail à accomplir » at home. Ajoutant qu’il doit y procéder « à des contacts et à des concertations avec les hauts dirigeants » avant de regagner son poste, muni de revendications-viatiques, sous dix jours. Le diplomate, parti comme on sait alors que les menaces pleuvaient sur sa tête après la sortie antisaoudienne de Chareh, est retourné à Beyrouth pour deux petits jours. Le temps de participer, au Sérail, à la conférence des donateurs pour Nahr el-Bared.
Cependant, pour préparer en quelque sorte les préparatifs de sa mission relative à la présidentielle, Khoja a mis à profit son escale beyrouthine pour rencontrer longuement Berry et Siniora, écoutant les explications du premier sur son initiative et les commentaires du second sur le même sujet.
Pour sa part, Khoja, affirment des sources informées, est largement favorable aux propositions Berry, qu’il devrait plaider auprès des dirigeants de son pays. Il estime en effet que le plan du président de la Chambre, bien que présenté comme étant purement made in Lebanon, s’inscrit dans le droit fil des recommandations concomitantes du royaume, de la Ligue arabe, de Paris et du Vatican. Dont l’essentiel se résume dans l’équation : une présidentielle dans les délais constitutionnels. Et, pour cela, un président d’entente.
Du côté des loyalistes, la tendance majoritaire reste que l’initiative Berry c’est toujours bon à prendre. Mais seulement comme cadre général. Car il reste nombre de points importants à mettre au clair d’abord, à discuter ensuite. Le dialogue devant porter, notamment, sur les mécanismes à mettre en œuvre pour assurer la tenue de l’échéance, la procédure et les conditions dans lesquelles elle doit se dérouler.
En fait, on le sait déjà, la mission préparatoire de Cousseran, bras droit de Kouchner sur le dossier libanais, avait pavé la voie concernant la toute première exigence requise : un président d’entente, non de défi. Donc pas d’engagé du premier rang ni, a fortiori, de chef de file reconnu. Dans les questions graves, le Liban, pays composite, ne peut s’accommoder que du consensus, sans quoi c’est la dislocation et la partition assurées.
Un détail, sans doute dépassé maintenant : concernant un éventuel amendement de la Constitution, les majoritaires ont informé Cousseran que cela ne leur semble pas possible. D’une part, faute de temps, puisqu’en principe à partir de la première convocation fixée au 25, la Chambre n’est plus que collège électoral et ne peut plus voter de loi. Ensuite, et surtout, parce qu’un projet de retouche doit nécessairement être paraphé par le président de la République et par le président du Conseil. Or M. Lahoud s’obstine à ne pas reconnaître M. Siniora.
Mais où en est-on au juste ? La majorité admet le principe d’un président d’entente. Ce qui, du même coup, règle l’affaire du quorum, les deux tiers devenant garantis. Tout en se gardant le droit, légitime à ses yeux, de présenter une liste de noms qu’elle juge consensuels.
Ambiguïté
L’opposition pour sa part n’a qu’un candidat, le général Michel Aoun. Qu’elle présente assez étrangement comme un candidat d’entente et de bataille à la fois.
Selon un opposant modéré, s’exprimant à titre personnel et sous couvert d’anonymat, l’on devrait en fin de compte parvenir à l’arrangement suivant : la majorité présenterait une liste de candidats parmi lesquels l’opposition désignerait ses préférences. En usant de la sorte d’un droit de veto sur certains, mais pas sur tous.
Tel n’est pas, ou n’est pas encore, l’avis du Hezbollah. Le parti ne souhaite pas, en effet, qu’en retenant la seule option de la liste du camp loyaliste, l’on mette sur la touche le général Michel Aoun. Cependant, un député hezbollahi, tout en confirmant lors d’une intervention télévisée le soutien de sa formation au général Aoun, s’est bizarrement refusé à le reconnaître comme candidat officiel du Hezb. Ce parlementaire a en effet déclaré : « Nous avons notre candidat. Nous avons choisi un nom. Nous le divulguerons en temps dû. » À une question insistante s’il s’agissait du général Aoun, il a répondu : « Le général bénéficie de notre appui et de notre soutien. Le nom que nous avons retenu sera rendu public le jour où il y aura accord avec la majorité sur un président d’entente. »
Philippe ABI-AKL
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