C’est comme pour le manuel d’histoire dans les écoles : l’abécédaire politique local n’est pas unifié. La preuve en est encore une fois apportée par la lecture opposée que les camps en présence font du scrutin du Metn. Où, à travers Camille Khoury, le général Aoun a livré, pour le compte de l’opposition, une rude bataille face à la majorité, représentée par l’un de ses pôles majeurs, le président Amine Gemayel. L’enjeu étant de faire face, au nom de l’indépendance, à l’axe envahissant syro-iranien.
Les cadres majoritaires insistent tout particulièrement sur l’éloquence des chiffres en ce qui concerne le taux de popularité, chez les chrétiens, du général Aoun. Ils soulignent qu’il se trouve en forte perte de vitesse. Dans ce sens que les 70 % aounistes de 2005 ont basculé dans l’électorat chrétien non arménien, pour devenir 60 % en faveur du président Gemayel. Ce qui démontre, estiment ces cadres, que l’opinion chrétienne, notamment maronite, désavoue le changement de cap du général. Qui s’était rallié les suffrages, il y a deux ans, par son combat en faveur de la souveraineté. Dès lors, les majoritaires espèrent que le général aura compris le message et saura corriger sa trajectoire pour regagner le giron du mouvement de l’indépendance bien comprise en se dégageant de l’orbite d’une opposition dominée par les prosyriens. D’autant, concluent-ils, que sur le plan brut, les chiffres prouvent que la popularité de Aoun s’est tellement rétrécie qu’il est entièrement redevable de son succès au tandem Tachnag-Murr. Et aux pseudonaturalisés importés par vans, inscrits jadis sur les listes de cette circonscription par un certain ministre de l’Intérieur…
Les loyalistes mettent l’accent sur les contradictions de Aoun : il a mené bataille sous prétexte de défendre les prérogatives présidentielles. Or, au nom de ces prérogatives, M. Lahoud a refusé la partielle et Aoun y a participé. En légitimant ainsi un gouvernement qu’il ne reconnaît pas.
L’autre son de cloche
En face, l’on se dit stupéfait que la majorité veuille encore tirer la couverture à elle après avoir perdu. Les opposants soulignent que depuis l’ouverture de la bataille, le général Aoun avait prédit la victoire de son poulain, les urnes lui donnant raison. Au sujet des critiques formulées quant aux alliances électorales contractées par Aoun, les opposants soulignent que les mécontents étaient on ne peut plus aises dans le temps de coopérer avec Murr ou avec le Tachnag. Parti bien chrétien, bien enraciné au Metn. Ils ajoutent que les résultats confirment le leadership de Aoun au niveau de la rue chrétienne. Donc, l’appui des chrétiens à la ligne que le général a adoptée.
Le Tachnag
Pour ce qui est du Tachnag, la majorité lui en veut beaucoup. Ce parti rappelle toutefois qu’il fait partie intégrante du paysage politique libanais depuis le début du XXe siècle. Son directoire y était du reste installé jusqu’en 1976. Il s’était alors rendu en Grèce puis en Arménie même, où, également actif, il occupe quelque 20 % des sièges parlementaires et dispose de trois portefeuilles ministériels. Le secrétaire général du parti, Hrant Markarian, qui réside en Arménie depuis dix ans et s’y trouve très considéré, provient de la colonie arménienne d’Iran.
Que va faire Berry ?
Retour au tableau général. Dans l’immédiat, le scrutin du Metn rend encore plus problématique une entente sur la présidentielle. Non seulement le climat est encore plus tendu qu’avant la bataille, mais encore nombre de données s’en trouvent modifiées. Et ce qui complique encore les choses est, répétons-le, le fait que ces données sont lues différemment par les uns et par les autres. Autrement dit, c’est plus que jamais le dialogue de sourds.
Il reste qu’on se demande avec curiosité si M. Nabih Berry, qui, lui non plus, ne reconnaît pas le gouvernement et n’avalise pas les partielles, va ou non accueillir les deux nouveaux élus comme membres de la Chambre. Le CPL laisse entendre qu’en tout cas, il souscrira à l’option que le président de la Chambre voudra retenir.
Philippe ABI-AKL
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Les cadres majoritaires insistent tout particulièrement sur l’éloquence des chiffres en ce qui concerne le taux de popularité, chez les chrétiens, du général Aoun. Ils soulignent qu’il se trouve en forte perte de vitesse. Dans ce sens que les 70 % aounistes de 2005 ont basculé dans...