Un constat objectif qu’établissent nombre d’observateurs et de diplomates : au Liban, le bras de fer initial opposant à l’Ouest les chiites et les sunnites s’est transposé à l’Est. Pour opposer les maronites aux maronites ! La bataille du Metn est donc hautement politique. La confrontation oppose le président Amine Gemayel au Dr Camille Khoury, candidat du CPL. Sauf retournement de dernière heure, les conciliateurs, évêques et Ligue maronite en tête, ont dû sonner le glas de leurs efforts. Et il y a peu de chances que la démarche de Sleimane Frangié aboutisse. D’autant que, pour s’investir en base de son amitié avec Aoun, il attend, dit-il, que le président Gemayel lui en fasse la demande.
Un cadre de la Ligue maronite, qui a participé aux relances entre Bickfaya et Rabieh ainsi qu’à divers contacts, indique que le principe premier aurait dû être qu’on ne doit en aucun cas permettre l’échec de la candidature Gemayel. Non seulement à cause de l’assassinat de son fils. Mais aussi parce qu’il s’agit d’un ancien chef d’État et qu’on ne doit pas dévaluer encore plus la fonction. Au moment où tout le monde s’accorde sur la nécessité de lui redonner son lustre, son autorité, son prestige, perdus depuis la prorogation.
Cette source estime qu’on aurait dû mieux préparer une élection d’office. À son avis, il aurait fallu entrer depuis longtemps en négociation avec le général Aoun. Car ce dernier ne veut pas entendre parler sentiments et tient à retirer le bénéfice politique que lui apporterait un marché. Pour la personnalité citée, l’on aurait donc dû éviter de critiquer les atteintes du général aux traditions, de soutenir qu’il est en baisse de popularité et se garder de l’attaquer personnellement.
Raisonnement
La logique du général ? Le cadre de la Ligue rapporte l’avoir entendu soutenir, en substance, que « du moment qu’ils ne veulent pas de bataille, qu’elle leur est imposée, ils n’ont qu’à s’en retirer » !
Il répète qu’il ne faut pas, dans un dossier politique, tenir de langage sentimental pour faire vibrer la fibre de la compassion humaine. Il soutient que M. Lahoud, qu’il avait combattu lors de sa désignation, est un fait accompli avec lequel il faut traiter comme tel. Oubliant, rappelle un ancien ministre, qu’il n’en avait rien fait pour le président Hraoui, jamais reconnu. Cependant, confirme la même source de la Ligue maronite, au départ le général proclamait, lui aussi, que la bataille lui était imposée. Ce qui ne l’a pourtant pas poussé à souscrire à l’idée émise par les conciliateurs de la Ligue : retrait des candidatures et ajournement du scrutin.
Parallèlement, le Tachnag proposait également un retrait des candidatures et un report du vote. Étant entendu que le siège laissé vacant suite à l’assassinat de Pierre Gemayel resterait l’apanage des Kataëb. Mais le Tachnag ajoutait qu’il fallait en outre reconnaître que la signature du chef de l’État au bas du décret de convocation était nécessaire. Parce qu’il fallait respecter ses prérogatives. Autrement dit, lui reconnaître, en l’occurrence, le droit de décréter de lui-même que le gouvernement en place est illégitime. Ce que le 14 Mars ne pouvait accepter.
Philippe ABI-AKL
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