L’initiative dite de Baalbeck lancée par le président Berry continue à occuper le devant de la scène… en coulisses. Car en surface, on le sait, la majorité ne s’est pas encore prononcée là-dessus en bloc, officiellement. Les commentaires sur les propositions avancées restent, de ce côté-là, mitigés, réservés, conditionnés. Les pôles loyalistes concernés critiquent certaines exigences rédhibitoires à leurs yeux. De façon globale, ils jugent que les idées formulées restent imprécises, du moment qu’elles ne prévoient pas de mécanisme précis de concrétisation. S’entendre, oui mais sur quoi au juste, et comment, demandent-ils.
Et surtout, vu que M. Berry insiste sur la pure libanité de sa démarche, les majoritaires doutent qu’in fine, il ait le feu vert de Damas. Décideur qui, par le passé, a maintes fois désavoué des alliés, dont M. Berry fait partie, qui avaient cru pouvoir aller de l’avant sans le consulter.
Provocation voilée
De son côté, l’opposition tout entière soutient la démarche en question. Mais non sans la pimenter de quelques avertissements ou menaces qui font office, finalement, sinon de retenue du moins de frein avéré. Pour inciter en quelque sorte le camp adverse à relever le défi, en campant sur des positions radicales de refus. On entend ainsi les opposants marteler à tout bout de champ qu’en cas d’obstination négative de leurs adversaires, ou de tentative d’élire un président à la majorité simple, ils n’hésiteraient pas à former un deuxième gouvernement. En enchaînant par un deuxième président et une deuxième Chambre. Autrement dit, ils agitent le spectre d’une partition politique irrémédiable.
Dans le même esprit, en affirmant qu’avec le plan Berry, elle en arrive au maximum des concessions qu’elle pourrait faire, la minorité pousse très haut la chansonnette du terbih jmilé, comme on dit familièrement. Une manière idéale de provoquer une réaction de rejet de la part du 14 Mars pour mieux le porter à dire non et à embraser une crise qui deviendrait insoluble. Répondant de la sorte, selon des analystes loyalistes, aux vœux désintégrateurs syriens. Pour ces sources, en effet, si Damas fait mine aujourd’hui de mettre de l’eau dans son vin, c’est d’une part pour ne pas envenimer la tension avec l’Arabie saoudite. Pour ne pas fâcher non plus l’ami iranien qui, de son côté, milite actuellement en faveur de la stabilité et de la normalité libanaises, par souci d’apaiser le conflit dangereux entre chiites et sunnnites. Toujours selon ces cadres loyalistes, tout en se ralliant en apparence à la section des pompiers, le pyromane syrien entretient soigneusement, via ses alliés, les braises de l’incandescence. Afin que l’incendie reprenne de plus belle sans qu’apparemment il y soit pour quelque chose.
Pondération
Toujours est-il que les centristes modérés, qui fourmillent au sein du 14 Mars et dont on trouve, quand même, quelques prototypes en face, se félicitent d’entendre les amalistes soutenir que l’initiative de leur chef est purement made in Lebanon. Mais cela leur permet de souligner en même temps qu’il est donc encore plus nécessaire de mieux la cristalliser, pour la conforter, pour la consolider, pour la protéger de toute attaque extérieure ou intérieure. Il s’agit donc, disent-ils, de lui donner bien plus de corps, de substance, de crédit et de sérieux.
Le ministre Safadi suggère dans ce cadre à M. Berry de commencer à passer aux actes positifs, en invitant les ministres chiites démissionnaires à regagner le giron du gouvernement. Une mesure d’autant plus logique, ajoute-t-il, que l’opposition renonce à exiger un cabinet dit d’union avant la présidentielle. Tout à fait dans le même sens, il est demandé au 8 Mars, et à ses alliés, de lever un sit-in du centre-ville qui n’a plus lieu d’être, puisque sa motivation était d’obtenir le départ du cabinet Siniora. De plus, cette normalisation permettrait de sécuriser, pour les députés, l’accès du Parlement, actuellement aléatoire, et d’assurer cette présidentielle que M. Berry proclame lui-même comme indispensable.
Controverse
Cependant, la controverse juridique sur le droit d’élection in vitro de la majorité fait rage. Selon M. Berry, qui s’appuie sur des études de constitutionnalistes, la Chambre ne peut se réunir d’office en tant que collège électoral le dixième jour précédant l’expiration du mandat présidentiel, tant que lui-même aura continué à lancer des convocations. L’article 73 de la Constitution édicte en effet que la réunion aurait lieu de plein droit « à défaut de convocation ». Donc, seulement dans ce cas.
Mais on rebondit là sur la controverse-mère, portant sur le quorum et sur le vote. En supposant que la majorité se présente seule à une convocation de M. Berry, techniquement, et en raison d’une lacune de la Constitution qui ne précise nulle part que le quorum requis pour l’élection est des deux tiers, la séance devrait se tenir (art.34 C). C’est seulement pour ce qui concerne le vote du premier tour que la Constitution impose les deux tiers des membres de l’Assemblée. Pour les tours suivants, la majorité absolue suffit (art. 49 C).
Dégagement
En fait, on en est déjà aux prénégociations alors que les adversaires croisent toujours le fer dans les médias. Les premiers échanges portent, naturellement, sur le sens concret de l’expression « président de consensus ». Est-ce qu’en bonne logique tout candidat peut se permettre de se voir affubler ce label ? Faut-il le lire comme une appellation contrôlée d’ouverture, ce qui autoriserait la candidature d’éléments modérés appartenant à l’un ou à l’autre camp ? Faut-il, par contre, y voir une condition absolue de neutralité et de non-engagement ? Le 14 et le 8 Mars ne devraient-ils pas se prononcer ensemble, en préalable à toute sélection commune, sur cette définition ?
Toujours est-il qu’actuellement dans les pronostics concernant un président de consensus, les noms de Michel Eddé, Farès Boueiz, Boutros Harb, Robert Ghanem et Jean Obeid sont souvent cités. Avec des variantes de pourcentages, suivant les cercles politiques ou diplomatiques. On en discute également, indiquent des sources informées, dans nombre de capitales concernées ainsi qu’au Vatican. D’où Mgr Sfeir sera de retour en principe demain mercredi.
Cas particulier
Cela étant, un cas particulier, celui du général Michel Sleimane, fait débat. Les partisans de son élection font valoir qu’il s’affiche comme un rassembleur-né. Ajoutant que l’intérêt national supérieur commande qu’on retienne ce choix et justifie amplement que l’on amende de nouveau la Constitution à cette fin.
Mais en pratique, l’amendement de l’article 49 C semble irréalisable. D’abord parce que la procédure nécessite la signature conjointe des deux têtes de l’Exécutif, dont l’une ne reconnaît pas l’autre, comme on sait. Et ensuite parce que le temps manque : à partir du 25 septembre, date de sa première convocation, la Chambre n’est plus en principe qu’un collège électoral et ne peut plus voter de lois.
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Et surtout, vu que M. Berry insiste sur la pure libanité de sa démarche, les majoritaires doutent qu’in fine, il ait le feu vert de Damas. Décideur qui, par le passé, a...