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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Vrai de vrai

Alors, mort ou vivant, Chaker Absi ? Le chef du Fateh el-Islam a-t-il été pulvérisé par l’explosion de son corset bourré de TNT, qu’il aurait, en bon suicidaire, déclenchée de ses propres mains pour échapper à l’indignité de la capture ? Repose-t-il dans le plus parfait anonymat au fond de quelque fosse commune sous les ruines de Nahr el-Bared ? Est-il vraiment passé, avec ses lieutenants, à travers les mailles du filet tendu sur tout le périmètre de ce camp de réfugiés ? Absi a-t-il attendu le dernier quart d’heure pour accomplir ce véritable prodige ou s’y est-il pris à temps, c’est-à-dire bien avant la chute de son bastion ? Risque-t-on de le voir refaire surface dans l’un ou l’autre des camps du Liban pour y lever une nouvelle armée de terroristes, tout auréolé qu’il est désormais du douteux prestige des trompe-la-mort, des rescapés de l’enfer ? Paradoxalement, cette survie, et l’éventualité de révélations embarrassantes qu’elle implique, ne devrait-elle pas inquiéter surtout ceux-là mêmes qui l’ont sorti de sa geôle syrienne pour le catapulter sur le territoire libanais ? Que dire enfin de la veuve en pleurs qui, démentant imperturbablement le résultat négatif des analyses d’ADN, persistait hier encore à reconnaître son compagnon dans la dépouille défigurée qui lui a été montrée la semaine dernière ? Et pourquoi cette femme qui, de toute évidence, ment, n’est-elle pas encore poursuivie à l’instar d’ailleurs d’autres faux témoins, pour avoir induit en erreur les enquêteurs et entravé ainsi le cours de la justice ? Tout cela fait beaucoup trop de questions pour un pays qui, en permanence, s’interroge avec angoisse sur son devenir. Tout cela fait aussi un roman de politique-fiction, un roman au goût saumâtre où la cruelle réalité l’emporte en effet sur l’imagination la plus débridée. Mais n’est-ce pas, après tout, en pleine surréalité que nous nageons, que nous ramons, que nous pataugeons depuis des années déjà ? Nous vivons dans un pays de traditions démocratiques, mais où la démocratie est accommodée à toutes les sauces, triturée dans tous les sens selon les besoins de la cause, et le système est parvenu à un tel état de déchéance que l’arbitrage des institutions n’est plus que souvenir. Un président de la République qui ne préside plus rien (et surtout pas une république !), un chef du Législatif qui verrouille le Parlement, des ministres démissionnaires qui ne le sont pas tout à fait tout en l’étant absolument, nulle part ailleurs on ne pourrait observer des spectacles aussi rares : aussi littéralement renversants que celui d’une majorité parlementaire impuissante à s’imposer et d’une minorité revendiquant, sous couvert de participation, un pouvoir de contrôle et de blocage, c’est-à-dire la réalité du pouvoir. Dans notre beau pays, on peut se décerner en grande exclusivité, et sans l’ombre d’un complexe, un label de patriotisme et de nationalisme libanais, alors même qu’on reçoit ouvertement subsides et armements d’États étrangers qualifiés d’alliés stratégiques ; les renégats et traîtres, on l’aura deviné, sont ceux qui excluent tout retour à l’ère de la tutelle syrienne et qui se félicitent d’une conjoncture internationale résolument favorable, depuis peu, à l’émancipation définitive du Liban. Dans notre doux, notre attachant pays, on peut en toute impunité paralyser durant près d’un an le cœur de la Capitale, ruiner des entreprises et provoquer la perte d’emplois, au moyen d’un sit-in dit pacifique (et des plus économiques de surcroît, puisqu’il y a longtemps qu’on y trouve davantage de tentes que de manifestants). Et on peut, avec le même aplomb, entretenir une puissante armée, se tailler des zones de haute sécurité et se doter maintenant de son propre système de télécommunications, tout cela en accusant l’adversaire d’œuvrer à la partition de la terre et à la division des esprits. Et c’est pour l’envoyer chapeauter ce monumental foutoir que, tel Diogène, les Libanais – et le monde entier avec eux – cherchent désespérément la perle rare qui héritera de la magistrature suprême avec l’assentiment général... L’énigme Absi, quelle bagatelle tout compte fait. Issa GORAIEB
Alors, mort ou vivant, Chaker Absi ? Le chef du Fateh el-Islam a-t-il été pulvérisé par l’explosion de son corset bourré de TNT, qu’il aurait, en bon suicidaire, déclenchée de ses propres mains pour échapper à l’indignité de la capture ? Repose-t-il dans le plus parfait anonymat au fond de quelque fosse commune sous les ruines de Nahr el-Bared ? Est-il vraiment passé, avec ses lieutenants, à travers les mailles du filet tendu sur tout le périmètre de ce camp de réfugiés ?

Absi a-t-il attendu le dernier quart d’heure pour accomplir ce véritable prodige ou s’y est-il pris à temps, c’est-à-dire bien avant la chute de son bastion ? Risque-t-on de le voir refaire surface dans l’un ou l’autre des camps du Liban pour y lever une nouvelle armée de terroristes, tout auréolé qu’il est désormais du...