Le 25 septembre ? Ce serait un peu trop tôt, souligne un ancien ministre politiquement toujours sur la brèche. Par contre, à l’en croire, l’élection présidentielle aurait lieu sans faute à la mi-novembre. Une fois que le plat aurait été bien mijoté aussi bien dans les cuisines extérieures que dans la cantine locale.
Ce professionnel averti fait un sort aux prétendus « projets sérieux » de cabinet d’union qu’évoquent ou envisagent des franges opposantes, en lieu et place de la présidentielle. Car, affirme-t-il, une ferme décision est prise au-dehors de tout mettre en œuvre pour que l’élection ait bien lieu. Dans les formes légales requises et dans les délais constitutionnels.
C’est bien ce qui ressort, en effet, des déclarations de Feltman comme de Cousseran ou de Khoja. Cette détermination s’explique par la crainte d’une dislocation subite du Liban politique. Avec des retombées incalculables du côté d’une stabilité régionale déjà si précaire. Plus particulièrement, soulignent les cercles diplomatiques, au niveau de l’antagonisme chiite-sunnite qui tournerait à la confrontation armée. Avec aussi, sans doute, des conséquences néfastes pour les collectivités chrétiennes d’Orient.
Il est évident qu’une entente sur le président débloquerait la situation. Mais une question logique se pose et s’impose d’elle-même : un président de compromis pourrait-il faire autre chose que de gérer la crise, voire le chaos ? Serait-il en mesure, aurait-il l’aura et l’autorité nécessaires pour enclencher un processus de règlement véritable ?
En poursuivant le même raisonnement, on peut observer qu’en réalité, il est illusoire de croire que la présidentielle déboucherait sur une solution de la crise, comme l’affirment beaucoup. Car aucune sorte de président ne peut gommer le clivage entre les deux camps en présence, leur conception même du Liban étant fondamentalement antonyme. De plus, faut-il le rappeler, le président n’a plus, depuis Taëf, suffisamment de prérogatives pour arbitrer vraiment, renvoyer les protagonistes dos à dos, ou donner raison à l’un ou à l’autre camp, sur tel ou tel point. Même chose pour ce qui est de réactiver l’appareil d’État : il n’en a pas les moyens. En effet, aux termes de la Constitution, ce n’est pas lui qui établit la politique de l’État, mais le Conseil des ministres.
Cependant, pour bien faire la part des choses, il faut reconnaître qu’une présidentielle réussie serait la première éclaircie depuis que la Syrie et ses alliés ont lancé leur grande contre-offensive en novembre 2006. Une étape positive, à partir de laquelle on pourrait aller de l’avant. Donc l’élection, si elle ne doit pas tout dénouer, représenterait une entrée en matière pour un arrangement global.
Pour le moment, et en attendant que les décideurs étrangers se décident, les coulisses locales bruissent de suggestions saugrenues. Il y a quelque temps, on parlait (Siniora entre autres !) d’un président pour deux ans seulement. Ou encore d’un président qui démissionnerait à la suite des législatives, également dans deux ans, la nouvelle Chambre élisant son successeur. Ces formules fantaisistes, vite dénoncées pour leur légèreté, notamment par Bkerké, ont été vite passées à la trappe.
Mais les imaginatifs ne se découragent pas. Les voici qui proposent une rallonge du statu quo pour un an, avec Lahoud qui resterait à Baabda et Siniora au Sérail. Sous prétexte qu’au bout d’un an, des arrangements régionalo-internationaux, portant sur le nucléaire iranien, sur l’Irak et sur la Palestine, se seraient décantés.
De leur côté, Lahoud et son équipe travaillent sur un autre projet tout aussi inconstitutionnel. Tout en affirmant vouloir garder le secret à ce propos, ils ont clairement laissé entendre récemment qu’il s’agirait de confier les rênes à un gouvernement de six, dit de salut public, dirigé par le commandant en chef de l’armée, entouré de cinq civils représentant les grandes communautés. Des opposants indiquent que Lahoud garde également comme deuxième option la mise en place d’un deuxième gouvernement « complet », pour lui remettre ses prérogatives lors de son départ de Baabda. En tout cas, confirment ces sources, il reste obsédé par un seul objectif : ne pas laisser le cabinet Siniora, illégitime à ses yeux, le remplacer.
L’amendement
Quoi qu’il en soit, on discute beaucoup du cas Michel Sleimane. Il a localement, en tant que candidat non déclaré, autant de partisans que de détracteurs. Dehors, Washington n’est pas chaud. Ni pour lui ni pour Aoun. Tandis que Damas ne tarit pas d’éloges indicateurs sur les généraux libanais, anciens ou actuels. Ce qui se comprend facilement : l’expérience du régime syrien avec Lahoud est, pour ce qui le concerne, des plus réussies.
Quant au commandant en chef présent, et au second officiel présidentiable, Riad Salamé, la controverse tourne sur l’opportunité d’amender la Constitution, encore une fois, en leur mutuelle faveur. Techniquement, la procédure est prévue dans les articles 76 et 77 de la Loi fondamentale. La révision peut s’enclencher, sur demande du président de la République, par le biais du gouvernement présentant un projet de loi dans ce sens au Parlement. Mécanisme pratiquement exclu du moment que Lahoud ne reconnaît pas Siniora. Ou à travers une proposition de loi parlementaire fondée sur une motion signée par dix députés au moins. Il va sans dire que le vote requiert une majorité des deux tiers des suffrages. Mais il faudrait faire vite : comme l’indiquent des politiciens, du 24 septembre au 24 novembre, la Chambre n’est plus que collège électoral. Elle n’a plus de fonctions législatives et ne peut plus voter des lois (art. 75 C). Cependant, un ancien ministre soutient qu’en session ordinaire, c’est-à-dire du 16 octobre au 14 novembre, la Chambre peut toujours établir des lois ; car à son avis, elle n’a statut unique de collège électoral que dans les dix derniers jours du mandat du président. En effet, la Constitution édicte que durant cette décade, la Chambre se réunit d’office pour élire, même si elle n’est pas convoquée à cet effet.
Pour le fond, et pour tout dire, on n’y voit pas encore assez clair. Car, comme Bkerké en a plus ou moins convenu, en réponse à une question journalistique, s’il est vrai que l’amendement est répréhensible en termes d’orthodoxie constitutionnelle, on pourrait le justifier comme étant un cas de force majeure. Autrement dit, en avançant que « nécessité fait loi », quand le devenir même de la nation est en jeu.
En pratique, cela revient à dire que c’est l’une des solutions qui seraient sous étude. Lorsque les tractations pour le bazar électoral commenceront vraiment.
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Ce professionnel averti fait un sort aux prétendus « projets sérieux » de cabinet d’union qu’évoquent ou envisagent des franges opposantes, en lieu et place de la présidentielle. Car, affirme-t-il, une ferme décision est prise au-dehors de tout mettre en œuvre pour que l’élection ait bien lieu. Dans les formes légales requises et dans les délais constitutionnels.
C’est bien ce qui ressort, en effet, des déclarations de Feltman comme de Cousseran ou de Khoja. Cette détermination...