Les retombées de la partielle du Metn continuent certes sur leur lancée et c’est bien normal après une épreuve de force d’une telle intensité. Mais, en réalité, l’on passe déjà à l’étape suivante, à la présidentielle, car le temps presse. Et les déclarations d’intention indicatives se multiplient tous azimuts.
Ainsi le président Nabih Berry, dont le rôle en la matière est évidemment primordial, estime que le scrutin du Metn renforce les chances de l’option d’un président consensuel.
Double parenthèse
Incidemment, il se garde soigneusement de compliquer un tableau de bord déjà trop confus. Dans ce sens qu’au sujet des élections pour le pourvoi des sièges vacants des deux députés martyrs, Pierre Gemayel et Walid Eido, il se contente d’en « prendre acte ». En évitant de préciser si, en tant que président de la Chambre, il va admettre les remplaçants place de l’Étoile. Ou leur en refuser l’accès, sous prétexte que leur élection résulte d’un acte de ce gouvernement Siniora qu’il ne reconnaît pas. Plus exactement, d’un décret de convocation du corps électoral qui n’a pas été contresigné par le chef de l’État.
En principe, cependant, M. Berry ne devrait pas faire la moue. D’abord parce que, contrairement à M. Émile Lahoud, il classe pour sa part le cabinet présent comme « existant », de facto donc, bien qu’il le considère également comme « illégal et illégitime ». Ensuite, et à ce propos, M. Berry se trouve engagé encore plus avant dans la reconnaissance effective du gouvernement et de ses actes, par l’affaire Salloukh. Un ministre démissionnaire, et néanmoins agissant, qui n’est pas éloigné du leader d’Amal.
Une optique
Mais pourquoi M. Berry pense-t-il donc que la partielle du Metn favorise la possibilité d’un arrangement autour de la présidentielle ? Parce que, répondent les visiteurs de Aïn el-Tiné, la majorité a perdu un siège et la minorité en a gagné un. Soit un différentiel de deux. Ce qui consolide arithmétiquement la règle du quorum de deux tiers. En rendant plus aléatoire encore une élection à la majorité absolue (la moitié plus un), c’est-à-dire simple.
D’autant qu’en écho appuyé aux vœux de Bkerké, pour qui il est de loin préférable, côté crédibilité, qu’un président (maronite) soit élu à une forte majorité, nombre de pôles de la majorité soutiennent le quorum des deux tiers. En insistant cependant sur le devoir de tout député d’être présent. Pour que l’ouverture de la séance soit assurée.
Les sources citées, qui répercutent les vues de M. Berry, indiquent qu’on peut certes estimer que le président Amine Gemayel a gagné sur le plan de la représentativité, de la popularité chrétiennes ce que le général Michel Aoun a dû céder. Mais il a quand même perdu l’enjeu technique. Dès lors, la majorité ne semble plus en mesure d’imposer un candidat de son choix, de son cœur, pour la présidence de la République.
Inversement, M. Berry, cité par ces témoins, pense que la minorité doit tout autant réviser ses calculs à la baisse. Car le général Michel Aoun se retrouve loin de ses fameux 70 % de l’édition précédente. Son candidat, le Dr Camille Khoury, n’a gagné que d’un nez, par 418 suffrages de différence seulement. Le général peut donc être toujours considéré comme une personnalité nationale de poids. Mais il n’est plus en position de revendiquer un statut de leader unique incontesté de la frange chrétienne.
Remise en question
Abondant dans le même sens, en allant évidemment encore plus loin, des députés de la majorité relèvent que si le général Aoun se retrouve en perte de vitesse, c’est surtout à l’intérieur de son propre camp politique. Dans ce sens que ses alliés, vu le rétrécissement de son volume de représentation, ne se sentent plus tellement obligés de le soutenir. Ni de continuer à affirmer, contre l’évidence de ses engagements, qu’il peut valablement être retenu comme un candidat de compromis ou de consensus. Ils prennent bien soin d’ajouter que même M. Nabih Berry l’opposant souligne que le prochain président ne doit surtout pas être de défi. Qu’il doit être admis de tous, à l’intérieur. Tout comme, sur le plan extérieur, il ne doit pas constituer une provocation aux yeux de la Syrie ou de toute autre nation.
Le deuxième cabinet
Quant au deuxième gouvernement éventuel, M. Berry en a rejeté l’idée d’emblée, tout comme d’ailleurs le général Michel Aoun. Car elle serait synonyme de dislocation institutionnelle grave, peut-être irréparable. On sait à ce propos que le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, fait savoir qu’en cas de non-élection d’un président et de mise en place d’un deuxième cabinet, il présenterait sa démission le 24 novembre. Car il refuse de voir l’armée divisée sous son mandat. Même rejet de l’option deuxième gouvernement par le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé. Qui indique que, le cas échant, il agirait en conscience pour préserver la Banque, l’unité monétaire et les intérêts économiques du pays.
Responsabilité
Retour à Aïn el-Tiné. M. Berry assure qu’il va pleinement assumer son rôle institutionnel. Qu’il va engager une action positive pour que la présidentielle se passe au mieux. Dans les délais légaux, et en base d’un accord préalable entre les parties prenantes locales.
Apportant de l’eau au moulin de la majorité, il pense qu’il est irréaliste d’exiger la simultanéité entre la question gouvernementale et la présidentielle. C’est-à-dire qu’à son avis, la clé d’une solution passe par une entente sur le prochain président. Après quoi, il deviendrait aisé de mettre en place le cabinet d’union nationale que l’opposition réclame.
Pour ce qui est de la mission Berry, un ancien ministre, qui l’a vu tout récemment, rappelle qu’il a forgé ses convictions à la lumière de ses entretiens avec Moussa. Tout comme à travers ses échanges avec Khoja ou avec d’autres diplomates arabes et internationaux. Tous jugent en effet qu’il est important, voire essentiel, pour les Libanais de parer avant tout le risque d’un vide institutionnel. En se consacrant en priorité absolue à la présidentielle. Sans quoi le Liban irait à la perdition, à l’anarchie, à l’effritement.
Bien entendu, M. Berry compte enclencher son initiative d’arrangement en recueillant l’avis du patriarche Sfeir. Avant de faire la tournée politique habituelle. Par des contacts directs et téléphoniques ou par messagers interposés. Il envisagerait également d’aller voir les Syriens, les Saoudiens, les Égyptiens, les Français, voire au besoin les Américains. Enfin, et pourquoi pas, la Curie romaine. Qui, comme Sarkozy ou Moubarak, met en garde les Libanais contre le danger du vide institutionnel.
Philippe ABI-AKL
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