La Syrie a prié ses alliés locaux de renoncer à l’exigence d’un cabinet d’union préalable. Sur la voie menant à la présidentielle, c’est là un pas en avant. Mais qui reste insuffisant, souligne un diplomate qui traite le dossier. Car après ce hors-d’œuvre, il s’agit de passer au plat de résistance. À savoir l’échéance elle-même, qu’il faut assurer, en interdisant à l’opposition de la torpiller par défaut de quorum. Pratiquement, cela revient à dire que le 8 Mars ne doit plus lier la tenue effective de l’élection à un accord sur un président d’entente ou de consensus.
Selon des données concordantes, la Syrie continue en réalité à subir d’assez fortes pressions extérieures concernant le volet présidentiel libanais. Dans ce sens qu’elle se voit toujours imputer la responsabilité d’avoir tenté d’entraver le rendez-vous à travers la revendication d’un cabinet d’union préliminaire. De ce fait, elle n’est pas encore lavée de tout soupçon d’essayer de nouveau de troubler le jeu, à travers la question du quorum. D’autant moins, du reste, que c’est elle qui a posé une hypothèque sur l’élection, par alliés interposés, à travers l’exigence d’un deuxième préalable : l’entente sur le successeur. C’est donc cette condition-obstacle qu’il lui est demandé de lever maintenant, afin de prévenir ce risque de vide institutionnel générateur d’anarchie contre lequel toutes les autres capitales mettent en garde, en soulignant les retombées négatives possibles au niveau de la stabilité régionale.
Anarchie mais aussi partition politique de facto, du moment que le camp loyaliste, poussé dans ses derniers retranchements, se trouverait contraint de procéder seul à l’élection, à la majorité absolue. Ce qui entraînerait, sans doute, une réaction de l’opposition élisant à son tour un président, formant un deuxième gouvernement et constituant une seconde Chambre.
Pour prévenir cette perspective néfaste, la communauté internationale a signifié à la Syrie qu’il lui faut faciliter la présidentielle libanaise, en lui remontrant que précipiter le Liban dans l’inconnu provoquerait une discorde confessionnelle dont les répercussions ne seraient ni dans l’intérêt du Hezbollah ni dans le sien propre.
Des troubles de cet ordre ne serviraient en effet que les intérêts d’Israël, qui rêve d’une dislocation de la région en mini-États confessionnels ou ethniques. De plus, le droit de retour serait gommé des tablettes et l’implantation des réfugiés au Liban deviendrait un fait accompli irréversible.
Négociations
Selon le diplomate cité, la Syrie négocie au-dehors comme au-dedans, avec des parties arabes, internationales et libanaises, et n’a pas encore pris de décision. Elle veut obtenir l’assurance formelle que le prochain président libanais ne lui soit pas hostile. Cela avant de promettre le quorum des deux tiers, qu’il n’y aurait du reste plus aucun mal à réunir. Et de s’engager à normaliser ses relations avec le pouvoir libanais.
Les autres décideurs étrangers ne voient pas d’inconvénient à ce que le futur président libanais ne soit pas connu pour son allergie à l’égard de la Syrie. Mais ils insistent tous pour qu’en même temps, il soit absolument attaché aux principes de la souveraineté, de l’indépendance et de la libre décision du Liban. Pour que l’État libanais, conformément du reste aux préceptes de la communauté internationale, soit seul maître du territoire national. Et partant, du monopole des armes.
Les pourparlers pour la présélection des candidats trouvant grâce aux yeux de tous les parieurs étrangers, Syrie en tête, vont donc occuper le devant de la scène, ainsi que les coulisses, pendant les deux mois à venir.
Cependant, un problème aigu, actuellement en retrait, risque ensuite de surgir et de prendre le pas sur les autres considérations. Il s’agit de l’application complète des résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, couplée avec la concrétisation des décisions, prises à l’unanimité, du comité de dialogue national libanais. Un double objectif difficile a priori, étant donné qu’il implique, entre autres, le désarmement, le tracé des frontières, l’établissement de relations diplomatiques. Un écheveau que la Syrie peut aider à dénouer. Ou, au contraire, à rendre encore plus difficile à démêler.
Un point important, pour conclure : s’il apparaît que les Libanais ne parviennent pas à s’entendre sur un président de consensus, ou sur une liste de candidats plausibles, les capitales proposeraient sinon un arbitrage tranché, du moins un panier de choix admissibles.
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Selon des données concordantes, la Syrie continue en réalité à subir d’assez fortes pressions extérieures concernant le volet présidentiel libanais. Dans ce sens qu’elle se voit toujours imputer la responsabilité...