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Actualités - Opinion

Peau de banane

Chose promise, chose due : Nabih Berry a dévoilé son initiative de déblocage au jour prévu, à l’endroit prévu, un geste qu’il a voulu fort, émanant non d’un chef de milice, mais du président du Parlement, une Assemblée trop longtemps séquestrée, trop longtemps prise en otage, mais qui, comme par enchantement, se voit de nouveau offrir le rôle qui devrait toujours être le sien, celui du représentant légitime du peuple. Que Berry n’ait décidé de faire sauter les verrous que pour obtenir l’élection d’un président consensuel, c’est en quelque sorte poser, dès le départ, des conditions à la reprise du dialogue, fixer des limites aux exigences des uns et des autres. Un président consensuel ne peut être, bien entendu, un président de défi, il doit bénéficier du soutien de toutes les parties, des forces du 8 Mars comme de celles du 14 Mars. L’exigence du quorum des deux tiers devient alors de pure forme, l’unanimité transcendant un rapport de grandeur destiné, somme toute, à garantir une entente préalable. Mais tout cela n’est-il pas en contradiction avec le jeu démocratique ? N’est-il pas naturel que le meilleur gagne, que l’aboutissement soit le résultat d’un vote à bulletin secret, d’une bataille conforme aux règles parlementaires ? Dans un pays en paix, de telles interrogations, de telles remarques paraîtraient comme des évidences ; mais le Liban vit-il une situation normale ? N’est-il pas prisonnier de ses propres contradictions, victime de sa nature plurielle après en avoir été le bénéficiaire ? Disons-le sans fioritures, sans mettre de gants : que l’une ou l’autre partie prenne, aujourd’hui, une initiative unilatérale, une décision d’ordre politique ou sécuritaire qui serait considérée comme un casus belli, et le Liban sombrerait aussitôt dans le chaos, dans la désintégration à laquelle appellent de tous leurs vœux nos deux proches mais ô combien hostiles et complices voisins. Quoi qu’on en pense, quoi qu’en disent les diverses factions politiques, l’initiative de Berry a comporté une concession majeure : la renonciation au gouvernement d’union qui n’avait de l’union que le nom, vicié qu’il aurait été par son tiers de blocage, un cheval de Troie que l’on présentait le plus sérieusement du monde comme un tiers de garantie. Par ailleurs, en appelant à l’élection d’un président consensuel, le chef du Législatif a mis automatiquement hors jeu les candidats de défi, ce qui ne peut qu’avoir indisposé plus d’un, le Courant patriotique libre, par exemple, par la bouche de Nabil Nicolas, s’empressant de louer les « qualités consensuelles » du candidat Michel Aoun… Et là, on arrive au nœud du problème, à la quadrature du cercle, là où tout peut capoter. Qui est consensuel et qui ne l’est pas ? Peut-on appartenir au 8 ou au 14 Mars et être consensuel ? Jouons au jeu des noms : au pif, qui de Boutros Harb, Robert Ghanem, Nassib Lahoud, Charles Rizk, Michel Eddé ou Jean Obeid est consensuel ou ne l’est pas ? Qui peut être agréé autant par les uns que par les autres, jouir d’une unanimité réelle qui ne ligote pas sa volonté, un président fort et non un homme frileux qui se contenterait de gérer une crise impossible en attendant des jours meilleurs ? Michel Aoun se fera-t-il une raison, acceptera-t-il d’être éliminé de la course ou continuera-t-il de ruer dans les brancards ? Mis au pied du mur, œuvrera-t-il alors pour une présidence transitoire de deux ou trois ans pour préserver ses chances ultérieures, ce qui remettrait en selle, du même coup, aussi bien le général Michel Sleimane que le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, avec, à la clé, un amendement constitutionnel ? Beaucoup d’interrogations, peu ou prou de réponses, mais une évidence : Nabih Berry a jeté un pavé dans la mare présidentielle et ses éclaboussures feront des vagues, petites ou grandes, deux mois durant. Une initiative salutaire à plus d’un égard, une voie ouverte au dialogue, mais aussi une peau de banane furtivement balancée sous les pieds des candidats. Dans les coulisses des états-majors politiques, un « wait and see » de bon aloi est affiché, mais les crocs-en-jambe se peaufinent déjà hors des regards. C’est de bonne guerre, une simple mesure préventive, diraient les uns, une volonté délibérée de tout faire capoter, rétorqueraient les autres. Mais une chose est certaine : de part et d’autre on veut toujours nous faire croire que les vessies sont bien des lanternes. On en aura le cœur net le 25 novembre au petit matin. Nagib AOUN
Chose promise, chose due : Nabih Berry a dévoilé son initiative de déblocage au jour prévu, à l’endroit prévu, un geste qu’il a voulu fort, émanant non d’un chef de milice, mais du président du Parlement, une Assemblée trop longtemps séquestrée, trop longtemps prise en otage, mais qui, comme par enchantement, se voit de nouveau offrir le rôle qui devrait toujours être le sien, celui du représentant légitime du peuple.
Que Berry n’ait décidé de faire sauter les verrous que pour obtenir l’élection d’un président consensuel, c’est en quelque sorte poser, dès le départ, des conditions à la reprise du dialogue, fixer des limites aux exigences des uns et des autres. Un président consensuel ne peut être, bien entendu, un président de défi, il doit bénéficier du soutien de toutes les parties, des forces...